Pas fute fute

« Moi je trouve qu’il [Macron] est pas bien fute fute comme mec. (…)
J’ai des arguments. Par exemple je suis persuadé qu’il ne comprend pas l’économie et que c’est lui, l’homme du passé. En fait, il dit des trucs… — enfin, moi j’étais aux premières loges pour voir la révolution néolibérale anglaise, puisque j’ai fait ma thèse à Cambridge, que mon fils est né et est resté en Angleterre, que j’ai des petits-fils britanniques, donc je suis — en fait, il parle comme les Anglais des années 1980. »

Emmanuel Todd, entretien au Média, 25 janvier 2017.

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Coming out

« Ce qu’il [Emmanuel Macron] fait, c’est un peu le genre de politique de droite que faisaient les socialistes tout en se racontant qu’ils étaient socialistes et qu’ils étaient de gauche et qu’ils faisaient les choses, donc, un peu lentement. Donc il fait un peu plus que les socialistes des politiques de droite, mais je pense que ça lui est permis parce que la réalité du macronisme, pour moi, elle est dans l’électorat. Je ne m’intéresse pas beaucoup aux hommes politiques, je m’intéresse aux électorats. C’est une sorte… pour moi… c’est une sorte de coming out de droite d’un électorat socialiste qui voulait encore se raconter qu’il était de gauche. Et donc il y a une sorte de libération… donc une sorte de dérive à droite… et donc on voit dans les sondages, ça marche pas mal : la fusion des électorats de droite et ex-socialistes qui se sont retrouvés en Macron s’opère bien. (…) Continuer la lecture de « Coming out »

Colère

« Ceux qui admettent qu’il existe bien une colère de fond, une colère politique et populaire, considèrent qu’elle va dans le mauvais sens, celui du racisme, de l’antisémitisme, de la quête d’un pouvoir fort qui débarrassera le plancher de toute la racaille. On en donne pour preuve le considérable succès des vidéos de Soral et Dieudonné. La bourgeoisie culturelle reproche aux ouvriers de s’être mis à voter FN plutôt que PC, elle trouve que le peuple est décidément bien réactionnaire. En fait de progrès fulgurants du fascisme en France, ce qu’il y a, c’est l’exaspération de gens qui n’en peuvent plus des cadres politiques et idéologiques imposés, qui ruent dans les brancards, qui donnent dans toutes sortes de panneaux en l’absence de mouvements révolutionnaires qu’ils puissent entendre et rejoindre. Or, c’est précisément la bourgeoisie culturelle qui contribue à cette absence, qui travaille d’instinct à la démoralisation politique générale, tantôt par la calomnie, tantôt par le ricanement, souvent par le silence. Dès que la situation sortira de ses gonds, dès que “le mouvement réel qui abolit les conditions existantes” fera son apparition dans les rues, on verra se dissoudre les phénomènes fascistoïdes. Si l’on met à part les néonazis, les irrécupérables aux nuques rasées, croit-on vraiment que les prolétaires, qui votent à l’extrême-droite par haine d’un système qui les ignore, resteront devant leur télé ? Ne viendront-ils pas rejoindre leurs frères de classe ? Faisons-leur confiance. »

Eric Hazan, La dynamique de la révolte,
Sur des insurrections passées et d’autres à venir,
La Fabrique éditions, 2015.

Convergence des luttes

« Les meilleurs projets du monde n’ont aucune portée s’ils ne sont pas sous-tendus par un enthousiasme populaire, s’ils ne s’indexent pas à des images de la société désirée, s’ils ne s’inscrivent pas dans une histoire collective. Le mouvement peut être l’occasion pour les responsables syndicaux de prendre conscience de cette responsabilité qui leur incombe et qui renvoie aux plus grandes heures du mouvement ouvrier – quand les propositions des organisations syndicales irriguaient le débat politique, du planisme cégétiste des années 1930 aux nationalisation et à la sécurité sociale à la Libération, jusqu’au socialisme autogestionnaire dans les années 1970. Alors que la gauche est atone et divisée, il serait possible que d’importante fractions du mouvement syndical servent de catalyseur à l’élaboration d’un véritable agenda de transformation sociale. Une élaboration qui ne résulte pas de “l’audition” des organisations syndicales par les dirigeants politiques, mais d’une dynamique autonome permettant aux syndicalistes de tisser des liens durables entre eux et avec tous ceux, citoyens, associations, mouvements sociaux qui ont contribué à nourrir la contestation des dernières semaines.

Un tel processus supposerait que se mettent en place des structures ad hoc, car bien évidemment le cadre de l’intersyndicale, dont l’intérêt n’est pas en cause, revêt une autre fonction. Entre une intersyndicale qui tient par la recherche du consensus et la guerre de tous contre tous que se livrent les organisations confrontées à la conquête de leur représentativité dans les entreprises, il existe un espace intermédiaire à occuper, celui d’une coopérative d’élaboration stratégique. »

Sophie Béroud et Karel Yon, « Automne 2010 : Anatomie d’un grand mouvement social« , Contretemps, 2010

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