Cut the crap infiltre les réseaux antisociaux

Nos plus fidèles lecteurs l’auront peut-être remarqué : ce blog jusqu’ici plutôt austère est désormais souillé par la présence de gadgets web 2.0 destinés à accroître si possible notre visibilité et notre audience par le truchement dérisoire de réseaux antisociaux (injustement appelés « réseaux sociaux »), tels Facebook ou Twitter.

Ces réseaux sont des produits marketing créés par d’ineptes geeks boutonneux dénués de conscience politique, tels l’infâme Mark Zuckerberg, avec l’appui de business angels et de « capital-risqueurs » avides et profiteurs. Malgré une image qui se veut fun, cool et branchée, leur but est la collecte de données personnelles revendues ensuite à des tiers, ce qui est assez effrayant si l’on considère que de nombreux utilisateurs livrent ainsi en pâture aux bourreurs de crâne publicitaires — mais aussi à la police ! — des renseignements sur leurs moindres faits et gestes. Plus encore que sur le reste du web, ces réseaux antisociaux sont couverts de bruit, celui des épanchements narcissiques et des récits épiques de ces héros des temps modernes qui font caca le matin, mangent lors des repas, prennent des photos de vacances et qui — chose inouïe — étaient tellement mignons lorsqu’ils étaient petits ; le bruit aussi des propos de comptoir et des bêlements des adeptes de la pensée positive qui se souhaitent de « belles journées » alors qu’il serait déjà plaisant qu’une journée fût simplement « bonne » (sinon, on se dirait « beaujour » et non « bonjour », bande de débiles) ; le bruit également des rumeurs les plus folles et des théories du complot les plus paranoïaques, mais aussi des modes les plus imbéciles ; le bruit des misères affectives ou sexuelles qui cherchent désespérément à se toucher sans avoir à faire l’effort de se connaître (ou réciproquement) ; ou encore le bruit des gazouillis ineptes (tweets) véhiculant en quelques mots abrégés sans orthographe ni syntaxe une pensée courte, tronquée ou vide, privée de la richesse du langage ordinaire, et qui devrait être interdite aux plus de 12 ans, même sous forme de SMS.

Non aux SMS
Non au langage SMS (par Cyril Holweck)

 

Le pire, d’ailleurs, c’est que l’information des media officiels emprunte désormais de plus en plus cette voie-là. Souvenons-nous du début de l’affaire DSK et de l’observation faite alors par Télérama :

Dépassées par les évènements, les télévisions et les radios en étaient réduites, comme tout un chacun, à lire Twitter. Sur TF1, Laurence Ferrari n’assumait pas l’origine de ses informations et avouait, sans duper personne, les avoir « reçues par SMS ». Sans scrupule, Olivier Mazerolle, la star de BFM TV, reconnaissait transmettre les messages écrits sur la plateforme par son envoyé spécial Emmanuel Duteil. Même sur France Info, Twitter était cité au même titre qu’une dépêche de l’AFP. Chose impensable il y a encore quelques semaines. Mais après tout, les informations étaient fiables et vérifiables puisque rapportées par de nombreux journalistes.

On peut aussi évoquer Maryse Burgot lisant sur un trottoir de New York devant les caméras de France 2, le 19 mai 2011, les tweets envoyés par son collègue Hakim Abdelkhalek depuis la salle d’audience du tribunal où comparaissait DSK. La télévision se contentant d’être en direct une chambre d’écho pour Twitter, les télé-spectateurs de la chaîne de l’ex-service public pourraient donc faire aisément l’économie de la redevance.

