Ralliements

Le Comité Périphérique clandestin de Cut the crap avait été très ferme : « Camarade Stal, c’est toi qui vas te charger de la propagande pseudo-virale sur les réseaux antisociaux à la con. Que ni dieu ni maître ne soit avec toi ! ». Ils sont un peu à cheval sur les principes, faut dire, au Comité. C’est pour ça qu’ils me sucrent toujours ma particule quand ils s’adressent à moi. Parce que mon nom, c’est plutôt « de Stal », du fait que par féminisme j’ai pris le nom de famille de ma femme Germaine, et mon prénom c’est Pierre-Joseph, proudhonnement. Il est vrai qu’il ne devrait plus y avoir ni particule ni noblesse depuis l’abolition des privilèges le 4 août 1789. Faudrait en glisser deux mots aussi à la clique bling bling qui se goberge aujourd’hui sur le dos du peuple et dont les privilèges ne sont pas moins indécents que ceux des aristos d’antan. Les prochaines nuits du 4 août répareront peut-être cet oubli ?

Bref, je fus missionné pour faire de l’agitprop communiste libertaire pro-situ féministe sur cette saloperie de Toile à neuneus qu’est devenu internet, prêt à bouffer comme il se doit du facho, du curé, du beauf, du caubère, du patron, du bourgeois, du militaire, de l’énarque, du petit président… mais aussi du socialiste de droite, du social-libéral, du réformiste timide, du stalinien pépère, du trostkyste borné, du gauchiste de salon, de l’écolo verdâtre, du syndicaliste bureaucrate…

Mais au fil de mes pérégrinations sur internet, j’ai surtout rencontré des anarchistes de droite, de ceux qui sont revenus de tout sans jamais être allés nulle part, purs produits de l’esprit dépressif hérité des années 80 (cette décennie* qui ordonna à chacun : « sois un individu » pour mieux interdire au peuple d’être une force collective). Pourtant, dans cet océan d’impuissance aigrie, l’écho d’un nom s’est peu à peu propagé, surfant sur le tumulte du chaos social et ranimant ça et là des espoirs politiques inattendus : Mélenchon !

Ouais, j’entends d’ici les rires…

Ça va, c’est bon, vous pouvez reprendre votre respiration.

C’est vrai que de prime abord, c’est pas évident. Moi même, j’ai comme un vertige de me voir faire ainsi l’apologie d’un Républicain tsoin tsoin, ancien trotskyste, mitterrandiste réformiste, légaliste, ancien ministre, ancien sénateur, ancien apparatchik du PS, adoubé aujourd’hui par un parti communiste en ruine pour une candidature médiatique à une élection piège à cons qui se déroulera dans le cadre d’une République qui était déjà monarchique mais qui est devenue carrément bananière sous le règne du petit Zébulon vulgaire élu en 2007.

Oui mais. Mélenchon a l’éloquence cadencée et il manie la dialectique avec une gouaille rafraîchissante. Il a eu le cran de claquer la porte du PS (à voir dans la série vidéo « Monsieur Mélenchon« ), a apporté un soutien constant aux luttes sociales au sein desquelles les hiérarques socialistes brillaient par leur absence, et a fait preuve d’une réjouissante virulence contre le pouvoir de la finance et contre la bêtise des media… A cela je ne suis pas insensible. Déjà en son temps la création du NPA avait suscité mon intérêt, bien que je n’aie jamais été séduit par les manoeuvres trostkystes : enfin un mouvement se dessinait qui semblait vouloir fédérer différentes composantes de la gauche non libérale et qui pouvait donner un poids politique à la contestation sociale. Mais le NPA a fait flop. Et c’est bien le Front de Gauche qui réussit à présent avec le Parti de Gauche de Mélenchon, mais aussi avec le PCF et d’autres composantes (issues notamment de scissions du NPA ou de la LCR), à créer une force anti-capitaliste et altermondialiste liée au mouvement social et pouvant peser électoralement. Pour qui vient comme moi de l’anarchisme ou de l’extrême-gauche, les partis électoralistes sentent le soufre, mais de même que les élections n’ont aucun intérêt sans lutte sociale, le mouvement social se condamne aujourd’hui à l’impuissance s’il refuse de se servir du levier électoral. L’échec des luttes de ses dernières années malgré de très fortes mobilisations en a donné la preuve. Il vaut mieux laisser la stratégie de la tension à la droite : ceux qui pensent que seul le pire peut entraîner une vraie réaction populaire causeront certes le pire, mais plus personne ne sera ensuite en mesure de réagir. Cela n’en vaut pas La Pen.

