De l’antisémitisme au Front de Gauche ? Résistons aux amalgames en balayant aussi devant notre porte.

Je souscris entièrement au contenu du communiqué fait par Eric Coquerel au nom du PG le 17 février 2015 :

Depuis des semaines à partir de l’étude bidon de sa propre fondation, Dominique Reynié peut à loisir diffuser sa propagande sur les médias. Elle consiste à ranger le FDG comme l’un des trois principaux foyers de l’antisémitisme en France. Ce matin, il a pu égrener ses amalgames insultants sur la plus grande matinale radio du pays, celle de France Inter. Non content de s’attaquer aux citoyens qui se réclament du FDG, il s’en est pris cette fois personnellement à Jean-Luc Mélenchon au prétexte d’une critique de Pierre Moscovici en tant que ministre des finances en 2013. Tous ceux qui connaissent l’engagement constant de notre parti et de Jean-Luc Mélenchon contre toute forme d’antisémitisme n’ont pas dû en croire leurs oreilles. Mais ça suffit ! Nous demandons officiellement à France Inter un droit de réponse à la même heure et d’une durée équivalente. Nous allons également étudier les conditions pour porter plainte pour diffamation à l’encontre de Dominique Reynié.

Parmi les amalgames les plus malhonnêtes de Reynié, on peut citer la référence aux propos de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Pierre Moscovici, accusé de penser dans « la langue de la finance internationale » au moment où celui-ci s’était conduit en véritable « salopard » (pour reprendre le terme de François Delapierre) à l’égard du peuple chypriote. En laissant entendre que la dénonciation de la finance internationale  — qui impose dans sa langue froide et absconse (le globish) des politiques austéritaires inhumaines à des peuples privés de leur souveraineté par l’UE, la BCE et le FMI — relèverait de l’antisémitisme, c’est bien Reynié lui-même, à la suite de médiacrates et de solfériniens déjà ridiculisés à l’époque, qui procède à un amalgame implicite entre « finance internationale » et « juifs », ce que ni Mélenchon ni Delapierre n’ont évidemment jamais fait.

Toutefois, aussi crapuleux le procédé soit-il, il ne faudrait pas que, sous prétexte que c’est l’idiot qui montre ici la lune, le sage se contente de regarder le doigt. Car notre Front de Gauche, malgré les beaux mots d’ordre « l’humain d’abord » et « résistance », ou la stratégie « front contre front » (plus que jamais d’actualité), n’a peut-être pas fait suffisamment d’efforts de vigilance ces dernières années pour n’offrir aucun prétexte à des falsificateurs comme Reynié. Je ne parle pas ici des propos (auxquels je ne vois rien à reprocher) des porte-parole du FdG dans les grands médias, mais de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, le plus connu d’entre eux étant Facebook, que 27,2 millions de français consulteraient chaque mois d’après l’institut Médiamétrie. Il ne s’agit donc pas d’un support anecdotique.

Nombre de militants ou sympathisants du FdG ou des différentes organisations qui le composent, ainsi que du Mouvement pour la 6e République, échangent en effet informations, commentaires et liens hypertextes sur leurs pages personnelles mais aussi dans des « groupes » sur Facebook. S’il existe des comptes officiels des dirigeants et des organisations, il n’existe pas à ma connaissance de « groupe » officiel du FdG. Mais quantité de groupes, privés ou publics s’en réclament, créés et administrés par des bénévoles, indépendamment de tout contrôle des organisations. Cette spontanéité correspond bien à la fois à l’interactivité du web 2.0 et à la fameuse consigne « n’attendez pas les consignes » chère à Jean-Luc Mélenchon. Elle n’est pas toutefois sans poser des problèmes sur lesquels nous, simples militants comme responsables politiques, devrions nous pencher urgemment.