Et pourtant… Facebook et Twitter sont aussi utilisés par des personnalités, des militants, des organisations, des media… de gauche ! Les révolutions arabes et le mouvement des Indignés ont bel et bien utilisé ces outils à des fins contestataires, voire révolutionnaires. Il est donc peut-être possible de tenter d’en faire un usage à la fois critique et utile. Après tout, il n’y a rien de plus con qu’un slogan, mais une manif sans slogan, ça ne casse pas trois pattes à un canard. Peut-être faut-il envisager ces réseaux sous cet angle ? Si Bourdieu avait bien établi que la critique de la télévision ne pouvait être faite à la télévision sans être instantanément récupérée, dévoyée ou vidée de tout contenu, il n’en est peut-être pas forcément de même pour les réseaux antisociaux, bien qu’ils aient aussi leurs propres dispositifs de censure (il n’est par exemple pas permis sur Facebook de créer un compte d’utilisateur au nom de « Cut the crap » ).

Non sans réticence, nous tentons donc l’aventure, prêts à nous enduire nous-mêmes de goudron et de plumes si, au lieu de parvenir à infecter tant soit peu les réseaux antisociaux nous nous laissons finalement contaminer par l’inanité qui y règne le plus souvent. Ainsi, chaque article de notre blog est désormais pourvu d’un bouton « Partager/Marquer » qui permet d’en faire la promotion sur différents réseaux, dont Facebook et Twitter ou même par simple courriel. Les usagers de Facebook pourront aussi nous y retrouver, puisque notre commissaire du peuple chargé de la propagande virale, Pierre-Joseph de Stal, y a ouvert une page Cut the crap. N’hésitez pas à devenir ses camarades (sur Facebook, bizarrement, ça s’appelle des « amis »), et à recommander notre page ou les articles qui y sont relayés en cliquant par exemple sur « j’aime » (étrangement, il n’y a pas de bouton « je déteste »). Vous pouvez aussi y faire des commentaires, y compris négatifs, ce qui est déjà le cas sur le blog, bien sûr. Enfin, nous avons aussi un compte Twitter : @cutzecrap, auquel vous pouvez vous abonner. Nos tweets apparaissent sur la colonne de droite de ce blog.

lol !!! mdr !!! 🙂

L’Homme sans Qualité

Dans Le Monde du 30 mai 2011, Miguel Benassayag dénonce les méfaits du « néomanagement ». En référence à l’oeuvre de Robert Musil*, il dépeint les nouveaux gestionnaires et autres managers comme des « hommes sans qualités », « agents de la tristesse », « petits hommes gris » qui sévissent à présent jusque dans l’éducation et la santé.

Ordinateur et pointeuse en poche, ils ont pour mission d’apurer les comptes et de « remettre au travail » le personnel. Avec eux, plus de « feignants », d' »assistés », de « privilégiés » (certains ont dû télécharger récemment le portrait de Laurent Wauquiez en fond d’écran…). Ils appliquent le règlement, tout le règlement, rien que le règlement.

Or dans ces endroits singuliers où l’on soigne et où l’on apprend, l’essentiel se passe justement à côté du règlement. Pas contre, mais en dehors. Dans un hôpital, dans un centre psy, la qualité des soins dépend avant tout de la relation avec le patient. Elle passe par l’écoute, le dialogue, le regard, l’attention, et le pari partagé. Une minute peut valoir une heure, une heure une journée, une journée une vie. Aucun logiciel ne peut traiter ce genre de données.

Dans les centres médico-psychopédagogiques, les écoles, collèges et lycées, les objectifs chiffrés, les fichiers, les classements et catégories administratives ne peuvent cadrer avec des parcours d’élèves et patients multiples, complexes et singuliers. Ici, le travail a à voir avec le désir et le lien. Qui peut prétendre quantifier et rationaliser cela ? 

