Demandons le protectorat tunisien

La Tunisie fit longtemps partie de l’empire colonial français en tant que protectorat. En 2011, le peuple tunisien a chassé le tyran Ben Ali et son clan, ouvrant la voie pour d’autres révolutions, particulièrement dans le monde arabe.

Mais en France, c’est toujours une oligarchie qui confisque pouvoir et richesse. Le petit président de l’ex-République, ridicule et vulgaire jusqu’à l’outrance, n’est lui-même qu’un des membres prétentieux de cette clique si bien dépeinte par les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dans leur livre Le président des riches, paru fin 2010. Les deux auteurs y démontrent que cette oligarchie mène avec patience et opiniâtreté une véritable guerre de classe, pratiquant pour elle-même un très efficace « collectivisme pratique » tandis qu’elle pille les ressources du pays.

Pendant ce temps, la loi LOPPSI 2 votée par le parlement, introduit précisément dans le droit français ce que les Tunisiens viennent d’abolir chez eux : atteinte aux libertés individuelles, fichage et vidéo-surveillance généralisés, criminalisation de la marginalité et de la misère, répression policière… (il est néanmoins toujours temps de signer la pétition qui demande l’abrogation de cette loi inique).

La France s’est crue autrefois autorisée, parfois au nom même des « droits de l’homme », à porter « le fardeau de l’homme blanc » (métaphore raciste par Kipling du colonialisme). Aujourd’hui, la France rance de l’ex-République nationale-sarkozyste doit être mise hors d’état de nuire. Pour cela, le peuple français, qui n’a pas réussi en octobre-novembre 2010 à se libérer du joug d’une oligarchie amie de longue date des Ben Ali, Moubarak et autres pourvoyeurs de jets privés pour ministres en vacances, aurait intérêt à demander la protection d’un pays libéré : la Tunisie, par exemple.

L’ex-République française sous protectorat tunisien pourrait conserver, comme autrefois la Tunisie sous protectorat français, une relative autonomie avec un président fantoche et quelques institutions indigènes (le petit président actuel qui s’est rendu coupable d’atteinte à l’indépendance de la justice en attaquant les magistrats privés par lui-même de moyens à propos d’un fait divers à Pornic ne pourrait évidemment rester à ce poste, et serait invité à retourner en vacances chez le roi du Maroc Mohammed VI qui l’a déjà hébergé gentiment à quatre reprises). La politique étrangère française serait directement sous tutelle tunisienne, afin d’éviter l’indignité et l’incompétence de l’actuelle ministre Michèle Alliot-Marie (celle-là même qui voulait faire bénéficier le dictateur Ben Ali du savoir-faire français en matière de répression policière et qui a menti au sujet de ses liens avec le milliardaire Aziz Miled, proche de Ben Ali). La police et l’armée devraient également dépendre directement du pouvoir tunisien, tant il est vrai que les actuels ministres français ont disqualifié durablement la fonction qu’ils exercent : l’un, Brice Hortefeux a été condamné en première instance en 2010 pour injures raciales et pour non-respect de la présomption d’innocence ; l’autre, Alain Juppé, a été condamné en 2004 pour faits de prise illégale d’intérêts.

En attendant la mise en place de ce protectorat, nous ne saurions trop recommander à l’électorat lepéniste et aux ministres auvergnats amateurs de blagues racistes de se montrer dorénavant très affables envers les immigrés tunisiens qui travaillent en France. On n’est jamais trop aimable avec son protecteur, et les éventuelles expulsions ne se feront peut-être pas par jets privés.

Bibliographie :

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Le président des riches (Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy), La Découverte, 2010.

« La dictature de la transparence » : cut the crap !

« Parfois, la transparence est une forme de totalitarisme » affirmait Brice Hortefeux (ministre condamné en première instance pour injures raciales) le 30 novembre 2010 à propos des notes diplomatiques américaines divulguées par Wikileaks.

« Wikileaks : la dictature de la transparence » titrait Elisabeth Roudinesco, historienne psychorigide, pour Libération, le 2 décembre 2010.

« Internet, c’est la STASI en pire » assenait le 4 décembre Catherine Nay, employée du marchand d’armes Lagardère, dénonçant au passage « la tyrannie de la transparence » (on imagine aisément, à coup sûr, ce que la transparence pourrait coûter à des entreprises comme celle de Lagardère).

Trop de transparence est « dangereux pour la démocratie » renchérissait le 6 décembre le politicien ultra-libéral réactionnaire Mario Vargas Llosa en allant chercher son hochet (un quelconque prix Nobel) à Stockholm.

Cherchez l’intrus.

Les mêmes qui applaudissaient sans doute autrefois la « Glasnost » de Gorbatchev parce qu’elle fissurait l’opacité du totalitarisme stalinien se font donc à présent les défenseurs indignés du secret d’Etat et la transparence est devenue l’ennemie de la démocratie. C’est cocasse.