En effet, nous ne sommes pas les premiers à nous emparer du « cyberespace » à des fins politiques. Nous avons même une sérieuse longueur de retard face à nos ennemis d’extrême-droite — je devrais dire des extrêmes-droites, tant celles-ci ont réussi à se diversifier de façon protéiforme et à se fondre dans le dédale décentralisé des réseaux. Avec profusion de sites et blogs confusionnistes, camouflant leur vraie nature sous les masques de la « dissidence » ou de la « ré-information », maîtrisant depuis longtemps les techniques de communication virale, nos ennemis ont su construire leur hégémonie culturelle dans le monde du web 2.0, au service de leurs thèses anti-démocratiques, conspirationnistes, racistes et antisémites. Si bien que certains de nos propres camarades se sont mis parfois à relayer des liens ou des « infos » en provenance de ces sites et à se faire eux-mêmes les propagandistes des idées qu’ils étaient censés combattre. C’est ainsi que de nombreux groupes Facebook de sympathisants du FdG se sont retrouvés peu à peu envahis par la propagande en faveur de régimes autoritaires, de théories du complot (de « l’américano-sioniste » au « judéo-maçonnique »), ou de thèses nationalistes. Rompus à la technique du troll, des militants d’organisations fascistes ou d’ultra-droite comme Egalité & Réconciliation ou l’UPR n’ont pas manqué d’infiltrer ces groupes. Face à cette offensive, la contre-argumentation ne suffit pas toujours (vite noyée dans le flood généré par les trolls) et, sans modération faite par des administrateurs vigilants, un groupe Facebook peut rapidement se transformer en vitrine du fascisme le plus abject, n’apportant que confusion à nos sympathisants et donnant de nous une image déplorable, ce que ne manqueront pas d’utiliser les malveillants comme ce Dominique Reynié. Or, cette vigilance nécessaire ne dépend sur ce type de support que du bon vouloir des administrateurs. Lorsque ceux-ci sont militants d’organisations structurées, telles le PG ou le PCF, les instances ont la possibilité de prendre des mesures (c’est ainsi que le PG avait par exemple demandé des comptes à René Balme, qui avait finalement démissionné lorsqu’il lui avait été signifié que sa complaisance envers des textes conspirationnistes et antisémites sur le site qu’il dirigeait n’était pas admissible). Mais cela devient compliqué lorsqu’il s’agit de simples sympathisants du FdG ou du m6r, n’ayant à rendre compte à aucune instance de leurs actes et de leur cohérence. C’est bien là notre faiblesse.

Je voudrais soumettre ici un cas d’école, celui du groupe Facebook intitulé « Front de Gauche : le portail militant« . Il s’agit d’un groupe privé, accessible donc uniquement aux abonnés acceptés par l’administrateur. On pourrait songer du coup que celui-ci y accueille essentiellement des militants désireux d’échanger entre eux des informations et de mener par exemple des débats internes sur la stratégie du FdG et de ses composantes. On retrouve d’ailleurs parmi les membres inscrits nombre de personnalités, notamment du Parti de Gauche (qui ont pu être « invitées » sans l’avoir désiré). Ce groupe compte actuellement 3605 membres, ce qui est loin d’être négligeable lorsqu’on songe à la faiblesse des effectifs militants de nos organisations. Or ce groupe ne comporte qu’un unique administrateur (le fondateur), là où l’usage, sur des groupes équivalents, est plutôt d’effectuer une modération collégiale. Cet administrateur n’est donc pas humainement en mesure d’exercer la vigilance requise. Et force est de constater qu’il ne le veut pas non plus. Nombre de trolls ou de naïfs relaient en effet sur ce groupe très régulièrement des liens vers des sites conspirationnistes, fascistes ou même franchement antisémites, et tiennent des propos favorables à l’UPR, à Soral, à Dieudonné… Face aux critiques, ils usent le plus souvent de la possibilité offerte par Facebook de « bloquer » une personne : ils deviennent alors invisibles à leurs contradicteurs, mais pas aux autres abonnés, ce qui leur permet de continuer à diffuser tranquillement leur poison auprès de ceux qui n’ont pas eu l’audace, la présence d’esprit ou le temps de s’indigner.