A l’appui de l’analyse de Benassayag, rappelons que cette rationalisation systématique des tâches humaines n’est pas nouvelle. Elle n’est que le prolongement du vieux taylorisme qui fit les beaux jours de l’industrie du début du XXe siècle et de ses dérivés, le fordisme et le toyotisme. Les techniques de management et les process de Qualité qui ont commencé à se mettre en place il y a une vingtaine d’années en France après avoir déjà fait le bonheur des managers américains sont les héritiers directs de « l’organisation scientifique du travail » de Taylor mais elles ont survécu à la désindustrialisation et ont su gagner facilement le secteur tertiaire. Il s’agit encore et toujours de décrire les tâches pour les quantifier et les rationaliser afin d’éviter les gaspillages, les temps morts, les dysfonctionnements, dans le but d’accroître encore la productivité. Mise en fiche, surveillance, définition d’objectifs, procédures normées… sont autant de moyens de contrôle de l’humain, désormais soumis au fantasme d’une réduction de l’aléatoire, d’une disparition du hasard, d’une éradication du trop incertain facteur humain. L’homme encadré par les procédures de Qualité (ou d’assurance Qualité), dans l’isolement des tâches, coupé du collectif, poussé à l’individualisme et soumis à un strict management, est dépourvu du caractère imprévisible et dangereux propre à l’être humain. Il s’agit bien là d’une déshumanisation. D’ailleurs, la gestion de la Qualité vise même à la Qualité Totale (Total Quality Management), mais les philosophes permanentés si prompts à déceler les ferments du totalitarisme dans tout mouvement social n’ont jamais daigné pointer ce totalitarisme-là. Ironie du sort selon Benassayag, cette rationalisation au nom de la productivité est en fait totalement contre-productive :

A force de vouloir imposer de la rationalité, en contrôlant les horaires, en voulant rentabiliser chaque minute (chaque euro d’argent public dépensé…), en quadrillant les services, en instituant des rôles de petits chefs et sous-chefs, c’est la contrainte qui devient la règle, épuisant le désir et l’initiative des salariés.

Obligés de travailler dans un univers panoptique où tout est mesurable et transparent, ils perdent le goût de leur métier, s’impliquent logiquement moins, et souffrent au quotidien.

Ce qui était déjà vrai dans l’industrie, puis dans les anciens services publics privatisés ou en voie de privatisation (France Télécom, La Poste…) touche à présent les services restés publics tels les établissements scolaires ou hospitaliers, dont on orchestre ainsi, au nom de la rationalité productiviste, une inefficacité qui n’en justifiera ensuite que mieux la privatisation.

Ces bouleversements se préparent dans la durée, lentement, discrètement. Et c’est bien de cette façon que la petite armée de ces hommes sans qualités est en train de préparer le terrain d’une société brutale et obscure.

Les suicides chez France Telecom qui ont naguère défrayé la chronique, et qui continuent en 2011, ne sont que le sommet de l’iceberg : c’est la totalité de la société soumise à une rationalisation folle qui est désormais en proie à une véritable dépression.

Déprimés : les victimes de la crise (qu’on appelait « dépression » dans les années 30), les ménages surendettés, les chômeurs, les militants désabusés par tant de défaites sociales, les déçus de la gauche, les vieux dont les entreprises ne veulent plus, les jeunes qui n’auront pas de retraite… mais aussi les salariés fliqués, les fonctionnaires méprisés, les guichetiers de la poste transformés en machines, et même les enseignants transformés en gardes-chiourme d’une jeunesse sans espoir. Dans l’Education nationale, par exemple, le livret personnel de compétences déjà en place dans les écoles primaires débarque cette année dans les collèges. Les élèves sont ainsi fichés tandis que les profs se voient obligés des heures durant de cocher des cases aux intitulés ubuesques, ce qui est aussi un moyen de dévaloriser leur travail : les « têtes pensantes » du ministère conçoivent les livrets et autres fiches, que les profs, simples petites mains, remplissent à la chaîne. Une compétence ne peut qu’être « acquise » ou « non-acquise » (ou, éventuellement, « en cours d’acquisition »). Pas de place pour la nuance, le commentaire, la complexité.

