« Les vagues de déréglementation permettent aux grandes firmes financières de faire de la spéculation en Bourse jusqu’à créer, tôt ou tard, une bulle. Gueule de bois en contrepartie de l’ivresse, un krach boursier survient. Faute de séparation entre banques d’affaires et de dépôt, ce krach se propage dans l’économie réelle, en particulier via le tarissement des prêts à la consommation et à l’investissement. Décrétées too big to fail, les grandes firmes financières bénéficient d’un sauvetage sur fonds publics, tandis que l’argent public prend également en charge la hausse des dépenses sociales liée à la montée du chômage et de l’appauvrissement. Il s’ensuit l’augmentation brutale des dettes publiques des Etats, dont les titres sur le marché des obligations sont accaparés par les grandes firmes financières grâce aux traités européens interdisant à la Banque centrale européenne de les préempter. Sous la pression des grandes firmes financières, qui se retournent alors contre les Etats venant de les sauver de la faillite, lesdits Etats, en application des traités européens, se lancent dans des politiques d’austérité fiscale, en augmentant les prélèvements obligatoires des classes moyennes populaires ; d’austérité budgétaire, en réduisant la voilure des services aux habitants ; et de vente à la découpe de leurs services publics, en application des directives européennes. Les grandes firmes en général, financières en particulier, profitent de ces privatisations pour transformer ces services publics en oligopoles dans lesquels une poignée d’entre elles s’installent en rente de situation. Parallèlement, conformément au credo de l’Antisocial, des politiques de baisse des prélèvements obligatoires profitant aux plus riches et aux grandes firmes sont conduites dans l’espoir de sortir ainsi du krach économique. C’est autant d’argent perdu pour les comptes publics, d’où encore plus d’austérité en pilote automatique. Cet argent repart dans le système financier, ce qui réamorce le cercle vicieux. Jusqu’au prochain krach. »
Thomas Guénolé, Antisocial,
La guerre sociale est déclarée, Plon, 2018
Auteur/autrice : Serge Victor
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Extinction
« Ne croyez pas les écolos qui prétendent que nos ancêtres vivaient en harmonie avec la nature. Bien avant la Révolution industrielle, Homo sapiens dépassait tous les autres organismes pour avoir poussé le plus d’espèces animales et végétales à l’extinction. Nous avons le privilège douteux d’être l’espèce la plus meurtrière de toutes les annales de la biologie.
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Collectivement
« On conviendra sans trop de peine que seul l’Homo sapiens peut parler de choses qui n’existent pas vraiment et croire à six choses impossibles avant le petit déjeuner. Jamais vous ne convaincrez un singe de vous donner sa banane en lui promettant qu’elle lui sera rendue au centuple au ciel des singes. Mais pourquoi est-ce important ? Somme toute, la fiction peut dangereusement égarer ou distraire. Les gens qui vont dans la forêt en quête de fées ou de licornes sembleraient avoir moins de chance de survie que ceux qui cherchent des champignons ou des cerfs. Et si vous passez des heures à prier des esprits tutélaires inexistants, ne perdez-vous pas un temps précieux qui serait mieux employé à fourrager, vous battre ou forniquer ?
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