Communautarisme

« Les ravages du chĂ´mage et la paupĂ©risation des citĂ©s de banlieue ont aggravĂ© le processus que Robert Castel a appelĂ© la “dĂ©saffiliation”. […] Dans son livre sur l’antisĂ©mitisme, Anatole Leroy Beaulieu avait notĂ© que “l’esprit de tribu” se rĂ©veille aujourd’hui chez les juifs parce que “l’antisĂ©mitisme les contraint, de nouveau, Ă  se serrer les uns contre les autres. […] L’assimilation, qui Ă©tait en train de s’opĂ©rer petit Ă  petit, s’est trouvĂ©e arrĂŞtĂ©e par ceux-lĂ  mĂŞmes qui reprochent aux juifs ne ne pas s’assimiler”. Le repli communautaire constitue en effet une ressource pour ceux qui cherchent Ă  Ă©chapper aux souffrances de l’anomie et de la stigmatisation. le mĂŞme phĂ©nomène s’est reproduit pour les immigrants juifs pendant la crise des annĂ©es 1930, et on le constate de nos jours dans une petite partie de la communautĂ© musulmane.

La principale diffĂ©rence tient au fait que les prĂ©cĂ©dentes crises n’ont pas durĂ© très longtemps car elles ont dĂ©bouchĂ© Ă  chaque fois sur une guerre mondiale, alors que la paupĂ©risation des villes les plus dĂ©shĂ©ritĂ©es de nos banlieues dure depuis plus de quarante ans. On est donc passĂ© d’une situation conjoncturelle Ă  une situation structurelle. C’est ce nouveau contexte qu’un petit nombre d’activistes se rĂ©clamant de l’Islam tentent d’exploiter Ă  leur profit. »

Gérard Noiriel, Le venin dans la plume,
Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République,
La Découverte, 2019

Le « problème de l’immigration »

« Sur le plan politique, ce qu’il faut surtout retenir des mutations qui se sont produites depuis les annĂ©es 1980, c’est le dĂ©calage croissant entre la mondialisation des Ă©changes Ă©conomiques, culturels, sportifs et l’ancrage toujours national de l’espace politique, en dĂ©pit de l’intĂ©gration europĂ©enne. La compĂ©tition qui oppose les politiciens entre eux pour la conquĂŞte du pouvoir d’Etat les oblige tous Ă  parler au nom des Français, en prenant leur dĂ©fense contre les menaces extĂ©rieures censĂ©es peser sur eux.

C’est parce que l’Etat national est toujours le cadre fondamental de notre vie politique que le “problème de l’immigration”, nĂ© Ă  la fin du XIXe siècle, est restĂ© un argument majeur de la droite et de l’extrĂŞme-droite. Ce qui frappe l’historien qui s’est penchĂ© sĂ©rieusement sur cette question, c’est le caractère rĂ©pĂ©titif de ces dĂ©bats, mĂŞme si le vocabulaire et les groupes montrĂ©s du doigt ont changĂ©, en fonction de l’actualitĂ©. L’antisĂ©mitisme ayant dĂ©bouchĂ© sur le gĂ©nocide des juifs, au moment du nazisme, il ne pouvait plus ĂŞtre un argument efficace pour alimenter le fonds de commerce de la droite nationaliste. Avec l’effondrement du communisme, il fut de plus en plus difficile de faire croire aux Français que la nation Ă©tait menacĂ©e par des Bolcheviks obĂ©issant aux ordres du Kremlin.

En 1978-1979, la rĂ©volution iranienne inaugura une ère nouvelle qui permit aux nationalistes de remplacer le communisme par l’islamisme. les attentats perpĂ©trĂ©s par des terroristes se rĂ©clamant de l’islam contribuèrent fortement Ă  accrĂ©diter leurs discours dans l’opinion. Cette tendance fut confortĂ©e par le fait que, dans les citĂ©s de banlieue, les formes anciennes d’encadrement des classes populaires s’effondrèrent, ne laissant souvent aux musulmans que la religion comme planche de salut. »

Gérard Noiriel, Le venin dans la plume,
Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République
,
La Découverte, 2019

Virus

« Le virus de l’information Ă  outrance nous a pĂ©nĂ©trĂ©s jusqu’aux os et nous sommes comme des alcooliques qui dĂ©pĂ©rissent dès qu’on leur supprime le poison qui tue. »

PrĂ©face d’Emile Zola, Ă  Charles Chincholle,
Mémoires de Paris, Librairie moderne, 1889

Antisémitisme et islamophobie

« J’utilise les termes “antisĂ©mitisme” et “islamophobie” dans un sens neutre. Ils dĂ©signent les discours qui gĂ©nĂ©ralisent Ă  toute une communautĂ© religieuse des propos ou des comportements qui ne concernent qu’une infime minoritĂ© de leurs membres. Cela n’empĂŞche pas que l’on puisse porter un regard critique sur les dogmes religieux, les politiques qui s’en rĂ©clament ou les comportements des personnes qui s’identifient comme “juif” ou “musulman”.

Gérard Noiriel, préface de Le venin dans la plume,
Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République,
La Découverte, 2019.

Cocotte-minute

« Nous vivons, pour la première fois, dans une sociĂ©tĂ© oĂą l’immense majoritĂ© des enfants qui viennent au monde sont des enfants dĂ©sirĂ©s. Cela entraĂ®ne un renversement radical : jadis, la famille “faisait des enfants”, aujourd’hui, c’est l’enfant qui fait la famille. En venant combler notre dĂ©sir, l’enfant a changĂ© de statut et est devenu notre maĂ®tre : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de “mauvais parents”…

Ce phĂ©nomène a Ă©tĂ© enrĂ´lĂ© par le libĂ©ralisme marchand : la sociĂ©tĂ© de consommation met, en effet, Ă  notre disposition une infinitĂ© de gadgets que nous n’avons qu’Ă  acheter pour satisfaire les caprices de notre progĂ©niture.

Cette conjonction entre un phĂ©nomène dĂ©mographique et l’Ă©mergence du caprice mondialisĂ©, dans une Ă©conomie qui fait de la pulsion d’achat la matrice du comportement humain, Ă©branle les configurations traditionnelles du système scolaire. (…)

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