Auteur/autrice : Serge Victor

  • L’ordre du parti contre le parti de l’ordre

    « Le problème d’un salarié lambda est moins un surplus d’ordre policier que le désordre total dans lequel le capitalisme néolibéral a plongé la vie des gens, en démantelant à petit feu tous les services publics. Il est impossible de prendre un bus ou un train à l’heure, d’avoir un appareil électronique qui marche correctement, des logiciels de gestion bien pensés, de transmettre avec certitude un courrier ou un colis. […]

    Bref, la grande tendance à l’échelle mondiale pour les classes populaires n’est pas que le capitalisme produirait trop d’ordre, mais bien que le capitalisme néolibéral produit des désordres de plus en plus criants en déstabilisant les solidarités gagnées par nos luttes et institutionnalisées à travers les Etats-providences. Évidemment, le bloc bourgeois en crise tend à restreindre aussi les libertés fondamentales et se fascise. Nous devons le dénoncer, mais si on se focalise là-dessus et qu’on ne le vit pas, nous ne comprenons pas pourquoi beaucoup de membres de classes populaires sont, quant à eux, “en demande” de sécurité. On ne le comprend pas si on ne vit pas dans un quartier défavorisé, que sa voiture n’a aucun risque de brûler la nuit, que son enfant ne risque pas d’être racketté, de se prendre un coup de couteau. Le petit bourgeois n’a pas peur de perdre son emploi quand son train est en retard ou quand il tombe malade et ne comprend pas cette demande de sécurité qui traverse les sociétés et fait basculer vers l’extrême-droite et le néofascisme. Dans la même veine, si on n’est pas soi-même un jeune issu de l’immigration vivant dans une cité ou qu’on n’en côtoie aucun, on ne peut pas comprendre la peur et la haine éprouvées envers la police ni les violences policières. Si on n’est pas soi-même musulmane, on ne comprend pas l’islamophobie. Si on n’est pas une femme qui marche dans la rue le soir, on ne ressent pas le patriarcat au fond de sa chair. Sur le plan de la théorie, c’est là que nous avons besoin de l’existentialisme de Sartre, qui complète si bien le matérialisme dialectique.

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  • Art populaire

    « Il [Paul McCartney] l’a dit et répété : il avait grandi dans un milieu modeste, sans grande ouverture sur le monde extérieur. Le terrain, néanmoins, était préparé. Dans le monde ouvrier, celui de ses parents, on quittait l’école à quatorze ans pour travailler aussitôt. En Grande-Bretagne, dans la génération de Paul, les garçons de ces milieux pouvaient déposer une demande de bourse pour entrer dans une “art school” (Institut des Beaux-arts). Il suffisait d’un dossier, avec quelques dessins, pour obtenir une bourse de quatre ans d’étude. Il ne faut pas chercher plus loin, c’est pour cette raison que tous ces jeunes musiciens britanniques qui faisaient du rock ont pu découvrir un autre monde, inconnu de leurs parents : celui de l’art, de la photographie, de la peinture, du théâtre, de l’avant-garde artistique, parfois, qu’ils ont naturellement mêlé à leur amour du blues et du rock’n’roll. Les Rolling Stones, les Kinks, les Who, David Bowie, Roxy Music : la liste est longue à l’infini. C’est ce qui a apporté cette esthétique, et parfois, cette recherche particulière, propres au rock britannique. »

    Michka Assayas et Maud Berthomier, Very good McCartney trip,
    France-Inter et GM éditions, 2024


  • Les chroniques de Le Banni (de Le Média), épisode 11

    Résumé de l'épisode précédent : Bénévhôl, le guerrier de Kohop, a été banni de Lmédiâh par la triade Khakobb. 
    Après avoir parcouru steppes arides et marécages boueux pour rassembler réprouvés et Sociôhs épars, il a retrouvé droit de cité et a même réussi à s'introduire dans le saint des saints : le Cénacle de Surveillance. Mais il est alors trahi par son vieux compagnon Antohân l'Imposteur, qui a piégé ou détruit tous ses refuges secrets, le privant de nombreuses armes et possibilités de repli.
    Il est bien toujours LE BANNI.