Avec quelques camarades, nous avons à plusieurs reprises signalé le problème à l’administrateur, qui n’a rien fait. Nous avons pris la peine de lui expliquer quel tort cela pouvait causer au FdG, l’intitulé du groupe pouvant laisser entendre que des contenus extrémistes, dont certains à caractère antisémites, étaient cautionnés par le FdG. Nous lui avons suggéré de nommer des modérateurs à sa convenance pour l’aider à déloger les trolls et à effacer les publications inadmissibles, ou bien de changer le nom de son groupe, par exemple en « Discussions autour du FdG » afin qu’il ne puisse plus passer pour un « portail militant ». Rien n’y a fait. Il faut dire que ce monsieur a créé une centaine de groupes sur Facebook, dont plusieurs sur les thématiques proches du FdG, mais dans un but pour le moins éloigné de nos idées : il théorise dans divers écrits et vidéos sur ce qu’il nomme le « Socialisme philia-informationnel » et « l’Humanité Universelle grâce aux technologies numériques », et nous a affirmé par exemple que « ce n’est qu’un échantillon car le projet que je veux faire c’est un milliard de fois mes petits cent groupes, (…) j’ai des milliards de rêves pour chaque point que constitue l’espace et le temps », et « vous voyez le FDG dont je me sens le plus proche est loin très très loin de ce qu’il faudrait faire pour passer de l’Histoire à la Poshistoire ». Il évolue donc visiblement dans des sphères plus éthérées que les nôtres, ce qui explique peut-être son incapacité à comprendre nos préoccupations relevant plutôt du matérialisme dialectique. Non seulement, il a opposé une fin de non-recevoir à nos demandes, mais plutôt que d’exclure du groupe « Front de Gauche : le portail militant » les trolls de l’UPR, du Bloc identitaire, des Gentils Virus ou de de la mouvance Dieudonné/Soral, il a exclu les uns après les autres les militants du Front de Gauche qui lui demandaient de faire son travail de modérateur. L’appellation de ce groupe constitue donc une usurpation préjudiciable au Front de Gauche dans son ensemble et aux organisations qui le composent.

Je demande donc instamment à nos instances de prêter attention aux alertes qui ont déjà été envoyées et de réagir par tous les moyens pour faire cesser cette imposture (l’appellation et le logo « Front de Gauche » ayant été déposés, un particulier ne peut en faire n’importe quel usage). J’engage vivement mes camarades du Front de Gauche (PG, PCF, Ensemble, PCOF, R&S, GU) et du m6r, ainsi que les autres organisations de gauche à exercer une vigilance constante contre les dérives confusionnistes et les tentatives d’infiltration en provenance de l’extrême-droite. Face aux amalgames honteux des médiacrates et des solfériniens, nous devons nous assurer d’être irréprochables partout où nous assurons une présence militante, y compris sur internet.

NB : je tiens à la disposition de qui veut copie des échanges de messages avec l’administrateur du groupe « Front de Gauche : le portail militant » et des captures d’écran des publications incriminées.

Pour l’écosocialisme, dénonçons l’imposture stalinienne

Les élections municipales de 2014, qui ont été un moment si périlleux pour l’unité du Front de Gauche, ont au contraire été pour moi l’occasion d’approfondir une vraie camaraderie avec les communistes locaux. Ecosocialistes du PG, communistes du PCF et non-encartés du FdG ont eu la chance, chez moi, de mener une liste autonome qui a recueilli 13,12% des voix. Certes, il existe toujours des divergences entre nos partis, et certains camarades du PCF ne cachent guère leurs réticences face aux thèses écosocialistes et aux initiatives prises par Jean-Luc Mélenchon. Il en est même qui semblent supporter difficilement que leur parti se fonde dans un Front plus large et qui regrettent assurément le temps où le PCF constituait seul « ses » listes en les ouvrant généreusement à quelques compagnons de route ou personnalités civiles sans avoir pour autant à traiter avec des partenaires à part entière. Pour autant, aucun de ces camarades n’a entrepris de trahir le Front de Gauche en débinant en pleine campagne pour les élections européennes les listes unitaires ou en diffusant des billets haineux contre le PG sur internet.

