Salaire à vie

« Le “salaire à vie”, c’est la rémunération inconditionnelle de tous, rémunération attachée non pas à quelque contribution assignable mais à la personne même, pour ainsi dire ontologiquement reconnue comme contributrice, indépendamment de toute contribution particulière. “Etre à la société” (comme on dit être au monde), c’est en soi apporter à la société, tel est le postulat onto-anthropologique du “salaire à vie”.

C’est une idée extrêmement forte, qui circonvient l’objection libérale par excellence : “payez-les sans contrepartie, ils ne feront rien”. Mais bien sûr que si, “ils” feront quelque chose. Ils feront quelque chose parce que “nulle chose n’existe sans que de sa nature ne s’ensuive quelque effet” (Spinoza, Ethique I, 36). C’est peut-être une accroche inattendue, et à certains égards baroque, que celle de l’ontologie spinoziste et des thèses de Friot, mais elle me semble on ne peut plus justifiée, ceci parce que le conatus est fondamentalement élan d’activité, élan de faire quelque chose, donc de produire des effets. Toute la discussion en réalité porte sur le “rien” de “ils ne feront rien”. Car, pour un un libéral-capitaliste, “rien” désigne cette sorte d’effets qui échappe à la grammaire de la valorisation du capital. Là contre, ce que dit l’anthropologie implicite de Friot, c’est qu’être à la vie sociale, c’est ipso facto nourrir la vie sociale : c’est contribuer à ses flux de conversation, de sociabilité, de créativité, de réalisation. Les gens ont envie de faire des choses — ça s’appelle le désir. Dans le flot d’activité de quiconque (évidemment dans le périmètre des actes légaux), il y a toujours quelque bénéfice pour la société. Et la contrepartie d’une rémunération est constituée. Le “salaire à vie”, c’est donc l’abolition du travail capitaliste et de son institution centrale : le marché de l’emploi.

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Salaire

« La bataille pour le salaire doit être une bataille pour une autre production de valeur : un salaire qui reconnaisse comme travail d’autres activités que celles qui mettent en valeur du capital et donc augmente le champ de la valeur ; un salaire à vie qui, versé par une caisse collectant les cotisations salaires et non pas par l’entreprise, permette aux salariés d’intervenir effectivement dans les décisions sur leur lieu de travail sans craindre de représailles ni le chantage à l’emploi ; un salaire incluant la cotisation économique collectée par des caisses de subvention de l’investissement gérées par les travailleurs. Continuer la lecture de « Salaire »

Salaires : en finir avec l’emploi

Voici une contribution d’un camarade de Pantin au projet de programme pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2017, dans la catégorie « Partager les richesses » sur la plateforme www.jlm2017.fr.

Le SMIC à 1700 euros proposé dans le programme « L’humain d’abord » de 2012 reste une mesure nécessaire pour répondre à l’état d’urgence sociale du pays. Mais il ne saurait être une réponse durable à la crise de l’emploi et à la bifurcation qui s’impose : le plein emploi ne reviendra pas, non plus que la croissance qui n’est même pas désirable en elle-même au vu du bouleversement climatique en cours et du caractère limité des ressources de la planète. C’est pourquoi il convient d’opérer une véritable révolution dans les notions-même de travail et de revenu. A ce titre, il existe deux grandes pistes de réflexion : celle du revenu de vie (prôné notamment par Baptiste Mylondo) et celle du salaire à vie de Bernard Friot. Le programme de 2017 ne saurait proposer déjà une réponse toute faite. Une telle révolution doit être le sujet d’un vaste débat entre tous les Français. Mais nous pouvons fixer une durée à ce débat et le clore par un referendum qui permettra de fixer dans la loi l’orientation et les modalités d’application de ce changement de civilisation.