Le collectif national de résistance à Base élèves contre le fichage à l’école fournit fort utilement un kit anti-LPC à destination des enseignants et des parents d’élèves. D’autres initiatives de ce type doivent se développer dans tous les secteurs : profs, ouvriers, employés, suicidés… même combat ! Pour un Homme sans Qualité, virons les hommes sans qualités !

LPC

 

* Robert Musil, L’homme sans qualités, Seuil, 1979.

 

De la putification (3)

Selon Le Canard enchaîné du 25 mai 2011, le petit président de l’ex-République se réjouissait en secret des déboires de DSK, convaincu qu’ainsi la gauche ne pourrait plus l’attaquer sur le terrain de la morale. Mais la droite ayant aussi désormais en ses rangs un suspect d’agression sexuelle, on peut dire que finalement, Sarko l’a eu dans le Tron.

De la putification (2) : Arrêtez les kahneries !

Dominique Strauss-Kahn, ex-probable candidat à la présidence de l’ex-République française, a démissionné du FMI, et son inculpation par l’injustice américaine pour agression sexuelle et tentative de viol à l’encontre d’une femme de chambre a été confirmée jeudi 20 mai 2011.

Est-il coupable ?

La réponse est oui. Comme le souligne Jean-Luc Mélenchon sur son blog, Dominique Strauss-Kahn a déjà fait des millions de victimes « avérées et prouvées » : les Grecs. En effet, le FMI, sous la direction de DSK, a imposé à la Grèce ruinée depuis le krach de 2008 une cure d’austérité et des privatisations qui ont poussé le peuple grec à faire huit grèves générales. « En un an, l’économie grecque a reculé de 7,4 %. Un recul sans équivalent dans le monde ! (…) Ce qui est incroyable c’est la cupidité des banksters. Ils ont d’abord ruiné le pays, ils continuent à l’étrangler avec des taux usuraires », dit encore Mélenchon. Il faut évidemment préciser que DSK n’est pas le seul coupable. Il a pour complices Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et tant d’autres « chefs d’Etat » qui ne sont que les valets du capitalisme financier et qui ont, eux aussi, du sang sur les mains. Combien de vies brisées ? Combien de suicides ? Qui rendra justice au peuple grec et aux autres peuples victimes des mesures d’ajustement et des restructurations imposées par le FMI ? « Justice is done« , a proclamé Barak Obama après l’exécution sommaire de Ben Laden, présumé responsable des attentats du 11 septembre 2001. Les Grecs dont on viole sans vergogne les droits économiques et sociaux doivent-ils réclamer pour les coupables avérés de leur ruine le même type de châtiment ? Ironie du sort : DSK est en taule au moment où Jean-Marc Rouillan en sort. Justice is done ? Allons, encore un peu d’audace, monsieur Obama !

Coupable, Dominique Strauss-Kahn l’est aussi à l’égard des Palestiniens, victimes des exactions d’un Etat ségrégationniste auquel il a toujours apporté un soutien inconditionnel Il est même entré en politique précisément dans ce but, si l’on en croit ce qu’il affirmait en février 1991 dans le n°35 de la revue Passages :

« Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc c’est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C’est pour ça d’ailleurs qu’il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. Tout le monde ne pense pas la même chose dans la Communauté juive, mais je crois que c’est nécessaire. Car, on ne peut pas à la fois se plaindre qu’un pays comme la France, par exemple, ait dans le passé et peut-être encore aujourd’hui, une politique par trop pro-arabe et ne pas essayer de l’infléchir par des individus qui pensent différemment en leur permettant de prendre le plus grand nombre de responsabilités. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, au travers de l’ensemble de mes actions, j’essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d’Israël. »

Combien de morts la construction d’Israël si chère au coeur de DSK a-t-elle causés ? A l’évidence, il ne sera jamais jugé pour cela.