C’est néanmoins ce que fait depuis plusieurs semaines un certain Bernard Adrian, troll stalinien qui se présente comme militant communiste dans l’est, et qui abreuve le web et les réseaux antisociaux comme Facebook de pages putassières, mensongères, bêtes et haineuses destinées uniquement à cracher sur ce qu’il appelle « l’imposture écosocialiste » et sur Jean-Luc Mélenchon ou encore Gabriel Amard, le candidat tête de liste du FdG dans la circonscription Est aux européennes. Dans un texte qui condense la plupart des travers de sa bile habituelle, Bernard Adrian reconnaît, certes, le « réel espoir » soulevé par la campagne présidentielle de 2012. Mais il ajoute aussitôt :

« A contrario, la campagne législative qui a suivi – avec la focalisation sur la circonscription d’Hénin-Beaumont – s’est conclue par une réduction du nombre de nos députés. C’est toujours une mauvaise nouvelle pour les travailleurs de notre pays. Moins il y a de députés et sénateurs communistes et apparentés plus on régresse sur le plan social ».

Attribuer les mauvais scores du FdG aux législatives et la réduction du nombre de députés communistes à la focalisation sur Hénin-Beaumont est malhonnête (mais on verra que ce n’est pas l’honnêteté qui étouffe Bernard Adrian). Si bon nombre de députés communistes sortants se sont fait étendre, c’est qu’ils ont dû faire face à la vague rose consécutive à la victoire de Hollande (c’est dans la logique des institutions), à une volonté délibérée de la part du PS (et notamment du « parrain » don Bartolone en Seine Saint-Denis) de ravir des sièges au PCF, et à une absence de campagne nationale du FdG qui était le fruit de la volonté du PCF lui-même (désireux de faire des campagnes locales). Pour Bernard Adrian, les 11% de Mélenchon sont donc à mettre au crédit du PCF (qui avait fait 1,93% des voix 5 ans plus tôt) mais les mauvais scores des candidats communistes aux législatives sont forcément la faute à Mélenchon. Pratique. Mais complètement con. Il faut dire que pour quelqu’un qui conçoit les élus du FdG comme « communistes et apparentés », la loyauté envers des camarades du FdG qui ne se considèrent pas comme de simples satellites ou compagnons de route du PCF doit poser problème.

Bernard Adrian rêve d’un monde où un PCF fidèle à l’URSS noue des alliances cyniques avec les sociaux-démocrates qu’il méprise néanmoins. Devoir faire alliance loyalement, sur un pied d’égalité, avec des partenaires écosocialistes dynamiques, et sortir de la routine de l’alliance tactique avec le PS, ça lui fait perdre ses repères, et surtout ça lui donne des boutons, au Nanard. Du coup, il ne renonce à aucun mensonge pour imputer au PG et aux autres partenaires du FdG, mais surtout au grand méchant Mélenchon, la responsabilité des échecs de la résistance populaire aux contre-réformes libérales.

Par exemple, sombrant dans la plus inepte des théories du complot, il prétend que « la date à laquelle Cahuzac a fait ses aveux n’est probablement pas due au hasard », laissant entendre que celle-ci aurait servi à jeter un écran de fumée sur le vote deux jours plus tard de l’ANI, et affirmant sans rire que la marche pour la 6ème République du 5 mai 2013 (initiée par Mélenchon en réaction au scandale Cahuzac) aurait de même détourné la mobilisation populaire de l’ANI. Bref, Mélenchon aurait ainsi servi les intérêts de Hollande. Tout observateur sain d’esprit aura pourtant bien du mal à imaginer un Hollande se réjouissant du succès d’une manifestation d’opposants et du désastre sans précédent pour son gouvernement de l’affaire Cahuzac.

