Ve République… de Weimar

« Un mot, une intonation, un battement de cils donnent lieu à des conjectures sans fin sur la grâce ou la disgrâce. Dans un régime présidentialiste, ces considérations, effarantes de vacuité, totalement dépourvues du moindre intérêt, deviennent hélas décisives et font la joie de chroniqueurs friands qui peuvent gloser sur le néant en oubliant les réels problèmes politiques et les vraies questions sociales, économiques, géopolitiques. Un commentariat d’alcôve et de couloir qui tient lieu d’intelligence politique : l’esprit de courtisanerie est bien la mort de l’esprit.

On imagine mal tout ce que des événements aussi cataclismiques que l’accession des nazis au pouvoir et son lot de conséquences atroces, de l’instauration de la dictature nazie à la Seconde Guerre mondiale, doivent à des chuchotis, des vengeances personnelles et des intrigues d’arrière-cuisine, fomentées par des personnages serviles et sans intérêt, qui jouaient à la grande politique, tout gonflés d’eux-mêmes, hypnotisés par les ors et les miroirs de leurs bureaux, pariant le destin des autres et risquant la baqueroute en étant bien assurés de ne jamais rien risquer eux-mêmes car ils restaient lovés dans leur patrimoine, leur grade et leurs réseaux. »

Johann Chapoutot, Les irresponsables,
Qui a porté Hitler au pouvoir ?
, Gallimard, 2025

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