C’est une vraie prouesse de la part de Mélenchon que d’avoir réussi à unir des communistes (qui comptent toujours en leur sein un bon paquet de bureaucrates staliniens), des trotskystes, des altermondialistes, des écologistes et des socialistes de gauche, pour créer un nouvel élan militant et obtenir aux dernières élections des scores plus élevés que ceux de l’extrême-gauche traditionnelle. Le grand Soir n’est pas au bout du vote, bien sûr, mais la possibilité de mettre enfin un terme à la casse nationale-sarkozyste n’est pas à négliger. Le programme défendu par la candidature de Mélenchon est un vrai programme de rupture. Il peut bénéficier de l’enracinement du PCF, des relais syndicaux de celui-ci mais aussi des trostkystes, de la radicalité et du foisonnement des groupes et associations engagés dans les luttes sociales et culturelles, de l’apport d’intellectuels critiques… Un bon score électoral obligerait le vainqueur, quel qu’il ou elle soit en 2012, à en tenir compte, ce qui conférerait une nouvelle dynamique aux luttes sociales.

Oui, j’ai fait partie des milliers de personnes qui ont vibré lors du discours de Mélenchon place Stalingrad en entendant son appel à « l’insurrection civique » : « il est fini, le temps de l’éparpillement et de l’impuissance ! (…) ; nous ne sommes pas réunis pour célébrer un candidat, mais notre force collective  (…) ; la saison des tempêtes est revenue dans l’histoire (…) ; il faut changer le régime de la propriété dans ce qui concerne les biens communs d’intérêt général »… Et la référence aux « Robins des bois » qui rétablissent l’électricité à ceux à qui EDF l’avait coupée, à la lutte des « Conti », l’emploi des mots « anticapitaliste », « communiste », et même « libertaire » (!) à côté des plus convenus « républicain », « socialiste », ou « écologiste », voilà qui dénote d’un syncrétisme de gauche assez inhabituel, et en tout cas inédit ces dernières années devant une audience aussi nombreuse.

Et du coup, le Comité Périphérique clandestin de Cut the crap, craignant que je ne succombe au culte de la personnalité, a décidé de lancer un appel solennel aux contributions afin de brider un peu mon enthousiasme. Notre blog doit donc s’ouvrir à de nouveaux rédacteurs (on acceptera aussi les dessinateurs, photographes, musiciens, graveurs sur bois, armuriers, ou sculpteurs de statues du chef…), même s’ils n’ont pas encore succombé à la fièvre mélenchoniste. Il suffit pour cela de nous contacter ici-même (ou via Facebook et Twitter) pour proposer vos idées et contributions.

* Voir François Cusset, La Décennie, éd. La Découverte, 2006.

Cut the crap infiltre les réseaux antisociaux

Nos plus fidèles lecteurs l’auront peut-être remarqué : ce blog jusqu’ici plutôt austère est désormais souillé par la présence de gadgets web 2.0 destinés à accroître si possible notre visibilité et notre audience par le truchement dérisoire de réseaux antisociaux (injustement appelés « réseaux sociaux »), tels Facebook ou Twitter.

Ces réseaux sont des produits marketing créés par d’ineptes geeks boutonneux dénués de conscience politique, tels l’infâme Mark Zuckerberg, avec l’appui de business angels et de « capital-risqueurs » avides et profiteurs. Malgré une image qui se veut fun, cool et branchée, leur but est la collecte de données personnelles revendues ensuite à des tiers, ce qui est assez effrayant si l’on considère que de nombreux utilisateurs livrent ainsi en pâture aux bourreurs de crâne publicitaires — mais aussi à la police ! — des renseignements sur leurs moindres faits et gestes. Plus encore que sur le reste du web, ces réseaux antisociaux sont couverts de bruit, celui des épanchements narcissiques et des récits épiques de ces héros des temps modernes qui font caca le matin, mangent lors des repas, prennent des photos de vacances et qui — chose inouïe — étaient tellement mignons lorsqu’ils étaient petits ; le bruit aussi des propos de comptoir et des bêlements des adeptes de la pensée positive qui se souhaitent de « belles journées » alors qu’il serait déjà plaisant qu’une journée fût simplement « bonne » (sinon, on se dirait « beaujour » et non « bonjour », bande de débiles) ; le bruit également des rumeurs les plus folles et des théories du complot les plus paranoïaques, mais aussi des modes les plus imbéciles ; le bruit des misères affectives ou sexuelles qui cherchent désespérément à se toucher sans avoir à faire l’effort de se connaître (ou réciproquement) ; ou encore le bruit des gazouillis ineptes (tweets) véhiculant en quelques mots abrégés sans orthographe ni syntaxe une pensée courte, tronquée ou vide, privée de la richesse du langage ordinaire, et qui devrait être interdite aux plus de 12 ans, même sous forme de SMS.

