Pas franc tireur

Au détour d’une controverse sur Twitter à propos du Média et de Frustration dont il réclamait stupidement et méchamment l’arrêt, un type se faisant appeler « Gaston Crémieux » (je préfère nettement l’original), auteur pour le torchon de droite Franc-Tireur (où sévissent grâce à l’argent du milliardaire Kretinsky des phares de la pensée comme la plagiaire Caroline Fourest, le troll crypto-lepéniste Raphaël Enthoven ou Christophe Barbier, l’écharpe de plateaux télé), m’a mis sous le nez un thread de son crû censé prouver l’antisémitisme de Mélenchon et de la FI. D’abord amusé par l’obsession du bonhomme pour « l’autocritique », puis affligé par la somme d’accusations pourries qui, selon la loi de Brandolini, prendrait plus de temps à être réfutées qu’à être énoncées, je me suis finalement pris au jeu. Pour le fun. Alors que par ailleurs y a plein de trucs qui m’énervent chez JLM, hein.

C’est parti pour un examen point par point des « arguments » de « Gaston Crémieux ».

« 1/L’exemple vient de haut avec la dérive de @jlmelenchon lui-même: en 2014, il dénonçait déjà à l’occasion d’une intervention israélienne à Gaza les « communautés agressives qui font la leçon au reste du Pays » (à 36’46) visant ici la communauté juive. »

Les institutions se proclamant représentantes de la communauté juive en France sont depuis plusieurs années des soutiens et des relais inconditionnels du colonialisme israélien, et même de la droite extrême israélienne. Mélenchon est en droit de critiquer ce fait, bien analysé par exemple dans cet article de Jean Stern

Il n’y a rien d’antisémite là-dedans. 

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Non, Conspiracy Watch, ce n’est pas la fin du Média !

Le 28 juillet dernier paraissait sur le site Conspiracy Watch un article signé Elie Guckert intitulé « Clap de fin pour le Média ? « 

Etant sociétaire du Média et engagé activement au sein de cette coopérative de presse je n’avais pas apprécié le contenu de l’article. J’y avais relevé quelques erreurs factuelles, comme le fait que Denis Robert y est présenté comme ayant été « remplacé à la rédaction en chef par Théophile Kouamouo ». C’est un peu anecdotique, mais en réalité, Théophile Kouamouo était déjà rédacteur en chef au Média quand Denis Robert y travaillait, lequel Denis Robert n’était pas rédacteur en chef mais directeur de la rédaction. C’est un détail qui a malgré tout son importance, car un lecteur non averti pourrait, en lisant l’article de Guckert, s’imaginer que Théophile Kouamouo aurait voulu prendre la place de Denis Robert alors que la rédaction a juste souhaité remplacer le poste de directeur de la rédaction par un comité éditorial. En tout cas, la remarque n’a pas dû plaire à Guckert car il m’a aussitôt bloqué sur Twitter (j’ai appris par la suite qu’il avait également bloqué d’autres socios et des salarié.e.s du Média), se privant ainsi de la possibilité de pouvoir recevoir des rectifications au contenu de son article.

M’étant fait récemment à nouveau exhiber cet article sur les réseaux antisociaux, je me décide aujourd’hui à en faire une analyse critique. Mieux vaut tard que jamais.

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Avis aux camarades intoxiqués par la désinformation antivax

J’ai été vacciné contre la covid 19 par deux prises du vaccin Moderna et une prise du vaccin Pfizer en rappel 6 mois plus tard.

Aucun effet secondaire notable, à part une légère douleur au point d’injection pendant 2 ou 3 jours. L’idée de reprendre une 4ème dose dans 6 mois ne me cause aucun souci, car les résultats des essais cliniques et la pharmacovigilance sur des milliards de vaccinés attestent que ces vaccins sont très efficaces, même si leur efficacité est limitée dans le temps, et que les effets secondaires graves sont rarissimes. Me faire vacciner autant qu’il le faudra n’est pas un problème : je me fais déjà vacciner chaque année contre la grippe et je m’en porte très bien. De nombreux vaccins sont déjà obligatoires et nécessitent plusieurs rappels sans que cela pose problème non plus.

Une récente enquête sur Ventavia, une entreprise en charge de 2,28 % des 44000 patients de l’essai de phase 3 du vaccin Pfizer, enquête dont l’auteur n’est d’ailleurs pas d’une crédibilité absolue, ne remet pas en cause, selon Numérama (entre autres), l’efficacité ni l’innocuité du vaccin, qui ont été confirmées par les données en vie réelle (cela dit, il faudra évidemment creuser ces affirmations et punir les responsables s’il se confirme qu’il y a eu des manquements).