« Fallait-il embrayer sur une manifestation “coup de balai” avec tout ce que cela comporte comme relents populistes, ou fallait-il mettre toutes nos forces à relayer le courageux et splendide combat – oui, splendide – que menaient NOS députés, puis NOS sénateurs – ceux du Front-de-Gauche – contre la transcription de l’ANI ? C’est le Premier Mai qu’il fallait appeler à manifester. Avec les syndicats et contre la transcription de l’ANI. »

Ne reculant devant aucun mensonge, Bernard Adrian oublie de signaler que le Premier Mai fut l’occasion d’une triste division syndicale, les signataires de l’ANI se donnant rendez-vous à Reims avec leurs très maigres troupes, tandis que les opposants à l’accord made in Medef restaient divisés, FO persistant à faire cortège à part. Il était donc impossible pour le Front de Gauche de décréter contre les syndicats divisés une mobilisation unitaire de masse en ce premier mai 2013. Cela n’a pas empêché Mélenchon et le PG d’être aux côtés de la CGT, de la FSU et de Solidaires ce jour-là, et d’appeler comme toujours militants et sympathisants du FdG à défiler avec leurs syndicats, et à s’opposer à l’ANI, comme ils l’avaient déjà fait le 9 avril 2013. Malheureusement, la division syndicale et le découragement des salariés ne permirent pas d’amorcer un vrai mouvement de lutte contre l’ANI. Nos forces étaient bien faibles, à l’image de celles des deux groupes parlementaires du FdG qui n’avaient aucune chance d’empêcher le gouvernement de faire passer cette loi antisociale.

Quant à la marche du 5 mai, elle avait le mérite de mobiliser sur un thème unitaire, celui de la 6ème république et du nécessaire assainissement de la vie politique après l’affaire Cahuzac. Loin d’être la « faute politique » qu’y voit Bernard Adrian, cette initiative permettait de renouer, après la division syndicale dont Mélenchon n’était en rien responsable, avec l’élan unitaire de la campagne présidentielle de l’année précédente. Bernard Adrian répète aussi les éléments de langage solfériniens sur les prétendus « relents populistes » du « coup de balai », oubliant que la même image du balai avait été utilisée auparavant aussi bien par Lénine que par la SFIO, voire par le très solférinien Moscovici lui-même. On notera avec amusement les majuscules de « NOS » députés et sénateurs par lesquelles le communiste Bernard Adrian veut nous rappeler que les élus FdG sont pour lui avant tout les élus de son parti à lui. Il montre bien ainsi qu’il n’a jamais accepté que le FdG soit autre chose qu’un gadget électoral du seul PCF.

Après l’ANI, il tente aussi de mettre sur le dos de Mélenchon l’échec du mouvement de défense des retraites à l’automne 2013 :

« Au second semestre 2013, le gouvernement Ayrault attaque à nouveau avec le passage aux 43 ans de cotisations. Une semaine avant l’ouverture du débat, celui qui avait été notre candidat à la présidentielle a taclé à la télévision nos députés en prétendant qu’ils votent n’importe comment et que chacun d’eux, au fond, ne représente que lui-même ! Hollande, Ayrault et Touraine ont eu toutes les raisons de se féliciter de cette sortie opportune (pour eux). »

Encore une falsification stalinienne de bas étage. Mélenchon avait à juste titre déploré que les députés et sénateurs du FdG ne soient en rien mandatés pour leurs votes par le FdG ni même par leur parti. C’est un point de vue. Il peut être contesté. Mais il est malhonnête de faire dire à Mélenchon que nos députés « votent n’importe comment ». Il est en outre parfaitement stupide de penser que l’expression de cette divergence sur l’autonomie de vote de nos groupes parlementaires ait pu nuire au débat qui était joué d’avance, dès lors que les élus de la majorité n’entraient pas massivement en dissidence sur ce texte. Et Nanard d’ajouter :