Dominique Strauss-Kahn est-il pour autant coupable de crimes sexuels ? Il reste « présumé innocent », jusqu’à preuve du contraire, bien sûr, et si sa culpabilité n’a plus besoin d’être démontrée dans le domaine politique, la procédure de droit commun, elle, ne fait que commencer aux Etats-Unis. Ajoutons que nul homme, fût-il un authentique pervers sexuel et un criminel, ne mérite d’être humilié publiquement devant les caméras du monde entier ni de subir l’inhumanité barbare du système carcéral américain (ni même du système carcéral français, qui ne vaut pas mieux). Il n’est pas juridiquement prouvé que DSK ait violé une ou plusieurs femmes, ni même qu’il en ait harcelé sexuellement. A la faveur des derniers évènements, surgissent dans les médias des témoignages qui laisseraient entendre que Dominique Strauss-Kahn « aime les femmes » au point de les draguer très « lourdement », voire pire, si l’on en croit Tristane Banon, Piroska Nagy ou Aurélie Filippetti (« il frôle souvent le harcèlement », disait déjà Jean Quatremer en 2007). Dès lors, ce qui est en cause, au-delà du fait divers, et au-delà aussi de l’éventuelle hyperactivité sexuelle de DSK qui ne regarde que lui et ses partenaires tant que tout le monde est consentant, c’est la mise en évidence à travers le cas DSK d’une persistance de la phallocratie malgré la « révolution sexuelle », l’égalité des droits et la parité entre les hommes et les femmes inscrites dans la loi française.

Non, Dominique Strauss-Kahn n’est pas un séducteur ! Comme le souligne le Collectif Les mots sont importants, « une grande partie [des femmes sollicitées par DSK] ne sont sans doute pas ‘séduites’ par cet homme ». Comme le dit par ailleurs Mélenchon, « aimer les femmes » et « les violer » sont « deux attitudes qui n’ont pas de lien ». Sa réputation de gros lourd ne fait donc pas de DSK automatiquement un violeur (Mélenchon le souligne pour montrer que ceux qui connaissaient la réputation de DSK ne pouvaient pas se douter qu’il finirait accusé de viol). Mais un homme qui drague « lourdement » et systématiquement les femmes n’est pas un homme qui « aime » les femmes. C’est le plus souvent un homme inquiet de sa propre identité sexuelle et qui cherche à se rassurer par la preuve de virilité que lui procurent la possession et la soumission d’une variété importante de femmes, comme si toutes étaient irrévocablement destinées à succomber à son pouvoir de « séduction » (ou plus prosaïquement à son pouvoir d’achat, à son pouvoir politique et à sa position hiérarchique). Un tel homme éprouve donc de grandes difficultés à avoir avec des femmes des relations non-sexuelles, comme par exemple des relations de travail. Il ne les voit que comme objets de son désir et non comme sujets. Tel un vulgaire Caubère, il paie pour qu’elles fassent semblant de le désirer, ou tel un gros beauf, il siffle avec obscénité la passante inconnue ou encore colle une main au cul de la femme dont il pense qu’elle n’osera pas lui mettre une grande tarte dans sa gueule de con — à moins qu’il ne soit décidément con au point de penser que cela lui fait plaisir, le comble étant qu’il existe effectivement des connes qui se sentent flattées d’être ainsi traitées comme des putes. Pour peu qu’en plus, le phallocrate s’appuie sur une vraie position de pouvoir et d’autorité (chef, patron, ministre, président, directeur du FMI…), il attirera à lui une foule de dindes candidates à la putification qui le conforteront dans sa pathologie sous l’oeil goguenard et envieux de ses congénères machos. A ce stade, même celle qui refuse de s’offrir ou de se vendre pourra être forcée de céder en silence au chantage et aux pressions. C’est dans ce cas seulement que la justice parle de « harcèlement » (puni en France d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende, mais encore faut-il que la victime soit en mesure de prouver les faits, ce qui n’est pas simple). Nul besoin au demeurant d’être directeur du FMI ou président de l’ex-République pour être en position de harceleur. Combien de petits chefaillons exercent encore impunément leur « droit » de cuissage ? Combien de petits caïds obtiennent par la peur ce que leur seul pouvoir de séduction ne leur aurait jamais permis d’obtenir ? Et combien de losers qui n’obtiennent jamais rien mais insultent et injurient les femmes qui ont le malheur de croiser leur chemin et de ne pas succomber illico à leur charme latin ?