Passons sur les cris effarouchés des vieilles badernes de la droite réactionnaire pour nous attarder un moment sur la prose roudinesque.

Le déballage par le site WikiLeaks de milliers de courriers, mails et échanges qui auraient dû demeurer secrets jusqu’à l’ouverture des archives par des historiens pose, une fois de plus, le problème de la transparence.

Pourquoi diable ces documents auraient-ils demeurer secrets ? Pourquoi attendre l’ouverture des archives ? Et pourquoi dès lors en réserver l’usage aux seuls historiens ? Parce que c’est ainsi que l’Etat l’entend, qu’il soit américain ou français ? En quoi le problème de la transparence se pose-t-il « une fois de plus » ? Quand donc la transparence de l’Etat a-t-elle été un « problème » ? En l’espace d’une phrase, Elisabeth Roudinesco fait du secret d’Etat un absolu moralement indépassable, évitant ainsi toute réflexion sur la nature réelle des Etats qui pratiquent si allègrement le secret et n’ont jamais, mais alors jamais, été transparents en quoi que ce soit (en tout cas pas de leur plein gré).

Depuis qu’Internet a acquis un pouvoir de divulguer tout et n’importe quoi, des pirates surdoués peuvent se prendre pour les nouveaux Robin des bois d’un altermondialisme pour le moins suspect, consistant à faire croire à leurs internautes que tous les Etats du monde auraient organisé un vaste complot visant à asservir les pauvres citoyens.

Qui est « Internet«  ? Qu’est-ce que « l’altermondialisme«  des pirates surdoués a de « suspect » ? Et suspect de quoi ? Voilà rangés dans un fourre-tout indéterminé les usagers d’internet, les altermondialistes et les théoriciens du complot. Mais que dire de ceux qui voient des théories du complot partout ?

Ces derniers seraient ainsi les victimes inconscientes d’une puissance obscure et antidémocratique fondée sur le règne du crime et de la corruption. Telle est en tout cas l’idée fixe de cet étrange hacker australien – Julian Assange -, qui se croit un bienfaiteur de l’humanité alors même qu’il est pourchassé – peut-être à tort – par la justice suédoise dans le cadre d’une enquête pour suspicion de viol et d’agression sexuelle. Au point qu’il se cache quelque part en Grande-Bretagne et ne communique plus avec le reste du monde qu’à l’aide d’une messagerie cryptée. «Il est mon fils et je l’aime», a déclaré sa mère à la chaîne australienne ABC.

Elisabeth Roudinesco, dans le début de son article, n’aura donc pas dit un mot de la tartufferie diplomatique et du cynisme des Etats mis en lumière par Wikileaks. Mais elle aura lourdement insisté sur les accusations qui pèsent sur son fondateur en se couvrant d’un « peut-être à tort » bien faux-cul avec un art consommé de l’insinuation. Et de sauter du coq à l’âne en évoquant la mère de Julian Assange. Elle se gaussera ensuite du « hacker » qui « a pu occuper sur la Toile tantôt la place d’un héros planétaire et tantôt celle d’un suspect adoré de sa maman ». Quand le sage montre la lune, Roudinesco regarde sa mère.

Passons sur les roudinesqueries suivantes (Assange critiqué par plus « extrémiste » que lui), mais arrêtons-nous tout de même sur cette phrase sublime :

[Le processus de déballage] révèle d’une part que les gouvernants sont victimes de la même dictature de la transparence que celle qui affecte la vie privée des citoyens – et que seule la loi peut protéger -, et que, de l’autre, les médias sont devenus aussi puissants qu’eux dans la gestion des affaires du monde.

Dans un exercice de confusionnisme assez ahurissant, Elisabeth Roudinesco met donc sur le même plan le dévoilement des mensonges diplomatiques par Wikileaks et les atteintes à la vie privée des citoyens, qui, contrairement à ce qu’elle affirme, sont rarement empêchées par la loi dès lors qu’elles sont le fait du pouvoir économique ou de ses valets politiques. Il existe même des lois qui permettent aux Etats de violer l’intimité des citoyens, de les surveiller, de les ficher. Ces lois ne sont pas celles de la Chine pseudo-populaire ou de l’ex-fausse Union des fausses Républiques faussement Socialistes et pas du tout Soviétiques. Ce sont celles des Etats-Unis, de la France, et de la plupart des pays dits démocratiques, qui vidéo-surveillent le quidam, hadopisent les disques durs, épluchent les « fadettes », écoutent les conversations, contrôlent les papiers, relèvent les empreintes, prélèvent l’ADN, recoupent les données… tandis que le plus grand secret reste de rigueur à la tête de l’Etat et surtout à la tête des entreprises. Ne voient de la transparence dans les rouages du pouvoir que ceux qui, à force d’être dans le secret grâce à leur connivence avec les seigneuries ou à leur appartenance à celles-ci ont oublié à quel point le simple citoyen, lui, est maintenu dans l’ignorance ou aveuglé par les lumières du Spectacle.