« Des millions de nos concitoyens ont pu constater que le Front de Gauche préférait polémiquer sur les alliances de premier tour aux municipales 2014 plutôt que de mener une large bataille contre les 43 ans de cotisation. Encore une fois, nos parlementaires ont fait un magnifique travail. Encore une fois, nous les avons laissé combattre seuls. Cet épisode pèsera très lourd dans notre crédibilité vis-à-vis des travailleurs. Quarante-trois ans de cotisation, il n’y a pas besoin d’expliquer : chacun comprend immédiatement. Nous avons préféré polémiquer sur des questions politiciennes plutôt que de mobiliser l’opinion en appuyant nos députés et sénateurs. »

Bernard Adrian ment encore en prétendant que nous aurions laissé les parlementaires du FdG combattre seuls. Mélenchon s’est battu avec le reste du FdG, aux côtés des syndicats, notamment en manifestant contre cette nouvelle contre-réforme des retraites. S’il faut trouver une raison à l’insuffisance de la mobilisation syndicale contre ce recul social, cherchons surtout du côté de la stupeur et du découragement : le puissant mouvement pour les retraites de 2010 (avec lequel nous avons inauguré ce blog) n’avait déjà pas réussi à enrayer la destruction de nos conquis sociaux, et l’élection de François Hollande, malgré l’absence singulière de mesure sociale dans son programme électoral, constituait en quelque sorte la revanche de ce mouvement ignoré par Sarkozy ; voir Hollande faire pire que Sarkozy un an après son élection avait de quoi démoraliser le corps social. Les querelles au sein du FdG à propos de la stratégie à adopter lors des municipales n’ont sans doute pas aidé à créer une dynamique unitaire, il est vrai, mais il est ridicule d’en imputer la responsabilité au seul PG. Ce n’est pas le PG qui a programmé un vote des militants sur les alliances de 1er tour si tard dans l’année, en plein mouvement social, et ce n’est pas le PG qui a choisi à ce moment-là si particulier de faire alliance dans certaines villes (dont la capitale) avec le parti qui était justement en train de saborder les retraites. On peut même penser que chaque décision antisociale et de droite de Hollande (TSCG, ANI, retraites, pacte de « responsabilité ») aurait dû pousser l’ensemble du FdG à former immédiatement une vraie opposition de gauche. Au lieu de quoi certains communistes s’obstinaient encore à parler de « changement de cap » et assimilaient le camarade Mélenchon à l’extrême-droite parce qu’il avait osé brandir un balai, lequel n’est pas, comme l’a expliqué Alexis Corbière, un symbole d’extrême-droite, contrairement à ce que laisse entendre Bernard Adrian, ici fidèle perroquet du storytelling solférinien.

Tous ces mensonges de Bernard Adrian visent en fait un ennemi : l’écosocialisme. Tout y passe, sans souci de cohérence, dans son texte inepte et sur sa page Facebook : l’écosocialisme serait réactionnaire, petit-bourgeois, trotskyste, gauchiste, ou n’aurait rien de différent du « socialisme » du PS ; l’écosocialisme serait aussi populiste, d’extrême-droite, antisocial, mystique, préférant les vers de terre aux humains et la bougie au nucléaire. Enfin bref, l’écosocialisme, c’est le mal absolu. J’en viens à me demander s’il ne donne pas aussi mauvaise haleine.

Feu donc sur les écosocialistes et sur le plus connu d’entre eux, Mélenchon, et sur son abominable parti qui a commis « le coup de force que constitue le vote par surprise et à 48% de la motion écosocialiste par le PGE ». Admirons la rhétorique stalinienne digne d’un autre âge. Nanard y développe la notion intéressante de « vote par surprise ». Les délégués du congrès du PGE se réunissent à Madrid, discutent, et votent un amendement écosocialiste : c’est un vote « par surprise ». Les mêmes réélisent, malgré cette fois l’opposition jusqu’au-boutiste du PG, le communiste Pierre Laurent à la tête du PGE : c’est un vote régulier. Un vote est donc un vote s’il satisfait les staliniens comme Nanard. Sinon, c’est un vote « par surprise ». Et Nanard prend soin de préciser qu’il a été obtenu à 48%, des fois que ses lecteurs se diraient que ça fait pas 50% et qu’il y a un truc louche là-dessous (ben oui, avec un vote « par surprise », on est méfiant). Sauf que ces 48% de « oui » constituent bien une majorité face aux 43% de « non ». Des fois, avec la démocratie, ça passe ric-rac, mais c’est comme ça, et une majorité relative reste une majorité. Nombre d’élus communistes ne s’en plaignent d’ailleurs pas, qui furent élus lors de triangulaires avec moins de 50% des voix.

