Aux armes !

Lu sur le site de France-Info :

L’UMP veut que les Français fassent « allégeance aux armes de la France ». Tout Français prêterait serment, au moment de sa majorité ou de sa naturalisation. C’est l’une des 29 propositions que l’UMP doit présenter lors de sa convention sur la défense nationale. (…) Que propose le parti présidentiel ? Que chaque Français fasse, à sa majorité ou lors de sa naturalisation, “allégeance aux armes de la France”. Un engagement solennel, pendant lequel hommes et femmes promettraient de combattre du côté de la France en cas de conflit armé. Comme aux Etats-Unis.

Il est évidemment bien peu probable que l’UMP aille au bout d’une telle proposition, dont même les plus naïfs comprendront aisément qu’elle n’est destinée qu’à séduire l’électorat facho. Même le ministre de la Guerre Défense, Gérard Longuet, pourtant ancien membre du groupuscule d’extrême-droite Occident, se dit « un peu gêné ». C’est dire.

Pourtant, l’idée n’est pas à rejeter entièrement. Ce qui est bien sûr très gênant, c’est l’allégeance aux armes de la France nationale-sarkozyste, mais demander aux Français de prêter serment d’allégeance aux armes de la liberté et de l’égalité sociale contre le coup d’Etat de l’oligarchie financière dont le petit président de l’ex-République n’est que le valet ridicule, vulgaire et colérique, voilà qui aurait de la gueule ! Prenons aux mots cette vieille ganache moisie d’Hervé Mariton, à l’origine de cette lumineuse proposition, et faisons même quelques emprunts à la très violente Marseillaise dont l’écho pourrait redonner un peu de courage au peuple : Aux armes, citoyens ! Contre nous de la tyrannie des marchés ! Tremblez tyrans ! Marchons ! Marchons ! Qu’un sang impur abreuve les agences de notation !

Si néanmoins la clique nationale-sarkozyste devait mettre ses fantasmes militaristes à exécution, il serait utile de lui fredonner une autre mélodie, extraite de l’Internationale cette fois :

Les Rois nous saoulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

A bon entendeur salauds !

STOP la connerie

Dans le domaine de la connerie réactionnaire antisociale, un « collectif » brille particulièrement : il s’appelle « Stop la grève » et a même son site internet, sur lequel on peut lire ceci :

Stop la grève est un collectif qui défend le droit pour chacun de ne pas être pris en otage par les manœuvres politiciennes engagées tantôt par les syndicats, qui défendent bien plus facilement leurs intérêts plutôt que ceux des français, tantôt par certains dirigeants politiques, tout heureux de pouvoir compter (et jouer) sur le « capital grévistes » afin de prendre le pays tout entier en otage et d’empêcher le bon déroulement d’une réforme dans notre pays.

Arrêtons-nous pour commencer sur cette prose qui fleure bon l’UNI ou quelque soupente poujadiste de l’UMP, voire du FN. La « prise d’otage » est bien sûr un grand classique. Il ne serait pas venu à l’esprit de ces buses qu’une grève qui ne prend personne en « otage » (ou plutôt qui ne crée aucune gêne, le terme d’otage étant évidemment bien trop fort) ne servirait rigoureusement à rien… Ou plutôt si, ils l’ont sans doute parfaitement compris et c’est bien ce qu’ils veulent : que le peuple perde toute possibilité de résister au pouvoir national-sarkozyste qui lui a déclaré la guerre.

Quant aux « syndicats » qui défendent « leurs intérêts » plutôt que ceux des « Français », c’est un amusant renversement de la réalité (« Stop la grève » accuse même dans ses communiqués ou sur ses affiches les grévistes d’être « égoïstes », « corporatistes » et de s’accrocher à leurs « privilèges » : on croit rêver !). On se demande en effet quels mystérieux « intérêts » qui ne seraient pas ceux des « Français » pourraient avoir à défendre les « syndicats ». Des intérêts pas français, peut-être ? Dommage qu’on ne puisse plus accuser la main de Moscou ! Ben Laden, alors ?

Prenons l’exemple des grèves actuelles contre la casse des retraites. Les différents syndicats se sont unis, et le mouvement a reçu, d’après les sondages, le soutien d’une large majorité des Français. Tous ces travailleurs engagés dans la grève au prix de lourdes retenues sur salaire défendent effectivement leurs intérêts à tous, à savoir justement l’intérêt des Français en général, y compris des non-grévistes, autrement dit l’intérêt général. Mais ces intérêts ne semblent décidément pas être les mêmes que ceux des « Français » du collectif « Stop la grève ». Qui sont donc ces « Français » qui n’ont pas les mêmes intérêts que le reste du peuple de France ? Ne serait-ce pas justement ceux-là mêmes qui accaparent les richesses dont ils refusent le partage, confisquent le pouvoir, défendent leurs privilèges de classe contre le peuple ? Ne serait-ce pas justement les oligarques de l’UMP et du MEDEF, les jeunes héritiers bas du front (national) de l’UNI ? Ne serait-ce pas par exemple Guillaume Sarkozy, frère de l’autre, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas les mêmes intérêts que le bas-peuple aspirant à une retraite pleine et entière à 60 ans ? Il dirige en effet un fond de pension (Malakoff-Médéric) qui prospèrera évidemment davantage si les Français obligés de renoncer à toucher une retraite décente se retrouvent dans l’obligation de capitaliser toute leur vie pour s’en sortir une fois qu’ils auront 60 ans. Virés par les entreprises qui les trouveront trop vieux, ils seront encore trop jeunes pour toucher leur retraite. Merci qui ? Merci Sarkozy, et merci « Stop la grève » qui aura contribué par sa propagande mensongère à briser la résistance du peuple.

Les « syndicats » et « certains dirigeants politiques » auraient vocation à empêcher tout « bon déroulement d’une réforme dans notre pays » dit encore « Stop la grève ». C’est également un gros mensonge digne de Goebbels (« n’importe quel mensonge, à force d’être répété, finit par être cru »). Les « réformes » dont parle « Stop la grève » ne sont en réalité que des contre-réformes visant à revenir sur des acquis sociaux. Il ne fait aucun doute qu’une vraie réforme sociale ne déclencherait aucune grève des travailleurs. Imaginons que le gouvernement abaisse l’âge de la retraite à 58 ans, par exemple. Aucune raffinerie ne serait bloquée, de même qu’aucun lycée, aucun transport en commun. Personne ne descendrait dans la rue pour protester ! Personne ne se mettrait en grève ! A part peut-être Guillaume Sarkozy… et Sébastien Bordmann, l’auteur du site de « Stop la grève », et militant très actif de l’UNI, syndicat universitaire d’extrême-droite. Tiens donc.

Stop la grève ? Cut the crap !