Pour les différents troubles enregistrés après vaccination, les chiffres de pharmacovigilance ne montrent aucune surmortalité par rapport à ce qui est attendu en population générale.

“Pour Pfizer, qui représente l’immense majorité des injections, « les décès survenus dans la population de patients de moins de 50 ans n’apportent pas, dans leurs caractéristiques, d’élément en faveur d’un rôle de la vaccination », écrit l’ANSM dans son dernier rapport. Chez les plus de 50 ans, le précédent rapport notait que l’enquête n’avait « apporté aucun élément nouveau au profil de sécurité du vaccin » Pfizer.”

source : Le Dauphiné Libéré

Les charlatans et les fachos qui prétendent le contraire en faisant dire à des données brutes de déclaration d’incident ce qu’elles ne disent pas (et même le contraire de ce qu’on peut en conclure) sont des menteurs et des manipulateurs. Quand on est de gauche, on ne gobe pas ce genre de mensonge, et on ne prend pas pour argent comptant les affirmations de Mme Michu qui dit que le beau-frère du voisin de la cousine de sa collègue est resté dans le coma pendant un mois à cause du vaccin, sans que la presse ait jamais fait mention nulle part d’un tel scoop.

Je prendrai autant de doses qu’il le faudra aussi longtemps qu’il le faudra pour me protéger et contribuer à l’effort collectif pour contenir la circulation du virus et protéger les plus faibles (les immunodéprimés, les personnes à risque, ceux pour qui la vaccination n’est pas efficace…). En effet, les vaccins ont donné de bons résultats pour réduire la circulation des premiers variants du virus. Avec le variant delta, beaucoup plus contagieux, c’est plus compliqué, mais même si les vaccins semblent échouer à empêcher la transmission au sein d’un foyer, ils réduisent un peu les risques d’infection primaire et la durée de celle-ci.

La vaccination coûte cher à la Sécu et enrichit Pfizer ou Moderna ? Certes, et nous devons donc lutter tous ensemble pour la levée des brevets et l’accès des pays pauvres à ces vaccins. La vaccination ne suffira pas à en finir avec la pandémie (les masques et gestes barrières demeurent essentiels), mais elle est un outil essentiel.

Une partie de la gauche sombre hélas aujourd’hui dans un de ses vieux démons : la campisme. De même qu’autrefois des camarades prenaient systématiquement la défense de dictatures totalitaires dites communistes et considéraient comme ami tout régime s’opposant aux Etats-Unis, on en voit aujourd’hui gober goulûment toute propagande aussi mensongère soit-elle pourvu qu’elle ait l’air de s’opposer à Macron. C’est ainsi que Raoult, un mandarin de droite totalement inséré dans le système et soutenu par toute la droite la plus rance ainsi que par le milliardaire Bernard Arnault, a été fantasmé en rebelle durant la crise sanitaire, alors même qu’il rompait avec la science et mettait en danger la vie de patients par des pratiques de charlatan qui se trouvent à présent taxées de crimes contre l’humanité au Brésil où elles ont été promues par le fasciste Bolsonaro. Les liens des covidosceptiques antivax de Réinfocovid avec l’empire anthroposophe et l’extrême-droite ne sont plus à démontrer non plus. La toxicité du blog fRance Soir, propriété de l’affairiste Azalbert, lié à l’extrême-droite Q Anon, n’est plus à démontrer non plus. Et pourtant, nombre de camarades continuent à en relayer les publications ou à en répéter les mensonges.

Pourtant, rien n’oblige à se vautrer dans ce campisme. On peut combattre Macron et son monde ET combattre la fachosphère antivax. Non seulement on le peut, mais on le doit. Les fachos ont toujours été les chiens de garde du système capitaliste, ceux vers qui les capitalistes se tournent pour défendre leurs intérêts quand les contradictions du capitalisme rendent la situation trop incertaine. On ne combat pas le capitalisme en faisant alliance avec les chiens de garde du Capital.

