De quoi Fillon est-il le nom ?

Personne ne se souvenait qu’il y avait un premier ministre en France. François Fillon, premier paillasson du petit président de l’ex-République, a donc jugé nécessaire de notifier à l’ex-presse qu’il occupait encore le poste et souhaitait même s’y maintenir. L’ex-France-Inter (la radio sarkovalheesque) a servilement retransmis dès ce matin une allocution de Fillon qui affirme que sa « politique réformiste » a besoin de « continuité ». Les sagaces journalistes béats d’admiration devant le brushing sarthois ont aussitôt compris ce dont tout le monde se moque éperdument : il s’agit d’un subtil message que le laquais menacé de disgrâce adresse à son maître pour conserver sa sinécure.

Mais « politique réformiste » ? Le vilain mensonge que voilà ! La politique du Front Populaire en 1936, par exemple, elle, était authentiquement « réformiste » : menée par des partis ayant choisi la voie réformiste légale (plutôt que la voie révolutionnaire), cette politique avait effectivement réformé profondément le pays en diminuant le temps de travail hebdomadaire des salariés ou en créant les premiers congés payés.

En revanche, la politique mise en place par François Fillon sous la tutelle de Claude Guéant (l’homme du petit président), casse les acquis sociaux issus des réformes : il s’agit donc d’une politique antisociale réactionnaire, et non réformiste. De même qu’une vessie n’est pas une lanterne, une politique réactionnaire n’est pas une politique réformiste. La politique discriminatoire à l’égard des Roms, notamment, remet même en cause les principes de liberté de circulation et d’égalité devant la loi établis depuis la Révolution de 1789 (au point que la très droitière Commission européenne n’a pu s’empêcher de s’en émouvoir en septembre 2010 par la bouche de Viviane Reding). En ce sens, on peut même dire que la politique nationale-sarkozyste menée par François Fillon est contre-révolutionnaire.

François Fillon ignore-t-il donc à ce point le sens du mot « réformiste » ? C’est très peu probable. La confusion est donc délibérée, et destinée à tromper un peuple infantilisé par la télévision et la répression. Mais attention, Monsieur Fillon : les enfants peuvent aussi avoir de l’intuition.

– C’est quoi un Fillon ?

– C’est comme un fion, mais avec deux « L ».

– Alors ça vole ?

Les futurs retraités : exploités comme des prolos, mais exploiteurs comme des bourgeois

Avant la manif du 6 novembre, voici de quoi mieux comprendre les vrais enjeux de la contre-réforme nationale-sarkozyste des retraites, avec quelques morceaux choisis d’un excellent article de Frédéric Lordon en date du 23 octobre dernier.

Lordon démontre de façon implacable que cette contre-réforme a pour objectif de satisfaire « la finance » (et les agences de notation).

Ainsi par un monstrueux dérèglement dont aucun des habituels curés de la « démocratie » ne semble s’être aperçu, nous assistons à cette situation proprement ahurissante dans laquelle un gouvernement prétendument légitime tente de s’adresser simultanément à deux communautés parfaitement hétérogènes et dont les intérêts sont radicalement antagonistes, à savoir la communauté politique nationale des citoyens et la communauté extra-politique (quoique politique elle le soit mais à sa manière bien à elle) et extra-nationale des créanciers internationaux, le comble du dérèglement venant de ce que, de plus en plus, les arbitrages des politiques publiques sont rendus en faveur de la seconde de ces communautés et contre la première.

L’autre objectif réel de cette contre-réforme, que nous avions déjà évoqué ici-même, est d’ouvrir la voie à la capitalisation (par les fonds de pension), qu’on rendra « inévitable » par la prophétie autoréalisatrice de l’effondrement du système par répartition.

Désormais bien établie, la stratégie de la paupérisation préalable et délibérée des services publics (lato sensu) se montre autrement plus efficace puisqu’il n’est en effet pas de plus sûr moyen de jeter les usagers dans les bras des opérateurs privés que d’avoir auparavant méthodiquement dégradé les prestations des opérateurs publics. Après le service de l’emploi, le transport ferroviaire, la poste, bientôt l’éducation et puis la santé, la retraite n’échappe pas à cette unité de vue stratégique. (…) Et en effet : pourquoi risquer de braquer inutilement la population avec des mots qui blessent, comme « capitalisation », quand il est possible tout en jurant la mission de « sauver la répartition », de la faire tomber comme un fruit mûr par de toutes simples mesures d’âge qui instituent la décote comme règle et le taux plein comme exception.