Non aux SMS
Non au langage SMS (par Cyril Holweck)

 

Le pire, d’ailleurs, c’est que l’information des media officiels emprunte désormais de plus en plus cette voie-là. Souvenons-nous du début de l’affaire DSK et de l’observation faite alors par Télérama :

Dépassées par les évènements, les télévisions et les radios en étaient réduites, comme tout un chacun, à lire Twitter. Sur TF1, Laurence Ferrari n’assumait pas l’origine de ses informations et avouait, sans duper personne, les avoir « reçues par SMS ». Sans scrupule, Olivier Mazerolle, la star de BFM TV, reconnaissait transmettre les messages écrits sur la plateforme par son envoyé spécial Emmanuel Duteil. Même sur France Info, Twitter était cité au même titre qu’une dépêche de l’AFP. Chose impensable il y a encore quelques semaines. Mais après tout, les informations étaient fiables et vérifiables puisque rapportées par de nombreux journalistes.

On peut aussi évoquer Maryse Burgot lisant sur un trottoir de New York devant les caméras de France 2, le 19 mai 2011, les tweets envoyés par son collègue Hakim Abdelkhalek depuis la salle d’audience du tribunal où comparaissait DSK. La télévision se contentant d’être en direct une chambre d’écho pour Twitter, les télé-spectateurs de la chaîne de l’ex-service public pourraient donc faire aisément l’économie de la redevance.

Et pourtant… Facebook et Twitter sont aussi utilisés par des personnalités, des militants, des organisations, des media… de gauche ! Les révolutions arabes et le mouvement des Indignés ont bel et bien utilisé ces outils à des fins contestataires, voire révolutionnaires. Il est donc peut-être possible de tenter d’en faire un usage à la fois critique et utile. Après tout, il n’y a rien de plus con qu’un slogan, mais une manif sans slogan, ça ne casse pas trois pattes à un canard. Peut-être faut-il envisager ces réseaux sous cet angle ? Si Bourdieu avait bien établi que la critique de la télévision ne pouvait être faite à la télévision sans être instantanément récupérée, dévoyée ou vidée de tout contenu, il n’en est peut-être pas forcément de même pour les réseaux antisociaux, bien qu’ils aient aussi leurs propres dispositifs de censure (il n’est par exemple pas permis sur Facebook de créer un compte d’utilisateur au nom de « Cut the crap » ).

Non sans réticence, nous tentons donc l’aventure, prêts à nous enduire nous-mêmes de goudron et de plumes si, au lieu de parvenir à infecter tant soit peu les réseaux antisociaux nous nous laissons finalement contaminer par l’inanité qui y règne le plus souvent. Ainsi, chaque article de notre blog est désormais pourvu d’un bouton « Partager/Marquer » qui permet d’en faire la promotion sur différents réseaux, dont Facebook et Twitter ou même par simple courriel. Les usagers de Facebook pourront aussi nous y retrouver, puisque notre commissaire du peuple chargé de la propagande virale, Pierre-Joseph de Stal, y a ouvert une page Cut the crap. N’hésitez pas à devenir ses camarades (sur Facebook, bizarrement, ça s’appelle des « amis »), et à recommander notre page ou les articles qui y sont relayés en cliquant par exemple sur « j’aime » (étrangement, il n’y a pas de bouton « je déteste »). Vous pouvez aussi y faire des commentaires, y compris négatifs, ce qui est déjà le cas sur le blog, bien sûr. Enfin, nous avons aussi un compte Twitter : @cutzecrap, auquel vous pouvez vous abonner. Nos tweets apparaissent sur la colonne de droite de ce blog.

lol !!! mdr !!! 🙂

L’Homme sans Qualité

Dans Le Monde du 30 mai 2011, Miguel Benassayag dénonce les méfaits du « néomanagement ». En référence à l’oeuvre de Robert Musil*, il dépeint les nouveaux gestionnaires et autres managers comme des « hommes sans qualités », « agents de la tristesse », « petits hommes gris » qui sévissent à présent jusque dans l’éducation et la santé.

Ordinateur et pointeuse en poche, ils ont pour mission d’apurer les comptes et de « remettre au travail » le personnel. Avec eux, plus de « feignants », d' »assistés », de « privilégiés » (certains ont dû télécharger récemment le portrait de Laurent Wauquiez en fond d’écran…). Ils appliquent le règlement, tout le règlement, rien que le règlement.