La défense de « la liberté » contre l’obligation vaccinale n’est pas émancipatrice, car la liberté de laisser circuler un virus qui a déjà fait plus de 5 millions de morts et des millions d’invalides n’est autre que la liberté du renard libre dans le poulailler libre chère aux libéraux. Le principe de l’obligation vaccinale sur tout ou partie de la population n’est pas contestable : c’est une mesure d’intérêt général. Là où la contestation peut se porter, quand on est de gauche, c’est contre la privatisation de cette obligation mise en place par le pass sanitaire de Macron, laissant peser sur des décision individuelles et sur des contrôles exercés par des commerçants, ce qui devrait relever de la responsabilité de l’Etat. Il est tout à fait nécessaire aussi de critiquer la façon dont le monarque Macron décide solitairement des mesures sanitaires, le plus souvent lorsqu’il est trop tard, la brutalité de la décision ne servant en définitive qu’à compenser son côté insuffisant, improvisé et tardif. Et il est bien évidemment plus que jamais nécessaire de critiquer la déliquescence de l’hôpital public, l’absence de moyens mobilisés contre la pandémie et l’absence de taxation des plus riches pour financer la politique sanitaire.

Mais rien ne justifie de vouer un culte à un charlatan, de répéter des sornettes réactionnaires et obscurantistes ni de défiler avec des fachos derrière des slogans antivax.

Branco ne manque pas d’huppé air

Depuis plusieurs jours, Juan Branco se répand sur les réseaux antisociaux en attaques extrêmement violentes contre François Ruffin. Exhibant un montage présenté comme une « exclu » (en fait une version tronquée d’un reportage de Radio Nova datant de 2016), il assène que François Ruffin se serait entendu avec Emmanuel Macron sur le dos de salariés, aurait mis en scène une fausse opposition et aurait simulé des sentiments. « Trahison ! », s’étrangle Branco, « la boule au ventre », montrant au passage que pour ce qui est de surjouer des sentiments, il n’a peut-être rien à apprendre de personne.


En réalité, Ruffin n’a rien mis en scène et n’a trompé personne. Comme il l’explique dans un post Facebook (qui confirme des faits déjà rapportés par d’autres sources et par le reportage de Nova à l’époque-même des faits), lui et les salariés d’Ecopla ont harcelé Macron tant qu’il était ministre, puis sont montés à Paris pour essayer de médiatiser la lutte, dans le but de mobiliser l’opinion publique et les politiques afin que : « en gros, le tribunal de commerce voie qu’il y a un consensus quasiment national dans les différents partis, avec les différents candidats, y compris les différents syndicats et même le gouvernement pour dire que le meilleur dossier c’est celui d’Ecopla ». En effet, alerté par sa soeur, dirigeante d’une union locale de SCOP, Ruffin soutenait face à un tribunal de commerce rétif un projet de reprise en coopérative. La stratégie de Ruffin, élaborée avec les salariés, et clairement expliquée à Nova, supposait donc une campagne médiatique et politique large, pour obtenir que des politiciens de tous bords et le gouvernement lui-même finissent par soutenir le projet et que le tribunal de commerce finisse par trancher en faveur de celui-ci.
Ruffin et les Ecopla ont donc fait la fête de l’Huma, ont eu un rendez-vous au ministère à Bercy et sont allés emmerder plusieurs candidats à la présidentielle pour attirer l’attention sur leur cause. Entre Montebourg, Juppé et Sarkozy, ils sont tombés sur Macron, l’ont engueulé (aucune mise en scène là-dedans, comme en témoigne le reportage intégral de Nova) et ont obtenu de celui-ci qu’il reconnaisse qu’il n’avait rien fait pour sauver la boîte. C’est alors que, comme ça se fait souvent dans les luttes (mais Branco qui n’a peut-être pas mené beaucoup de luttes sociales dans sa vie l’ignore sans doute), Ruffin offre une porte de sortie à la fois honorable pour Macron et avantageuse pour les salariés en lui proposant une stratégie en plusieurs étapes : d’abord il y a la prise de contact en cours et les salariés ressortent « pas contents » (avec son ironie coutumière, Ruffin ne fait que décrire une réalité : lui et les salariés ne sont effectivement pas contents, mais au lieu de l’exprimer au premier degré, il se met comme dans ses films « à la place de » et l’exprime de la façon dont les médias et le public, qu’il s’agit bien de sensibiliser, pourront le percevoir), ensuite Macron s’occupe du dossier (c’est-à-dire fait jouer ses réseaux d’ex-ministre au sein de l’Etat), puis on se revoit et Macron rend compte de ce qu’il aura fait. Macron fait mine d’accepter le plan de route, sans prendre pour autant aucun engagement ferme.
Le soir-même, Ruffin et les Ecopla vont quand-même faire chier Macron devant son meeting (ce n’est pas de la mise en scène : ils continuent à lui foutre la pression et à essayer de faire connaître leur lutte). Deux mois plus tard, Ruffin étrille encore Macron dans Fakir, dans un dossier sur Ecopla.
Malheureusement, le projet de SCOP qu’il défendait n’aboutit pas, et après une tentative de partenariat avec un repreneur, les salariés jettent l’éponge en mars 2017.
La scène avec Macron n’aura été qu’un épisode parmi plein d’autres dans cette longue lutte, et aura juste servi un peu à la faire connaître.
Macron n’en a tiré aucun bénéfice électoral, Ruffin non plus (il était candidat en Picardie et Ecopla est en Isère). Le projet a échoué mais méritait d’être soutenu : le précédent des Fralib permettait d’espérer un meilleur dénouement que celui des Whirlpool.

