« Aujourd’hui, de nombreuses coopératives ne sont pas démocratiques (…). L’impasse actuelle de notre démocratie parlementaire montre bien que la démocratie ne se décrète pas et qu’elle dépend de la manière dont elle est organisée. Réunir les salariés en assemblée générale pour voter les grandes décisions ne suffira pas. Elire la direction de l’entreprise non plus. (…) Le principe “un homme, une voix” ne garantit pas à lui seul une réelle démocratie, car celle-ci ne se réduit pas au simple exercice du vote. Une véritable démocratie suppose également un accès équitable à l’information, une participation active aux décisions stratégiques ainsi qu’une répartition effective du pouvoir au sein de l’entreprise, évitant sa concentration entre quelques membres ou dirigeants. Il existe aujourd’hui en France des sociétés coopératives qui fonctionnent sur des bases clairement autogestionnaires, mais elles sont largement minoritaires. Ces structures adoptent des formes de gouvernance horizontales poussées : assemblées générales régulières, parfois hebdomadaires, décisions prises au consensus, rotation des tâches, refus des hiérarchies formelles, transparence des rémunérations, etc. Ce type d’organisation reste marginal et est principalement le fait de petits collectifs très politisés, souvent proches des mouvements anarchistes, écologistes radicaux, ou autogestionnaires historiques. Ces coopératives incarnent une certaine radicalité politique dans la gestion du travail, mais leur fonctionnement repose aussi sur une forte homogénéité idéologique entre les membres, une culture commune de la discussion, et un haut niveau d’engagement personnel. La grande majorité des coopératives ne fonctionnent pas selon ces logiques, mais plutôt sur la délégation du pouvoir, qui reproduit finalement les hiérarchies formelles des entreprises privées classiques.
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Citations
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Quelques leçons d’autogestion à l’usage notamment de la coopérative du Média

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Hégémonie

« On voit donc ici trois options, une sociale-démocrate, une communiste révolutionnaire et une préfiguratrice de l’anarcho-syndicalisme, qui dessinent trois manières de représenter la classe ouvrière dans son unité. Toutes sont liées à un aspect de l’expérience ouvrière mais aucune ne peut prétendre à l’hégémonie. L’histoire postérieure du mouvement ouvrier les verra proposer des manières souvent concurrentes, parfois complémentaires, comme lors de la Commune de Paris de 1871, de réaliser l’union ouvrière. Si elles ont toutes contribué aux victoires ouvrières des décennies qui ont suivi la révolution de 1848, leur potentiel révolutionnaire peut sembler aujourd’hui en partie épuisé. Mais elles sont porteuses de leçons qu’il est possible aujourd’hui de reprendre.
La première de ces leçons est que la construction de l’unité ouvrière, loin d’être le résultat mécanique de l’industrialisation, se trouve à l’intersection de processus économiques, techniques, politiques, intellectuels interconnectés, dans lesquels les ouvriers et les ouvrières tiennent une place centrale, mais ne sont pas les seules forces présentes. Le mouvement ouvrier français est un creuset où la conscience de classe naissante se nourrit des discours et des pratiques des républicains, des socialistes, et même des interactions avec la bourgeoisie libérale.
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Cinquième République… de Weimar

« Un mot, une intonation, un battement de cils donnent lieu à des conjectures sans fin sur la grâce ou la disgrâce. Dans un régime présidentialiste, ces considérations, effarantes de vacuité, totalement dépourvues du moindre intérêt, deviennent hélas décisives et font la joie de chroniqueurs friands qui peuvent gloser sur le néant en oubliant les réels problèmes politiques et les vraies questions sociales, économiques, géopolitiques. Un commentariat d’alcôve et de couloir qui tient lieu d’intelligence politique : l’esprit de courtisanerie est bien la mort de l’esprit.
On imagine mal tout ce que des événements aussi cataclismiques que l’accession des nazis au pouvoir et son lot de conséquences atroces, de l’instauration de la dictature nazie à la Seconde Guerre mondiale, doivent à des chuchotis, des vengeances personnelles et des intrigues d’arrière-cuisine, fomentées par des personnages serviles et sans intérêt, qui jouaient à la grande politique, tout gonflés d’eux-mêmes, hypnotisés par les ors et les miroirs de leurs bureaux, pariant le destin des autres et risquant la baqueroute en étant bien assurés de ne jamais rien risquer eux-mêmes car ils restaient lovés dans leur patrimoine, leur grade et leurs réseaux. »
Johann Chapoutot, Les irresponsables,
Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Gallimard, 2025
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La fin et les moyens
« Dans toute tactique révolutionnaire, les moyens mis en oeuvre doivent aussi être exemplaires et cohérents quant aux objectifs finaux et dans le cadre d’une stratégie globale. Je l’ai déjà mentionné : l’objectif de renforcer la démocratie à tous les étages de la société interdit par exemple de recourir à des tactiques partidaires niant les principes démocratiques au sein du fonctionnement des partis. Il en est de même pour le respect des principes féministes ou l’intransigeance vis-à-vis des propos racistes ou homophobes, par exemple. Les structures que nous construisons jouissent d’une relative autonomie et peuvent, tel Cronos, dévorer leurs enfants. Or, tout habitus antidémocratique pris dans la lutte contre le capitalisme risque de contaminer par la suite l’organisation de la société en construction. »
Hendrik Davi, Le capital c’est nous,
Manifeste pour une justice sociale et écologique,
éditions Hors d’atteinte, 2023