    Quelques éclaircies dans la coopérative du Média

    Depuis le dernier épisode, il y a eu du nouveau au sein de la SCIC du Média. Les menaces à peine voilées de re-bannissement qui m’avaient été adressées sur le forum n’ont pas été concrétisées, et j’ai même soudain (sans explication) retrouvé plein accès à la boucle Telegram. Il est toutefois trop tôt pour décréter la fin de mon bannissement : je n’ai en effet toujours pas retrouvé accès aux groupes Facebook du Média (du moins, je sais qu’il en reste un : « Le mur de l’info des socios« , dont j’ai longtemps été un des modérateurs). Et je n’ai pas été réintégré parmi les Correspondant·e·s Citoyen·ne·s ni dans le groupe de soutien coopératif aux bénévoles (qui n’existe en réalité même plus… alors que sa création avait été votée par l’AG 2022, vote qui devrait donc engager le Directoire, qu’il le veuille ou non). Je n’ai d’ailleurs jamais été informé des motifs de la rupture de mes conventions de bénévolat, j’ai contesté ces décisions arbitraires inexpliquées, et j’ai réclamé ma réintégration… en vain. J’ai continué à oeuvrer bénévolement malgré mon éviction à la promotion du Média (avec les Socios Engagé·e·s) et à la couverture vidéo de certaines manifs ainsi qu’à la relance d’un réseau de Correspondant·e·s. Je réclame toujours ma réintégration dans les Correspondant·e·s Citoyen·ne·s conventionné·e·s et dans le groupe de soutien coopératif aux bénévoles. J’ai également postulé pour reprendre part à la modération bénévole du forum, à laquelle j’avais déjà contribué en 2019 et 2020. La seule réponse du Directoire a été qu’il n’y avait personne de disponible parmi les salarié·e·s pour être référent·e des bénévoles. Cette réponse n’est pas convaincante, car en réalité, il est tout à fait possible de mettre en place un fonctionnement qui ne cause aucune surcharge de travail pour le ou la référent·e, ce que nous sommes d’ailleurs en train de prouver avec les (vrai·e·s) Socios Engagé·e·s en reconstituant sans référent officiel un groupe de correspondant·e·s bénévoles qui a déjà permis de couvrir dans plusieurs villes la manifestation du 7 septembre 2024 ou celle du 21 septembre, et de fournir des images à la rédaction du Média avec laquelle un contact peut tout à fait se nouer efficacement sans passer par l’ancien référent devenu bloquant.

    Lors de la dernière AG, des Volontaires (bénévoles conventionné·e·s) ont bel et bien pu candidater et être élus au Conseil de surveillance, ce qui prouve que le Directoire a bien été en mesure de renouveler leur convention de bénévolat avant l’AG de juin 2024 avec un référent (le titulaire actuel et le suppléant issus du collège des Volontaires au sein du CS sont bien des Correspondants Citoyens conventionnés, preuve qu’il existe bien pour eux un référent en titre qui a accepté de l’être). Le non-renouvellement de mes conventions n’est donc pas dû à un manque de moyens humains, comme je l’expliquais déjà il y a quelques mois, mais à une purge délibérée des bénévoles les plus actifs pour des raisons n’ayant rien à voir avec l’exercice de leur mission (aucun grief ne leur a d’ailleurs jamais été énoncé) mais tout à voir avec des désaccords exprimés en tant que sociétaires sur le fonctionnement de la SCIC. Personnellement, je ne demande à ce stade la tête de personne et je peux admettre que des malentendus et des situations de stress puissent conduire à des erreurs. Mais rien ne peut justifier de perpétuer obstinément une situation de blocage préjudiciable au Média et parfaitement dépassable.

    Après le fiasco de la plateforme de propositions de résolutions pour l’AG 2024 (dont je rendrai compte ultérieurement), j’ai été moi-même élu membre du Conseil de surveillance du Média, ayant candidaté pour le collège des Socios (puisqu’exclu de facto par le Directoire du collège des Volontaires). Bien sûr, je dois cette élection au coquin de sort et au plébiscite des sociétaires, et non à l’instance qui m’avait banni précédemment du forum (et des autres supports du Média et des Volontaires). Mais on dira tout de même que je suis bien moins banni qu’il y a quelques mois. Et en tant que membre du Conseil de surveillance, je peux à présent poursuivre mon action (notamment en faveur de la reconstruction d’un réseau de bénévoles) au sein d’une des instances dirigeantes du Média, de laquelle le Directoire n’a pas le pouvoir de m’exclure. Je repense avec amusement à la réunion de janvier 2024 où il m’avait été assené « la suite se fera sans toi ». Eh bien non : « on est là, on est là… ».

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  • Prenons Macron au mot : exigeons le respect des urnes !

