« Personne au sommet de l’État ne semble prendre la mesure de la gravité du mal-être enseignant alors que les démissions effectives dans le premier degré ont été multipliées par 4 en dix ans. Les conditions de travail sont en cause mais le niveau de salaire y est pour beaucoup. En 1980, un professeur certifié débutant gagnait quasiment 2,2 fois le SMIC. Quarante ans plus tard, en 2022, le jeune enseignant touchait 1,14 fois le SMIC, soit 1556 euros nets par mois. Le SMIC est indexé sur l’inflation : il a été en permanence revalorisé depuis les années 1980. Le point d’indice, lui, à partir duquel les salaires des fonctionnaires sont calculés, a été déconnecté de l’inflation en 1983.
Ce point d’indice, qui touche l’ensemble des fonctionnaires, a même été gelé, quasiment chaque année depuis 2010. En trente ans, il a augmenté de 25% alors que l’inflation sur la même période avoisine les 60%. C’est ainsi que l’ensemble des fonctionnaires se sont considérablement appauvris. Et que le métier d’enseignant s’est prolétarisé. »
Clémentine Autain, L’avenir, c’est l’esprit public, Seuil, 2025
Exégèse
La prolétarisation des profs génère un déficit de candidat·e·s aux concours avec par conséquent des milliers de postes non pourvus chaque année. Mais cette dégradation du service public n’est pas un problème pour le ministère de l’Education nationale qui trouve ainsi prétexte à recrutements sauvages — pour boucher les trous — de contractuels et vacataires qui coûtent moins cher et sont plus dociles du fait de la précarité de leur situation. Que les parents inquiets de confier leurs progéniture à des personnels pas ou peu formés (et affectés sur le tard) se reportent (s’ils le peuvent) sur le privé, cela ne fait qu’enrichir les établissements privés déjà iniquement gavés de subventions. Les bourgeois qui y mettent de toutes façons leurs enfants n’y voient pas de problème.


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