Auteur/autrice : Serge Victor
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Hégémonie

« On voit donc ici trois options, une sociale-démocrate, une communiste révolutionnaire et une préfiguratrice de l’anarcho-syndicalisme, qui dessinent trois manières de représenter la classe ouvrière dans son unité. Toutes sont liées à un aspect de l’expérience ouvrière mais aucune ne peut prétendre à l’hégémonie. L’histoire postérieure du mouvement ouvrier les verra proposer des manières souvent concurrentes, parfois complémentaires, comme lors de la Commune de Paris de 1871, de réaliser l’union ouvrière. Si elles ont toutes contribué aux victoires ouvrières des décennies qui ont suivi la révolution de 1848, leur potentiel révolutionnaire peut sembler aujourd’hui en partie épuisé. Mais elles sont porteuses de leçons qu’il est possible aujourd’hui de reprendre.
La première de ces leçons est que la construction de l’unité ouvrière, loin d’être le résultat mécanique de l’industrialisation, se trouve à l’intersection de processus économiques, techniques, politiques, intellectuels interconnectés, dans lesquels les ouvriers et les ouvrières tiennent une place centrale, mais ne sont pas les seules forces présentes. Le mouvement ouvrier français est un creuset où la conscience de classe naissante se nourrit des discours et des pratiques des républicains, des socialistes, et même des interactions avec la bourgeoisie libérale.
(suite…)
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Cinquième République… de Weimar

« Un mot, une intonation, un battement de cils donnent lieu à des conjectures sans fin sur la grâce ou la disgrâce. Dans un régime présidentialiste, ces considérations, effarantes de vacuité, totalement dépourvues du moindre intérêt, deviennent hélas décisives et font la joie de chroniqueurs friands qui peuvent gloser sur le néant en oubliant les réels problèmes politiques et les vraies questions sociales, économiques, géopolitiques. Un commentariat d’alcôve et de couloir qui tient lieu d’intelligence politique : l’esprit de courtisanerie est bien la mort de l’esprit.
On imagine mal tout ce que des événements aussi cataclismiques que l’accession des nazis au pouvoir et son lot de conséquences atroces, de l’instauration de la dictature nazie à la Seconde Guerre mondiale, doivent à des chuchotis, des vengeances personnelles et des intrigues d’arrière-cuisine, fomentées par des personnages serviles et sans intérêt, qui jouaient à la grande politique, tout gonflés d’eux-mêmes, hypnotisés par les ors et les miroirs de leurs bureaux, pariant le destin des autres et risquant la baqueroute en étant bien assurés de ne jamais rien risquer eux-mêmes car ils restaient lovés dans leur patrimoine, leur grade et leurs réseaux. »
Johann Chapoutot, Les irresponsables,
Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Gallimard, 2025
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Faut-il séparer le nazi de l’autiste ?

Il paraît qu’Elon Musk, lundi 20 janvier 2025, n’a pas fait un salut nazi mais a envoyé des petits cœurs à ses fans, dans un geste qu’il faut voir comme une maladresse liée peut-être à son trouble autistique.
Moi qui bosse avec pas mal de jeunes neuro-atypiques, jusqu’ici, quand ils veulent envoyer du love, je les ai toujours vus faire des cœurs, des bisous… même maladroitement.

Salut nazi, euh… non, signe du coeur avec les doigts — attention à ne pas confondre, c’est si ressemblant ! Mais Musk est ministre d’un gouvernement qui promet de déporter des immigrés. Il soutient l’AfD allemande (dont le dernier slogan de campagne « Alice für Deutschland » est une référence à peine voilée au « Alles für Deutschland » des SA nazis), le nazi demi-mondain Soral… Il a tenu des propos sexistes, homophobes. Il favorise le complotisme (notamment antisémite) sur X. Alors quand il envoie des coeurs, ça ressemble un peu à un salut nazi, faut comprendre.
N’allez pas vous imaginer des choses.
Sur le podcast de MacG, Eroll Musk (père du petit lanceur de coeurs) expliquait en novembre 2024 que les grands parents maternels d’Elon Musk étaient des sympathisants de l’Allemagne nazie et qu’ils avaient émigré du Canada vers l’Afrique du Sud en 1948 pour soutenir l’apartheid. Ils y avaient adhéré à un parti nazi.
Extrait du podcast de MacG Sur Médiapart, Lucie Delaporte et Marine Turchi rappellent que le petit lanceur de coeurs est un habitué des codes antisémites et suprémacistes.
Mais surtout, n’allez pas vous imaginer des choses.
A moins que… ?

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La fin et les moyens
« Dans toute tactique révolutionnaire, les moyens mis en oeuvre doivent aussi être exemplaires et cohérents quant aux objectifs finaux et dans le cadre d’une stratégie globale. Je l’ai déjà mentionné : l’objectif de renforcer la démocratie à tous les étages de la société interdit par exemple de recourir à des tactiques partidaires niant les principes démocratiques au sein du fonctionnement des partis. Il en est de même pour le respect des principes féministes ou l’intransigeance vis-à-vis des propos racistes ou homophobes, par exemple. Les structures que nous construisons jouissent d’une relative autonomie et peuvent, tel Cronos, dévorer leurs enfants. Or, tout habitus antidémocratique pris dans la lutte contre le capitalisme risque de contaminer par la suite l’organisation de la société en construction. »
Hendrik Davi, Le capital c’est nous,
Manifeste pour une justice sociale et écologique,
éditions Hors d’atteinte, 2023