    Le 10 juillet 2024, le forcené de l’Elysée, refusant de reconnaître la victoire du Nouveau Front Populaire, arrivé en tête des élections législatives anticipées, envoyait une « lettre aux Français » complètement hors-sol, affirmant que « personne ne l’a emporté », qu’ « aucune force politique n’obtient seule une majorité suffisante » et que « les blocs ou coalitions qui ressortent de ces élections sont tous minoritaires ». En réalité, le Nouveau Front Populaire, déjouant les sondages et les sombres calculs du président, est bien arrivé en tête, obtenant le plus grand nombre de député·e·s à l’assemblée nationale, et permettant par un désistement républicain antifasciste (pas toujours réciproque) à la coalition macroniste de finir à la deuxième place devant la coalition fasciste. Rappelons que lorsqu’il y a des triangulaires ou quadrangulaires aux élections législatives dans des circonscriptions, c’est le ou la candidat·e arrivé·e en tête, même sans majorité absolue, même avec une seule voix d’avance, qui est élu·e. A l’issue des élections législatives, il y a 4 blocs : le Nouveau Front Populaire est incontestablement en tête, suivi loin derrière par la coalition macroniste présentée sous l’étiquette frauduleuse « Ensemble« , du bloc fasciste composé du Rassemblement National et de la fraction de LR ralliée au RN (avec Eric Ciotti), et enfin par un plus petit bloc formé du reste de la droite LR et des divers droite (non ralliés au RN ou à Macron). Entre 2022 et 2024, il y avait déjà cette quadri-partition (avec une hiérarchie différente, le bloc macroniste étant devant le bloc de gauche NUPES suivi du bloc fasciste et du bloc de droite LR), et le bloc macroniste n’avait pas de majorité absolue. Cela ne l’avait pas empêché de former un gouvernement. Ce qui change depuis le 7 juillet 2024, c’est que c’est désormais le Nouveau Front Populaire qui est en tête, et c’est donc à lui que devrait être confiée la tâche de former un gouvernement.

    Après sa défaite aux élections législatives, le premier ministre Attal a présenté sa démission. Macron aurait dû l’accepter et le charger d’expédier « les affaires courantes comme le veut la tradition républicaine ». Au lieu de quoi il a décidé de laisser le gouvernement actuel continuer à exercer pleinement ses responsabilités pour une durée indéterminée, ce qui constitue un coup de force institutionnel.

    Cela étant posé, prenons Macron aux mots. Il affirme que « seules les forces républicaines représentent une majorité absolue ». Littéralement, c’est peut-être exact. Vérifions qui ne fait pas partie des « forces républicaines » et qui en fait partie. C’est assez simple, en vérité : le RN, parti fondé par un ancien Waffen SS et des pétainistes et présentant toujours des candidat·e·s violent·e·s, racistes, antisémites, n’en fait évidemment pas partie. Ses alliés, transfuges zemmouristes ou ciottistes non plus. Et si l’on suit la logique de Macron qui vante « le Front républicain » qui a empêché le RN de gagner, les personnalités de droite, LR ou macronistes, qui ont refusé de faire front contre le RN n’en font pas partie non plus. Edouard Philippe, par exemple, en appelant ses sympathisants et les électeurs à ne pas choisir entre des candidats LFI et des candidats RN, a concrètement permis l’élection de député·e·s fascistes. On sait aujourd’hui que Philippe a dîné avec l’héritière Le Pen et Bardella, ceci explique peut-être cela. Selon la députée LFI-NFP Sarah Legrain sur X (ex-Twitter), cette rencontre est même à mettre en lien avec des désistements du RN en faveur de candidats Horizon, le parti de Philippe.

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  • Purge

    « Le Parti n’a jamais tort, dit Roubachov. Toi et moi, nous pouvons nous tromper. Mais pas le Parti. Le Parti, camarade, est quelque chose de plus grand que toi et moi et que mille autres comme toi et moi. Le Parti, c’est l’incarnation de l’idée révolutionnaire dans l’Histoire. L’Histoire ne connaît ni scrupules ni hésitations. Inerte et infaillible, elle coule vers son but. A chaque courbe de son cours elle dépose la boue qu’elle charrie et les cadavres des noyés. L’Histoire connaît son chemin. Elle ne commet pas d’erreurs. Quiconque n’a pas une foi absolue dans l’Histoire n’a pas sa place dans les rangs du Parti. »

    Arthur Koestler, Le Zéro et l’infini, 1940


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