Si les pensions issues de la répartition deviennent trop modestes et trop tardives, les futurs retraités n’auront plus qu’à se tourner vers des retraites complémentaires (pour la plus grande joie du groupe Malakoff-Médéric et de son secrétaire général Guillaume Sarkozy).

Autrement dit :

Organiser délibérément l’attrition de la répartition (sous couleur bien entendu de ne penser qu’à la sauver) pour mieux renvoyer les cotisants vers des formules complémentaires de capitalisation privée, en d’autres termes créer artificiellement le problème (du public) pour mieux y apporter la solution déjà prête (du privé), et par là mettre en place toutes les incitations à une substitution de long terme parfaitement silencieuse mais qui aboutira inexorablement à faire transiter une part croissante du financement des pensions par la sphère des marchés, le tout alors que ladite finance des marchés n’en finit pas de démontrer à grand spectacle l’ampleur des destructions de valeur dont elle est capable, voilà une manœuvre qui en dit assez long sur l’aveuglement idéologique du gouvernement présent, ou bien sur son degré de commission aux intérêts de l’industrie financière.

Lordon expose ensuite la conséquence peut-être la plus funeste de la capitalisation rampante : en tant que futurs retraités pensionnaires, les salariés victimes de la dictature des marchés en deviennent les complices, et même les commanditaires.

Ce printemps n’a-t-il pas vu l’opinion britannique s’insurger des pénalités dont le gouvernement étasunien a menacé BP ? C’est qu’en effet le cumul des amendes anticipées et des coûts de nettoyage du Golfe du Mexique a divisé par deux le cours de l’action BP… à la très grande fureur des retraités anglais loin des flaques de mazout – car BP est un poids lourd de l’indice Footsie et l’un des plus importants supports des pensions britanniques ! Sous le prétexte bien fondé des retraites capitalisées, les entreprises n’ont donc plus guère de mouron à se faire : elles peuvent exploiter tout leur saoul, polluer autant qu’elles veulent et pactiser avec n’importe quelle junte sans plus avoir besoin de payer un rapport de Bernard Kouchner.

Grâce à la boucle perverse de la capitalisation, les victimes deviennent leur propre bourreau. En termes marxistes, cela revient à dire que le prolétaire (le salarié qui ne possède que sa force de travail) deviendra bourgeois dès lors qu’il sera retraité (il touchera une pension en tant que propriétaire des moyens de production, par l’intermédiaire de son fond de pension). Le prolétaire n’est donc qu’un futur bourgeois. S’il défend les intérêts de sa classe (le prolétariat) contre la bourgeoisie rentière, il nuit à ses intérêts de futur retraité (rentier). Le capitalisme financier réussit ainsi à rendre les travailleurs schizophrènes, donc inoffensifs.

Collectivement opprimés à leur frais comme salariés alors qu’ils essayent tous de défendre individuellement leurs intérêts comme pensionnés !

Collectivement impuissants et dociles, les travailleurs deviennent individuellement bourreaux de l’intérêt général et donc, en fin de compte, de leur propre intérêt individuel.

Le pouvoir financier, dont Sarkozy est le dévoué laquais, se pose en « modeste intermédiaire » de ce système dans lequel les travailleurs s’asservissent eux-mêmes. Mais bien évidemment, C’est le modeste intermédiaire qui continue à se goinfrer et qui mène, seul, le jeu. Pour finir, Lordon cite la préface de Gérard Mordillat à une réédition du Capital de Marx :

La France n’a pas besoin de réformes, elle a besoin d’une révolution.

Bibliographie :

Frédéric Lordon, « Le point de fusion des retraites« , La pompe à Phynance, Les blogs du Diplo, 2010.
Karl Marx, Qu’est-ce que le capitalisme. Volume 1 : les mystères de la plus-value, préface de Gérard Mordillat, Demopolis, 2010.