Le phallocrate type agit le plus souvent sous le coup d’une pulsion liée à une homosexualité refoulée ou à un complexe engendré par la petite taille de son pénis (l’affirmation peut sembler gratuite faute d’études statistiques fiables, mais c’est une hypothèse cohérente que chacun pourra s’amuser à vérifier par quelques investigations dans son entourage). Pour éviter les passages à l’acte violents et empêcher la nuisance du machisme au quotidien, il faudrait que ces comportements soient reconnus comme pathologiques (ne soient donc plus légitimés ni même excusés culturellement) et sujets de la réprobation générale voire de soins médicaux. Un homme directeur d’une importante institution internationale, et promis peut-être à occuper un jour la plus haute fonction de son propre pays, qui succomberait à une pulsion de viol alors que les feux de l’actualité sont braqués sur lui, serait à coup sûr un grand malade. Il n’est pas certain cependant que 70 ans de prison constituent une efficace thérapie ni une réelle aide aux victimes.

Dans les chefs d’inculpation contre DSK comme dans les témoignages sur sa conduite passée, on peut observer une conjonction assez flagrante de la domination masculine et de la domination de classe. La victime présumée de l’agression de New York est une femme mais aussi une femme de chambre.  Simple « troussage de domestique » donc, comme s’en est gaussé avec élégance un autre grand Kahn (voir l’article d’ACRIMED qui retranscrit les propos de Jean-François Kahn sur France Culture). Et cette femme de chambre serait une travailleuse immigrée d’origine africaine, position fragile s’il en est dans les sociétés occidentales. On a lu aussi ça et là que DSK draguait très lourdement les femmes journalistes, des jeunes militantes du PS… dans tous les cas, plutôt des femmes en position sociale ou hiérarchique inférieure, donc. A ce jour, en tout cas, personne n’a mentionné d’éventuelles tentatives insistantes de Srauss-Kahn pour se taper Danielle Mitterrand ou Bernadette Chirac, par exemple, alors qu’il est avéré qu’il a déjà été en contact avec elles. Aucune révélation non plus du côté de Margaret Thatcher ou Angela Merkel (les documents laissés par feu Mère Thérésa ne mentionnent jamais DSK non plus). Il semblerait donc que ce qui attire le plus DSK chez les femmes ne soit pas forcément leur pouvoir, leur force, leur expérience de la vie ou leur position élevée. On voit à travers l’exemple des penchants prêtés à DSK que la phallocratie traditionnelle qui avait été battue en brèche par le féminisme (du moins dans les classes moyennes, les élites et le prolétariat ayant somme toute peu évolué sur le plan des moeurs) est toujours vivace, et même re-légitimée par la putification qui s’exprime de plus en plus ouvertement dans la mode ou le monde du spectacle (avec par exemple la résurgence du strip-tease dit « burlesque« ). Si l’affaire DSK, par son impact, est sidérante, elle n’est qu’une péripétie qui ne remet pas en cause le fait que beaucoup de femmes considèrent aujourd’hui qu’il faut séduire, voire se déshabiller, voire coucher pour « réussir », qu’en se soumettant volontairement à la domination masculine, elles exerceront en fait le « vrai pouvoir » (ce qui n’est évidemment qu’une chimère). Dans cette étape de putification, le capitalisme transforme les corps en marchandises et les sentiments en transactions. L’amour et la sexualité se voient privés de la douceur de l’égalité et réduits à la violence des rapports de domination dans lesquels les cocus comme les violés sont toujours les plus faibles et les plus démunis : femmes, homosexuels, transsexuels, handicapés, immigrés, ouvriers, malades, vieillards, enfants… La misogynie, l’homophobie, la xénophobie, le racisme, le mépris de classe réifient le vivant et sont les vecteurs du processus de putification que connaît à présent le capitalisme mondialisé.

