Auteur/autrice : Serge Victor

  • Prof

    Aujourd’hui, j’ai appris que le petit Jim avait foutu une baffe à une surveillante. Par conséquent, il va passer en conseil de discipline…
    Cela me désole d’autant plus que je sentais depuis plusieurs jours qu’il commençait à saturer, que le bruit des autres le gênait, qu’il se mettait à interpréter tout geste comme une agression. J’avais vu les signes, et on m’avait averti qu’il pouvait avoir des accès de violence, mais je ne le connaissais pas encore assez pour anticiper les conséquences, et puis qu’aurais-je pu faire ? Au bahut, on n’a pas de médecin scolaire, pas de psychologue, pas de personnel formé et disponible avec qui ce type d’élève pourrait passer un moment, loin de la pression du groupe (l’unique infirmière est également débordée et pas présente sur tout le temps scolaire). Alors on le garde en classe, Jim, bien qu’il ait besoin de calme et qu’au sein du groupe il y ait quelques hyperactifs avec trouble de déficit de l’attention plutôt remuants, avec qui la cohabitation est difficile.

    Je repense aux cuistres qui crachaient cet été sur Greta Thunberg, ne comprenant pas qu’on puisse accorder le moindre crédit à la parole d’une autiste, poussant même la cuistrerie jusqu’à s’indigner de ne pouvoir la critiquer du fait de son autisme (tout en la traitant en même temps de cyborg). Que diraient-ils de Jim, qui est aussi dyspraxique, dyslexique, dyscalculique (oui, il fait la collec des dys, mon Jim) ? Avec de surcroît son problème d’élocution, son autisme à lui passerait moins la rampe que l’Asperger de Greta. Cela n’empêche que l’autre jour, Jim m’a expliqué du haut de ses 14 ans à quel point il était opposé à toute fusion des Hauts-de-Seine avec les Yvelines, ainsi qu’à la réduction du nombre de parlementaires voulue par Macron. Et puis, avec son conseil de discipline, il risque de faire bientôt malgré lui comme Greta avec sa grève de l’école. Encore que l’Education nationale trouvera bien à le recaser quelque part, dans un bahut aux classes surchargées, sans médecin scolaire…



    Je repense à la panique de Jim à chaque fois qu’il y a un léger changement dans son emploi du temps. Alors changer de bahut en cours d’année…

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  • Radicalisation

    Radicalisation

    Macron nous invite à être vigilants face aux signes de radicalisation. Eh bien justement, je crois que j’ai repéré un radicalisé. Regardez avant et après : c’est flippant.
    On voit bien le basculement d’un brave bourgeois de droite, gérant sa ville de province, transformé en fou du dieu Marché parti en guerre sainte contre nos acquis sociaux. Ça fait froid dans le dos.


  • Onfray mieux de zemmouvoir

    Onfray mieux de zemmouvoir

    Après être rentré des courses au supermarché du coin où j’ai vu en tête de gondole trois nouveaux livres de Michel Onfray, décidément stakhanoviste de la philosophie de marché, j’ai retrouvé sur les réseaux antisociaux le même Onfray, relayé via le journal d’extrême-droite Valeurs (sic) Actuelles (sic) titrant : « Michel Onfray dénonce “un délit de sale gueule sur Zemmour” ». Et l’hebdomadaire favori de la bourgeoisie raciste réactionnaire de citer le pédant histrion :

    « Pour Michel Onfray, “soit, effectivement, on n’a pas le droit de tenir ce genre de propos et alors il faut élargir à tous les autres propos qui font l’éloge des tyrans, des dictateurs, des salauds etc… Soit on estime que ça fait partie du débat et qu’on ne combat pas un intellectuel en l’envoyant devant les tribunaux ou en prison, mais qu’on le combat avec des idées et des arguments et que c’est simplement le débat démocratique”. »

    Le pesant sophisme que voilà ! Si on n’a pas le droit de tenir le genre de propos qu’a tenus Zemmour lors de la « Convention de la droite », c’est parce que leur contenu violemment raciste et islamophobe peut être qualifié d’injures publiques et de provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence, délits punis par la loi. Ce n’est pas tout à fait la même chose que « l’éloge des tyrans, des dictateurs, des salauds etc. » Par ailleurs, si Zemmour a commis ces délits (rappelons que la justice l’a déjà condamné pour des propos similaires), on voit mal en quoi un brevet d’ »intellectuel » (sic) décerné par Michel Onfray devrait lui conférer une immunité refusée au businessman nazi demi-mondain Soral qui, tout autant que Zemmour ou Onfray, pisse de la copie et se prend pour un penseur. On objectera aussi que faire appliquer la loi lorsque Zemmour commet un délit n’empêche pas de combattre ses idées abjectes par des arguments, ce que fait par exemple brillamment l’historien Gérard Noiriel.

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  • Simplification

    « A la sous-préfecture de Dunkerque, il n’y a plus aucun agent à l’accueil. Trois volontaires du service civique — qui, ensemble, coûtent le même prix qu’un seul fonctionnaire d’Etat — passent (…) leurs journées à aiguiller les usagers vers un ordinateur placé à l’accueil. CAF, Pôle emploi, services sociaux : tous sont en transition vers la société sans contact. L’Etat avance l’argument de la simplification, mais, quand il s’agit du renouvellement d’un titre de séjour, le labyrinthe numérique oblige à se demander si les difficultés rencontrées – comme sur le site recueillant les signatures en faveur d’un référendum contre la privatisation d’Aéroports de Paris — ne font pas partie du processus de tri. Il est devenu encore plus facile de compliquer les démarches pour dissuader les usagers de s’y engager. »

    Julien Brygo, « Peut-on encore vivre sans Internet ? » ,
    Le Monde diplomatique, août 2019


  • Capitalocène

    « Qu’ils adressent des suppliques aux puissants sous les dorures de leurs palais ou qu’ils se replient en communautés spiritualistes, les “effondristes” partagent une même vision du monde, arrimée à l’opposition abstraite entre deux catégories, “la nature” et “l’humanité”, pour en déduire que nous vivrions à l’anthropocène — l’époque de l’histoire de la Terre à partir de laquelle les activités humaines ont transformé négativement l’écosystème. “Je suis très inquiet de la capacité qu’a ce concept d’anthropocène de renforcer cette vieille farce bourgeoise selon laquelle la responsabilité des problèmes émanant du capitalisme reviendrait à l’humanité tout entière”, observe Jason W. Moore, professeur à l’université de Binghampton (Etat de New York) et coordinateur du Réseau de recherche sur l’écologie-monde (World-Ecology Research Network). A la notion d’anthropocène il substitue celle de capitalocène : le rérèglement climatique provient d’un régime économique reposant sur l’extraction de matières premières et l’appropriation d’énergie non payée, une prédation longtemps considérée comme allant de soi. C’est cette stratégie d’utilisation peu coûteuse des ressources non renouvelables, sur laquelle repose l’accumulation illimitée, qui touche à sa fin, et non l’humanité. “Nous sommes en train de vivre l’effondrement du capitalisme, considère-t-il. C’est la position la plus optimiste que l’on puisse embrasser. Il ne faut pas craindre l’effondrement. Il faut l’accepter. Ce n’est pas l’effondrement des gens et des bâtiments, mais des relations de pouvoir qui ont transformé les humains et le reste de la nature en objets mis au travail gratuitement pour le capitalisme.”

    Un autre effondrement est possible. »

    Jean-Baptiste Malet, « La fin du monde n’aura pas lieu« ,
    Le Monde diplomatique, août 2019.


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