« Ni les actrocités de Motyzhyn ni celles de Boutcha, ni celles découvertes dans toutes les villes libérées d’Ukraine, Izyoum, Lyman, Kherson, ne relèvent de la bavure, de délires individuels. Il s’agit d’un système, d’une violence stratégique, ayant pour but d’éliminer, dans les zones occupées, tout opposant ou partisan potentiel, et de terroriser la population à un tel point qu’elle sera incapable de résister en aucune manière à la puissance russe. Il y a de ceci des preuves directes, notamment des écoutes téléphoniques de soldats russes menées par les services de renseignement ukrainiens. Le 14 mars [2022], par exemple, un certain Liona — diminutif de Leonide — déclarait au téléphone : “Nous avons l’ordre de ne pas prendre de prisonniers mais de les abattre directement. Il y avait un garçon de 18 ans qu’on a fait prisonnier. D’abord, ils ont tiré dans sa jambe avec une mitrailleuse, puis on lui a coupé les oreilles. Il a tout confessé et a été abattu. On ne prend pas de prisonniers. Ce qui veut dire, on ne laisse personne en vie.” Le 21 mars, un autre soldat nommé Vadim expliquait plus succinctement à sa mère : “Nous avons l’ordre : ça ne fait rien si ce sont des civils ou pas. Tuez tout le monde.”
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Ukraine
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La fraternité
« La fraternité, cette fraternité des classes opposées dont l’une exploite l’autre, cette fraternité proclamée en février [1848], écrite en majuscules, sur le front de Paris, sur chaque prison, sur chaque caserne – son expression véritable, authentique, prosaïque, c’est la guerre civile, la guerre civile sous sa forme la plus effroyable, la guerre du travail et du capital. »
Karl Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, 1852.
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1918-2018
« Mesurons ce que fut cette guerre : 48 millions d’obus ont été déversés sur Verdun ; avec ce qu’a coûté le conflit, une petite maison avec un jardin aurait pu être offerte à chaque citoyen des pays belligérants… »
Jacques Tardi, Interview dans l’Humanité, 10 novembre 2008.
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La paix est un problème social
« La guerre est bien sûr observable tout au long de l’histoire humaine, mais la constatation n’est pas aussi triviale qu’il y paraît. Elle mène beaucoup plus sûrement que les généralités tardives de Freud sur l’instinct de mort à une formalisation simple et efficace de l’un des problèmes fondamentaux de l’espèce. La cohésion du groupe dépend de l’hostilité à d’autres groupes. Moralité interne et violence externe sont fonctionnellement associées. Toute chute de la violence externe menace donc à terme la moralité et la cohésion interne du groupe. La paix est un problème social. (…)
Les sociétés humaines ont, certes, des caractéristiques intrinsèques : système économique, structures familiales, croyances religieuses, organisation politique. Mais aucune ne peut être conçue et décrite sans des référents extérieurs qui contribuent non seulement à la fixation de ses caractéristiques dans un long jeu d’influences réciproques ou de rejets, mais qui permettent aussi sa cohésion interne, la mobilisation d’une solidarité du groupe contre un “autre” extérieur ou intérieur. Il n’existe aucune identité absolue : l’identité d’un groupe, dans l’espèce homo sapiens, est toujours relative. »
Emmanuel Todd, Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine, Seuil, 2017.