Or dans ces endroits singuliers où l’on soigne et où l’on apprend, l’essentiel se passe justement à côté du règlement. Pas contre, mais en dehors. Dans un hôpital, dans un centre psy, la qualité des soins dépend avant tout de la relation avec le patient. Elle passe par l’écoute, le dialogue, le regard, l’attention, et le pari partagé. Une minute peut valoir une heure, une heure une journée, une journée une vie. Aucun logiciel ne peut traiter ce genre de données.

Dans les centres médico-psychopédagogiques, les écoles, collèges et lycées, les objectifs chiffrés, les fichiers, les classements et catégories administratives ne peuvent cadrer avec des parcours d’élèves et patients multiples, complexes et singuliers. Ici, le travail a à voir avec le désir et le lien. Qui peut prétendre quantifier et rationaliser cela ? 

A l’appui de l’analyse de Benassayag, rappelons que cette rationalisation systématique des tâches humaines n’est pas nouvelle. Elle n’est que le prolongement du vieux taylorisme qui fit les beaux jours de l’industrie du début du XXe siècle et de ses dérivés, le fordisme et le toyotisme. Les techniques de management et les process de Qualité qui ont commencé à se mettre en place il y a une vingtaine d’années en France après avoir déjà fait le bonheur des managers américains sont les héritiers directs de « l’organisation scientifique du travail » de Taylor mais elles ont survécu à la désindustrialisation et ont su gagner facilement le secteur tertiaire. Il s’agit encore et toujours de décrire les tâches pour les quantifier et les rationaliser afin d’éviter les gaspillages, les temps morts, les dysfonctionnements, dans le but d’accroître encore la productivité. Mise en fiche, surveillance, définition d’objectifs, procédures normées… sont autant de moyens de contrôle de l’humain, désormais soumis au fantasme d’une réduction de l’aléatoire, d’une disparition du hasard, d’une éradication du trop incertain facteur humain. L’homme encadré par les procédures de Qualité (ou d’assurance Qualité), dans l’isolement des tâches, coupé du collectif, poussé à l’individualisme et soumis à un strict management, est dépourvu du caractère imprévisible et dangereux propre à l’être humain. Il s’agit bien là d’une déshumanisation. D’ailleurs, la gestion de la Qualité vise même à la Qualité Totale (Total Quality Management), mais les philosophes permanentés si prompts à déceler les ferments du totalitarisme dans tout mouvement social n’ont jamais daigné pointer ce totalitarisme-là. Ironie du sort selon Benassayag, cette rationalisation au nom de la productivité est en fait totalement contre-productive :

A force de vouloir imposer de la rationalité, en contrôlant les horaires, en voulant rentabiliser chaque minute (chaque euro d’argent public dépensé…), en quadrillant les services, en instituant des rôles de petits chefs et sous-chefs, c’est la contrainte qui devient la règle, épuisant le désir et l’initiative des salariés.

Obligés de travailler dans un univers panoptique où tout est mesurable et transparent, ils perdent le goût de leur métier, s’impliquent logiquement moins, et souffrent au quotidien.

Ce qui était déjà vrai dans l’industrie, puis dans les anciens services publics privatisés ou en voie de privatisation (France Télécom, La Poste…) touche à présent les services restés publics tels les établissements scolaires ou hospitaliers, dont on orchestre ainsi, au nom de la rationalité productiviste, une inefficacité qui n’en justifiera ensuite que mieux la privatisation.

Ces bouleversements se préparent dans la durée, lentement, discrètement. Et c’est bien de cette façon que la petite armée de ces hommes sans qualités est en train de préparer le terrain d’une société brutale et obscure.

Les suicides chez France Telecom qui ont naguère défrayé la chronique, et qui continuent en 2011, ne sont que le sommet de l’iceberg : c’est la totalité de la société soumise à une rationalisation folle qui est désormais en proie à une véritable dépression.

Déprimés : les victimes de la crise (qu’on appelait « dépression » dans les années 30), les ménages surendettés, les chômeurs, les militants désabusés par tant de défaites sociales, les déçus de la gauche, les vieux dont les entreprises ne veulent plus, les jeunes qui n’auront pas de retraite… mais aussi les salariés fliqués, les fonctionnaires méprisés, les guichetiers de la poste transformés en machines, et même les enseignants transformés en gardes-chiourme d’une jeunesse sans espoir. Dans l’Education nationale, par exemple, le livret personnel de compétences déjà en place dans les écoles primaires débarque cette année dans les collèges. Les élèves sont ainsi fichés tandis que les profs se voient obligés des heures durant de cocher des cases aux intitulés ubuesques, ce qui est aussi un moyen de dévaloriser leur travail : les « têtes pensantes » du ministère conçoivent les livrets et autres fiches, que les profs, simples petites mains, remplissent à la chaîne. Une compétence ne peut qu’être « acquise » ou « non-acquise » (ou, éventuellement, « en cours d’acquisition »). Pas de place pour la nuance, le commentaire, la complexité.