Ajoutons que les premiers concernés semblent reconnaissants envers Ruffin, encore 3 ans après, et malgré l’échec.

Alors, quelle mouche a piqué Branco ? Pourquoi repeindre ainsi Ruffin en traitre manipulateur et simulateur ? Pourquoi tant de haine ? Mystère.
Purisme gauchiste de grand bourgeois converti au romantisme révolutionnaire mais totalement ignorant de la réalité des luttes syndicales ?
Complètement bloqué dans son délire, Branco s’enfonce post après post, vidéo après vidéo, malgré les commentaires le plus souvent navrés des internautes. Il va même jusqu’à prétendre que la récente confrontation entre Ruffin et Macron à Amiens devant les ex-salariés de Whirlpool serait du « chiqué », et aurait été « négociée », ce qui est une accusation à la fois gratuite et idiote : bien évidemment, Ruffin, député local, ne surgit pas par surprise devant le président ; l’événement a été organisé, et chacun essaie d’y faire valoir son point de vue. Cela ne signifie nullement que leur opposition soit feinte.
Dans un « Facebook live » du 28 novembre 2019, Branco va même jusqu’à insinuer que Ruffin tairait le rôle qu’a joué sa soeur dans l’histoire d’Ecopla. J’ai été intrigué par ce détail : que voulait suggérer Branco et qu’y a-t-il de gênant à ce que la soeur de Ruffin se soit impliquée dans le dossier Ecopla ? Après une petite recherche sur internet, j’ai trouvé qu’une vidéo postée le 15 novembre 2018 par un compte baptisé « Le Frexit » avait déjà soulevé beaucoup de sous-entendus au sujet de la soeur de Ruffin.

On notera avec amusement la contradiction dans ce délire à la tonalité complotiste : Ruffin cacherait cette mystérieuse soeur qui a été camarade de classe de Macron à Amiens et qui dirige une SCOP, mais la vidéo s’appuie sur des sources qui montrent en fait que l’existence de cette soeur et son parcours sont de notoriété publique et que Ruffin n’a jamais rien caché à ce sujet. On sourira aussi au fait que la vidéo qui ne s’appuie que sur des articles et documents déjà publics est présentée comme un « scoop exclusif », un peu comme le pauvre montage faisandé de Branco présenté comme une « exclu ».
Quant au compte Youtube diffuseur de ce « scoop exclusif », « Le Frexit », il se défend d’être lié à l’UPR, le groupuscule nationaliste dont le frexit est le fétiche suprême, mais semble tout de même publier, outre des attaques contre Ruffin, moult éloges d’Asselineau, le gourou de l’UPR.

La vidéo de Branco, de son côté, a été copiée et mise en ligne telle quelle (avec un titre encore plus mensonger) dès le 26 novembre 2019 (le même jour que la première diffusion sur le compte Youtube de Branco) par un compte Youtube baptisé « Collège européen », dont l’orientation laisse peu de place au doute.

Coïncidence ? 😎

Bon, comme on n’est pas aussi barré que Branco, on n’ira pas jusqu’à chouiner, « la boule au ventre », qu’il n’est devenu qu’un gros troll de l’UPR, mais on ne peut que constater qu’il en a adopté le style. A tout prendre, malgré de récurrentes erreurs qu’il a d’ailleurs le mérite de reconnaître (celle-ci ou celle-ci, par exemple), et malgré un sens du spectacle et une personnalisation qui peuvent avoir leurs limites, on lui préférera le style Ruffin, moins huppé, plus sincère, et plus utile dans nos luttes.

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