
Auteur/autrice : Serge Victor
Un grand pouvoir des retraites implique la retraite du pouvoir
« La retraite est une réalité inédite dans sa signification de fond. Nous savons tous que la pension relève du droit du travail : elle n’est ni un patrimoine relevant du droit de propriété, ni une allocation relevant du droit de l’aide sociale. Or, aucune autre ressource liée au travail de la personne n’est à ce point dénouée de ses activités ici et maintenant productives. Quoi qu’il fasse, le retraité est payé, sa pension ne peut pas être supprimée ou réduite en fonction de ce qu’il fait. Et ce lien de la pension à la personne autorise une liberté dans le choix des activités et dans l’utilisation du temps que les retraités n’avaient pas connue avant leur retraite, une situation nouvelle en majorité vécue positivement. Les pensions sont un attribut de la personne, indépendamment de son activité présente. Aucune puissance économique ou politique ne peut réduire ou supprimer la pension, ni imposer aux retraités d’effectuer des tâches qu’ils ou elles ne veulent pas faire. C’est une expérience formidable d’autonomie populaire par rapport au patronat et à l’Etat capitalistes.
Pour une classe dirigeante qui tire tout son pouvoir de son pouvoir sur le travail, qui a le monopole de la décision sur la production et qui l’impose aux travailleurs, que ceux-ci soient indépendants ou dans l’emploi, sans qu’ils puissent décider rien de fondamental sur le travail, la question absolument vitale est la suivante : les retraités sont-ils des travailleurs titutlaires d’un salaire et en capacité de décider du travail qu’ils font, ou sont-ils d’anciens travailleurs retrouvant dans leur pension le différé de leurs cotisations et libérés du travail ? La réponse, non moins vitale, de la bourgeoisie capitaliste est évidemment que les retraités sont d’anciens travailleurs. Le drame est que c’est aussi la réponse de leurs opposants.
Bernard Friot, Prenons le pouvoir sur nos retraites, La dispute, 2023
Féministes réformistes
« Si les féministes réformistes n’ont pas formulé cette invitation [« invitation collective claire » aux hommes à « rejoindre le mouvement féministe pour se libérer du patriarcat »], c’est parce que ce sont elles qui, en tant que groupe social (surtout des femmes blanches bénéficiant d’un privilège de classe) ont lancé l’idée que les hommes seraient tout-puissants. Pour ces femmes, la libération féministe consistait davantage à leur permettre d’obtenir leur part du gâteau à la table du pouvoir qu’à libérer massivement les femmes et les hommes moins puissants de l’oppression sexiste. Elles n’en voulaient pas aux puissants, c’est-à-dire leurs papas et leurs maris, d’exploiter et d’opprimer des hommes pauvres ; elles étaient furieuses de ne pas bénéficier d’un accès égal au pouvoir. Aujourd’hui, beaucoup de ces femmes ont obtenu gain de cause, et surtout la parité économique avec les hommes de leur classe. Par conséquent, elles ont presque perdu tout intérêt pour le féminisme. »
bell hooks, La volonté de changer
(les hommes, la masculinité et l’amour), 2004
Gogos
Pas franc tireur
Au détour d’une controverse sur Twitter à propos du Média et de Frustration dont il réclamait stupidement et méchamment l’arrêt, un type se faisant appeler « Gaston Crémieux » (je préfère nettement l’original), auteur pour le torchon de droite Franc-Tireur (où sévissent grâce à l’argent du milliardaire Kretinsky des phares de la pensée comme la plagiaire Caroline Fourest, le troll crypto-lepéniste Raphaël Enthoven ou Christophe Barbier, l’écharpe de plateaux télé), m’a mis sous le nez un thread de son crû censé prouver l’antisémitisme de Mélenchon et de la FI. D’abord amusé par l’obsession du bonhomme pour « l’autocritique », puis affligé par la somme d’accusations pourries qui, selon la loi de Brandolini, prendrait plus de temps à être réfutées qu’à être énoncées, je me suis finalement pris au jeu. Pour le fun. Alors que par ailleurs y a plein de trucs qui m’énervent chez JLM, hein.
C’est parti pour un examen point par point des « arguments » de « Gaston Crémieux ».
« 1/L’exemple vient de haut avec la dérive de @jlmelenchon lui-même: en 2014, il dénonçait déjà à l’occasion d’une intervention israélienne à Gaza les « communautés agressives qui font la leçon au reste du Pays » (à 36’46) visant ici la communauté juive. »
Les institutions se proclamant représentantes de la communauté juive en France sont depuis plusieurs années des soutiens et des relais inconditionnels du colonialisme israélien, et même de la droite extrême israélienne. Mélenchon est en droit de critiquer ce fait, bien analysé par exemple dans cet article de Jean Stern.
Il n’y a rien d’antisémite là-dedans.
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