Il est hélas à craindre que l’affaire DSK ne freine en rien ce processus. Mais c’est loin d’être une préoccupation pour le toujours comique Parti ex-Socialiste français, déboussolé d’avoir perdu son homme providentiel, alors que celui-ci n’était même pas encore officiellement candidat à la candidature (quel cirque que ces primaires !). Pour un parti qui proclamait naguère « ni Dieu ni César ni tribun », c’est cocasse. On peut donc conclure par quelques mots gentils adressés au PS :

Bande de glands, vous avez dans vos rangs une kyrielle de bouffons de droite qui ont les mêmes idées que Strauss-Kahn et parmi lesquels vous pouvez même dégotter sans chercher bien loin quelques queutards fous qui ne vous dépayseront pas trop. Alors ne vous mettez pas la rate au court-bouillon sous prétexte que Strauss-Kahn est hors-jeu. N’importe quelle endive moite fera bien votre affaire. Même une femme, à vrai dire. Du moment qu’il s’agit de battre Sarkozy pour mener à sa place la même politique antisociale que lui. Sous l’égide du FMI, bien sûr. Et comme dit Jack Lang, « il n’y a pas mort d’homme », donc on s’en fout.

Confiscations

Selon Le Figaro (Beaumarchais, si tu savais… ), le bouclier fiscal aurait coûté 591 millions d’euros à l’Etat en 2010.

Selon La Tribune, le ministre de l’Education-pour-les-riches-et-la-prison-pour-les-pauvres prévoit de fermer 1.500 classes dans le primaire à la rentrée 2011 et de supprimer ce faisant 16.000 postes alors même que le nombre d’élèves est en augmentation. « Ce sont pas moins de 65.000 postes d’enseignants qui auront disparu en cinq ans ». Et de citer le petit président de l’ex-République : « compte tenu des déficits, des problèmes que nous avons, on ne peut pas faire le choix à la fois d’augmenter sans cesse le nombre et en même temps d’augmenter la rémunération des statuts ». Les intéressés peinent sans doute, soit dit en passant, à déceler une quelconque augmentation de leur rémunération.

Que pouvons-nous en conclure ?

1) La lecture de l’ex-presse d’ultra-droite néolibérale conservatrice équivaut à un bon bourrage de crâne, certes, mais aussi à un vrai lavage d’estomac. Dans notre ex-République nationale-sarkozyste, l’ex-presse ne se lit plus, elle se vomit jusqu’à la bile.

2) Avec les 591 millions d’euros rendus par l’Etat à ses petits protégés, on aurait pu payer 16.000 profs toute une année 3.078 euros par mois, soit un peu plus que le salaire mensuel net d’un prof certifié à l’échelon maximum d’avancement après 30 ans de carrière (3.026 euros). On mesure donc un peu mieux à quoi auront servi précisément ces 16.000 suppressions de postes, ce que n’ont évidemment remarqué ni La Tribune ni Le Figaro. Ce dernier précise néanmoins :

« Les 925 ménages ayant des revenus supérieurs à 44.980 euros par an et un patrimoine supérieur à 16,5 millions ont capté 60 % du coût du bouclier. Le fisc leur a remboursé en moyenne 381.000 euros. Sans bouclier, leur impôt aurait été confiscatoire. Voilà pourquoi la fin du bouclier ira de pair avec un allégement de l’ISF. »

On sait donc très précisément à quoi servira l’allègement de l’ISF : à éviter que l’impôt de ces gros cochons ne leur paraisse « confiscatoire ».

Et on sait très précisément comment sera financé cet allègement : en confisquant encore des milliers de postes à l’Education nationale en particulier, et à la Fonction publique en général.

Cut the crap !

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