Connerie express

Gros titre de L’Express cette semaine :

Pourquoi la France est impossible à réformer

Au lieu de réciter inlassablement les mêmes mensonges, L’Express ferait mieux d’examiner les faits. Quand les Français ont-ils jamais refusé une réforme ? L’adoption de la retraite à 60 ans avait-elle fait descendre les gens dans la rue ? Non. Les 35 heures ? Non plus. Le PACS, peut-être ? Même pas. La parité ? Pas du tout. Cut the crap !

En revanche, les travailleurs ont manifesté, protesté, exercé leur droit de grève à chaque fois que des contre-réformes réactionnaires ont essayé de défaire ce que de vraies réformes sociales avaient permis d’obtenir.

L’Express est-il un torchon expressément antisocial ? Est-ce un outil de propagande expressément ultra-libérale ? Les rédacteurs de L’Express font-ils exprès d’être aussi cons ? Est-il possible de réformer l’ex-presse pour qu’elle ne soit plus à la botte du pouvoir national-sarkozyste ? Telles sont les questions que les « journalistes » feraient mieux, en vérité, de poser. Les réponses leur parviendront en express par voie pavée.

Les mensonges grossiers de la droite réactionnaire

Automne 2010 : le peuple français se mobilise contre le projet de loi qui vise à reculer l’âge de la retraite. Pourtant, la « droite la plus bête du monde » (dixit Guy Mollet) s’obstine dans ses mensonges dont les échos se répètent à l’infini dans la bouche des rentiers haineux comme des petits-bourgeois aigris :

La réforme des retraites est indispensable.

Faux ! Il ne s’agit pas d’une « réforme » apportant une amélioration nouvelle au système des retraites, mais d’une contre-réforme réactionnaire revenant sur un acquis social : la retraite à 60 ans, acquis social que le patronat n’a jamais accepté de bon gré, évidemment, comme il n’a jamais accepté les congés payés ni le droit de grève ni aucun des droits conquis de haute lutte par les salariés depuis 2 siècles.

Employer le mot « réforme », dans ce cas, est déjà mensonger. Une vraie « réforme » irait dans le sens d’une diminution du temps de travail, au moins pour ceux (l’immense majorité des travailleurs) qui subissent leur activité professionnelle comme une aliénation. Le passage de l’âge de la retraite de 65 à 58 ans en Bolivie, par exemple, est une authentique « réforme ». La loi que le gouvernement français fait passer en force dans le plus grand mépris du parlement vise, elle, à revenir sur la réforme de 1983 qui avait porté l’âge de la retraite à 60 ans. Il s’agit donc bien d’une contre-réforme.

Prétendre que cette contre-réforme est inévitable, c’est couper court à toute discussion. Qui serait assez fou, en effet, pour chercher à éviter l’inévitable ? Sauf que cette contre-réforme était tout à fait évitable. Il suffisait en effet de décider de l’éviter. Car s’il est vrai que le départ à la retraite de la génération du Baby Boom risque de peser sur les actifs, il faut aussi prendre en compte les gains constants de productivité déjà générés par les salariés depuis 1983. Bien sûr, l’Etat peut difficilement garantir le maintien de la retraite à 60 ans et dans le même temps faire baisser le taux d’imposition des plus riches grâce au bouclier fiscal. Entre les deux, le chef de l’Etat français a choisi. Il a choisi l’injustice.

Tous les autres pays ont déjà reculé l’âge de la retraite.

Faux ! La Bolivie d’Evo Morales, par exemple, après des années d’ultra-libéralisme, passe l’âge de la retraite de 65 à 58 ans. Il n’y a donc nulle fatalité.

Le recul de l’âge de la retraite est rendu inéluctable par la démographie.

Faux ! La France a un taux de fécondité qui dépasse les 2 enfants par femme en âge de procréer. En Europe, seule l’Irlande peut se targuer d’une fécondité aussi élevée. Que des pays comme l’Allemagne (où le taux de fécondité n’est que de 1,4) reculent l’âge légal de la retraite, cela ne peut constituer un exemple à suivre pour un pays comme la France, où la situation démographique est bien différente.

Les Allemands, eux, ont déjà la retraite à 67 ans.

Faux ! Comme l’expliquait Gérard Filoche sur « Arrêt sur images », les Allemands peuvent bénéficier de la retraite au bout de 35 annuités, et le recul de l’âge de la retraite à 67 ans est prévu pour 2030.