A cet égard, pour rétablir l’équilibre entre la nécessité du secret, sans quoi aucun Etat de droit ne saurait exister, et la nécessité d’une certaine rigueur de l’information, il faudra bien trouver une parade à la sottise infantile des nouveaux dictateurs de la transparence.

Après s’être moqué du fils à sa maman qui pousse le ridicule jusqu’à être aimé de sa mère alors même qu’il est « suspect« , Roudinesco a beau jeu de pointer une « sottise » forcément « infantile » et d’opérer un retournement sémantique pour le moins osé : sont démocratiques les « Etats de droit » qui mentent aux peuples et bafouent l’intimité des citoyens, et sont des dictateurs ceux qui démasquent les mensonges.

Avoir été disciple de Lacan ou Deleuze pour finir par dire la même chose qu’Hortefeux, voilà qui est assez triste.

Une mobilisation sans précédent

Selon la quasi-totalité de l’ex-presse, la mobilisation du 28 octobre pour la défense des retraites a été en très « nette baisse ». Moins de manifestants, moins de grévistes, moins de perturbations, moins de blocages, et même un soutien de l’opinion publique en recul : « selon un sondage CSA publié par Le Parisien, 65% des Français soutiennent cette nouvelle journée d’actions, ce qui représente une baisse de six points par rapport à la précédente mobilisation nationale », assène par exemple le site de l’ex-chaîne de service public France 2. »

« 65% des Français », c’est pourtant une large majorité, de celles dont rêveraient bien des hommes politiques pauvrement élus, tel ce petit président de l’ex-République qui n’obtint misérablement que 53% des suffrages exprimés en 2007 (ce qui représente d’ailleurs moins de la moitié du corps électoral, si l’on prend en compte l’abstention). Mais France 2, dont le patron doit désormais directement son poste à Sarkozy, préfère insister naturellement sur la « baisse de 6 points ».

Sur le site du Parisien (ex-Parisien libéré, qui a raccourci son nom en 1986, probablement par désir inconscient de révéler enfin sa vraie nature), on a droit à la même rengaine, avec en prime un beau communiqué d’Hortefeux (ce ministre condamné en première instance à 750 € d’amende pour injures raciales en juin 2010) :

Quelque 560 000 personnes ont manifesté en France, selon le ministère de l’Intérieur. Il s’agit, selon la place Beauvau, de «la plus faible participation depuis le début des journées de mobilisation en juin».

Ainsi donc le mouvement s’essouffle, la mobilisation s’affaiblit : voilà ce que le gouvernement de l’ex-République et l’ex-presse à l’unisson veulent retenir de cette journée. Sauf qu’à y regarder de plus près, si la mobilisation est « la plus faible » depuis « juin », cela indique justement que le mouvement dure depuis juin ! N’est-ce pas extraordinaire ? A-t-on souvent vu dans l’histoire de France un mouvement social durer tant de mois ? Et 560000 personnes (selon la police) pour la septième journée d’action nationale depuis septembre, ce n’est tout de même pas rien ! En pleines vacances de la Toussaint ! Alors que les salariés ont déjà été éreintés par les manifs et ruinés par les jours de grève ! En plein marasme économique ! 560000 personnes (selon la police) dans les rues malgré le désespoir instillé chaque jour par les media aux ordres de la MAFIA politico-financière ! Malgré les violences policières et les intimidations ! Malgré les difficultés d’approvisionnement en essence (difficultés niées contre toute évidence par l’ex-futur premier ministre Borloo, comme le révélait le Canard enchaîné du 27 octobre) ! Malgré les tentatives de défection de certaines centrales syndicales toujours plus pressées de trouver une porte de sortie « honorable » (sic) que d’accompagner la contestation populaire !

Cut the crap !

Par certains côtés, ce mouvement social est d’une ampleur sans précédent, plus profond même que ceux de décembre 95 ou mai 68. Et sans précédent sont aussi la morgue et le cynisme de ce gouvernement qui s’est engagé dans une véritable guerre sociale.

Un détail ne trompe pas, d’ailleurs : même les hiérarques aujourd’hui si frileux d’un ex-parti de gauche (Harlem Désir, Martine Aubry, Claude Bartolone, Benoît Hamon…) étaient de sortie ce jeudi.

l'ex-PS en goguette
L'ex-PS en goguette

Oh ! Ils n’ont trempé que le bout des pieds dans la marée sociale, bien sûr, mais ils avaient l’air heureux, comme de grands enfants qui s’éclaboussent sans oser se jeter vraiment dans les vagues. D’ailleurs, pas de danger qu’ils en fassent, eux, des vagues. Mais c’était gentil d’être venus. Si ces éléphants-là avaient eu de la mémoire, ils auraient même pu apporter des pelles et des seaux : la plage était sous leurs pieds, il suffisait de creuser.