« Les ravages du chĂ´mage et la paupĂ©risation des citĂ©s de banlieue ont aggravĂ© le processus que Robert Castel a appelĂ© la “dĂ©saffiliation”. […] Dans son livre sur l’antisĂ©mitisme, Anatole Leroy Beaulieu avait notĂ© que “l’esprit de tribu” se rĂ©veille aujourd’hui chez les juifs parce que “l’antisĂ©mitisme les contraint, de nouveau, Ă se serrer les uns contre les autres. […] L’assimilation, qui Ă©tait en train de s’opĂ©rer petit Ă petit, s’est trouvĂ©e arrĂŞtĂ©e par ceux-lĂ mĂŞmes qui reprochent aux juifs ne ne pas s’assimiler”. Le repli communautaire constitue en effet une ressource pour ceux qui cherchent Ă Ă©chapper aux souffrances de l’anomie et de la stigmatisation. le mĂŞme phĂ©nomène s’est reproduit pour les immigrants juifs pendant la crise des annĂ©es 1930, et on le constate de nos jours dans une petite partie de la communautĂ© musulmane.
La principale diffĂ©rence tient au fait que les prĂ©cĂ©dentes crises n’ont pas durĂ© très longtemps car elles ont dĂ©bouchĂ© Ă chaque fois sur une guerre mondiale, alors que la paupĂ©risation des villes les plus dĂ©shĂ©ritĂ©es de nos banlieues dure depuis plus de quarante ans. On est donc passĂ© d’une situation conjoncturelle Ă une situation structurelle. C’est ce nouveau contexte qu’un petit nombre d’activistes se rĂ©clamant de l’Islam tentent d’exploiter Ă leur profit. »
Gérard Noiriel, Le venin dans la plume,
Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République,
La Découverte, 2019