Emeutes

« Les émeutes populaires de la première moitié du XVIIe siècle , bien qu’elles aient été impitoyablement réprimées, ne furent pas complètement vaines. En effet, le pouvoir de l’Etat progresse aussi grâce à la mémoire des conflits sociaux que les dominants conservent dans leurs archives (celles sur lesquelles travaille aujourd’hui l’historien). Le tour de vis fiscal imposé par Louis XIII et Richelieu fut perçu, dès cette époque, comme l’une des causes de la Fronde. Le pouvoir de l’Etat avait été imposé de façon trop brutale en s’attaquant frontalement aux intérêts de groupes sociaux certes très différents, mais qui avaient fini par faire cause commune contre la monarchie. »

Gérard Noiriel, Une histoire populaire de la France,
De la guerre de Cent Ans à nos jours
, Agone, 2018

Gerbe

« Monsieur le Président. Je vous gratte le cul, très fort, avec une fourchette. Je vous crache dans les yeux. Je mords jusqu’au sang vos mollets de coq. Je vous râpe le nez jusqu’à ce que vous ayez l’air d’un lépreux. Je vous pends par les couilles. Je dévore votre foie. Je vous gerbe à la gueule. Et je signe : Riri la crème, bien connue des services de police. »

Brigitte Fontaine, « Bon anniversaire monsieur le président » ,
Oui FM, 28 janvier 2010

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Symboles

« Un pouvoir ne signale pas seulement sa fragilité quand il fait donner ses nervis, depuis les préfets galonnés jusqu’aux troupiers bottés, mais aussi quand il commence à avoir peur des signes. Or, on notera que les points de fixation de cet acte 23 ont surtout à voir avec des signes : des mots (le fameux slogan anti-flic), des images, ou plutôt non : la simple possibilité d’images, accompagnée d’un doigt fourré. Plus que tout, ce pouvoir, entouré de ses laquais, redoute, non plus seulement d’être montré dans sa réalité, mais les atteintes symboliques dont il devient l’objet : il s’est enflammé au moment des parodies de guillotine, il s’enflamme quant sont décrochés les portraits du roitelet en mairie, de simples mots le dégondent. Ecorché nu, tout oripeau de légitimité envolé, la moindre atteinte de cette nature lui est insupportable. Alors, dans une fureur aveugle, qui dit son état de nerf, il poursuit tout ce qu’il peut poursuivre (et même ce qu’il ne peut pas) – on annonce que la justice est lâchée contre ceux qui ont crié le “suicidez-vous”. Evidemment ça n’est là qu’une course à l’abîme puisque, ce faisant, il ne cesse d’approfondir les causes qui alimentent son discrédit. Disons-le lui au cas où il ne le saurait pas : un pouvoir dans un tel état de retranchement, un pouvoir à ce degré d’écorchure symbolique, est un pouvoir perdu. »

Frédéric Lordon, « A PROPOS DES « VERMINES » (ET EN SOUTIEN À GASPARD GLANZ) », lundimatin 188, 23 avril 2019

Violence

« L’enchaînement d’événements et de faits, de paroles et de trahisons qui ont composé le début du mandat de Macron ont donné naissance, en réaction, à un raisonnement non-discursif qui a amené à une violente réclamation d’approfondissement démocratique qu’aucun membre de notre “élite” n’a pourtant accueillie, se contentant de la renvoyer, contre toute évidence, à une recherche d’autoritarisme qu’ils étaient les seuls à alimenter. Alors que depuis des années les plateaux télévisés s’emplissaient de débats humiliants prenant pour cible des minorités instituées en boucs émissaires, tournée infinie sur autant de sujets dégradants chargés de distraire le peuple, les gilets jaunes se sont constitués dans la dignité. Les intellectuels et politiciens de gauche, satisfaits jusqu’alors de l’écrasement de la question sociale, se seront montrés frileux tout au mieux, inquiets le plus souvent, faisant planer une menace d’extrême-droite que seule nourrissait leur pusillanimité. Ceux de droite et les inconscients de la Macronie se seront réfugiés dans une pulsion d’ordre, propulsant de vaines tentatives qui de Place Publique à des listes de gilets jaunes en passant par des grands débats atrophiés, pures opérations de propagande visant à court-circuiter toute intermédiation démocratique afin d’écraser la contestation, permettraient d’intégrer la contestation, permettraient d’intégrer ce mouvement à l’existant. (…)

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Minorité de casseurs

« Christophe Castaner déclarait, le 7 décembre 2018, qu’“environ 10000 ‘gilets jaunes’ dans toute la France, ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la France, c’est une petite minorité”. Le prenant au mot, nous lui répondons ceci : quelques milliers d’ultra-riches en “costard sombre” ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la France, c’est une petite minorité. On ne peut pas les laisser, ces factieux à Rolex, ces casseurs en col blanc, continuer à piller nos vies. »

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot,
Le président des ultra-riches,
Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron
,
La Découverte, 2019

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