Le collectif national de résistance à Base élèves contre le fichage à l’école fournit fort utilement un kit anti-LPC à destination des enseignants et des parents d’élèves. D’autres initiatives de ce type doivent se développer dans tous les secteurs : profs, ouvriers, employés, suicidés… même combat ! Pour un Homme sans Qualité, virons les hommes sans qualités !

LPC

 

* Robert Musil, L’homme sans qualités, Seuil, 1979.

 

Demandons le protectorat tunisien

La Tunisie fit longtemps partie de l’empire colonial français en tant que protectorat. En 2011, le peuple tunisien a chassé le tyran Ben Ali et son clan, ouvrant la voie pour d’autres révolutions, particulièrement dans le monde arabe.

Mais en France, c’est toujours une oligarchie qui confisque pouvoir et richesse. Le petit président de l’ex-République, ridicule et vulgaire jusqu’à l’outrance, n’est lui-même qu’un des membres prétentieux de cette clique si bien dépeinte par les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dans leur livre Le président des riches, paru fin 2010. Les deux auteurs y démontrent que cette oligarchie mène avec patience et opiniâtreté une véritable guerre de classe, pratiquant pour elle-même un très efficace « collectivisme pratique » tandis qu’elle pille les ressources du pays.

Pendant ce temps, la loi LOPPSI 2 votée par le parlement, introduit précisément dans le droit français ce que les Tunisiens viennent d’abolir chez eux : atteinte aux libertés individuelles, fichage et vidéo-surveillance généralisés, criminalisation de la marginalité et de la misère, répression policière… (il est néanmoins toujours temps de signer la pétition qui demande l’abrogation de cette loi inique).

La France s’est crue autrefois autorisée, parfois au nom même des « droits de l’homme », à porter « le fardeau de l’homme blanc » (métaphore raciste par Kipling du colonialisme). Aujourd’hui, la France rance de l’ex-République nationale-sarkozyste doit être mise hors d’état de nuire. Pour cela, le peuple français, qui n’a pas réussi en octobre-novembre 2010 à se libérer du joug d’une oligarchie amie de longue date des Ben Ali, Moubarak et autres pourvoyeurs de jets privés pour ministres en vacances, aurait intérêt à demander la protection d’un pays libéré : la Tunisie, par exemple.

L’ex-République française sous protectorat tunisien pourrait conserver, comme autrefois la Tunisie sous protectorat français, une relative autonomie avec un président fantoche et quelques institutions indigènes (le petit président actuel qui s’est rendu coupable d’atteinte à l’indépendance de la justice en attaquant les magistrats privés par lui-même de moyens à propos d’un fait divers à Pornic ne pourrait évidemment rester à ce poste, et serait invité à retourner en vacances chez le roi du Maroc Mohammed VI qui l’a déjà hébergé gentiment à quatre reprises). La politique étrangère française serait directement sous tutelle tunisienne, afin d’éviter l’indignité et l’incompétence de l’actuelle ministre Michèle Alliot-Marie (celle-là même qui voulait faire bénéficier le dictateur Ben Ali du savoir-faire français en matière de répression policière et qui a menti au sujet de ses liens avec le milliardaire Aziz Miled, proche de Ben Ali). La police et l’armée devraient également dépendre directement du pouvoir tunisien, tant il est vrai que les actuels ministres français ont disqualifié durablement la fonction qu’ils exercent : l’un, Brice Hortefeux a été condamné en première instance en 2010 pour injures raciales et pour non-respect de la présomption d’innocence ; l’autre, Alain Juppé, a été condamné en 2004 pour faits de prise illégale d’intérêts.

En attendant la mise en place de ce protectorat, nous ne saurions trop recommander à l’électorat lepéniste et aux ministres auvergnats amateurs de blagues racistes de se montrer dorénavant très affables envers les immigrés tunisiens qui travaillent en France. On n’est jamais trop aimable avec son protecteur, et les éventuelles expulsions ne se feront peut-être pas par jets privés.

Bibliographie :

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Le président des riches (Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy), La Découverte, 2010.
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