Pas avare de calomnie, Bernard Adrian prétend aussi que des « composantes du FdG » (lire : les méchants écosocialistes) auraient encouragé l’abstention aux municipales. La vérité, c’est qu’ils ont appelé partout à constituer des listes autonomes du FdG au 1er tour et qu’ils ont fait campagne pour toutes les têtes de liste communistes. Ils n’ont pas donné de consigne de vote là où il n’y avait pas de liste FdG au 1er tour, et on peut comprendre que des électeurs aient préféré s’abstenir plutôt que de voter pour la droite, ou pour le PS qui mène une politique de droite. Au 2ème tour, c’est le plus souvent le PS qui a refusé toute idée de fusion technique, au risque de favoriser l’abstention des électeurs du FdG et de faire gagner la droite. Bref, Nanard ment comme un arracheur de dents lorsqu’il a le culot d’affirmer que :

« cette abstention à gauche n’est pas une surprise. Nous, communistes, avons contribué à en faire baisser le niveau. D’autres composantes du FdG l’ont encouragée plus ou moins ouvertement ».

Il n’est d’ailleurs pas démontré que le ralliement des communistes aux listes gouvernementales austéritaires ait contribué en quoi que ce soit à faire baisser l’abstention, notamment lorsque les électeurs de gauche n’avaient plus au 2ème tour (ou parfois dès le 1er tour ) la possibilité de voter pour une liste FdG autonome. Enfin, on peut se demander si Bernard Adrian a vraiment fait baisser l’abstention aux européennes en dénigrant fielleusement Gabriel Amard qui conduisait la liste du FdG pour laquelle Nanard était censé faire campagne.

Selon Bernard Adrian, l’écosocialisme serait un socialisme « très peu social dans le sens où il combat peu pour la promotion politique et économique des travailleurs ». Mais c’est bien sûr tout le contraire, ne serait-ce que parce que l’écosocialisme, non seulement défend tous les conquis sociaux, mais promeut tout particulièrement les coopératives ouvrières et l’économie sociale et solidaire. Il se gausse aussi de la motion écosocialiste du PGE qui proclame : “nous devons parvenir à un compromis nouveau et original entre les classes de travail et les préoccupations pour la planète” et fait mine de croire (ou peut-être le croit-il vraiment, ce qui est encore plus inquiétant) que la planète ainsi évoquée serait pour les écosocialistes une « entité supérieure ». Quand on connaît le côté irréductiblement laïcard du PG (d’ailleurs décrié par certains camarades d’Ensemble), cette idée saugrenue paraît d’un ridicule achevé. On passe un compromis avec la planète comme on passe un compromis avec notre propre corps, par exemple en évitant d’ingérer tel champignon vénéneux quand bien même on l’aurait trouvé appétissant (cela ne signifie pas qu’on se met à négocier avec le champignon comme s’il était doué de raison !). Le compromis avec la planète (ou avec la nature, « corps inorganique de l’homme », pour reprendre l’expression de Marx), ce n’est rien d’autre que la prise en compte des conditions de la survie de l’humanité, et donc la rupture avec le productivisme aveugle du capitalisme (mais aussi de l’ancien modèle soviétique) qui détruit notre écosystème.

Avec une mauvaise foi à faire pâlir de jalousie le plus roué des Jésuites, Bernard Adrian assimile la « frugalité » ou la « simplicité volontaire » évoquées par les anti-productivistes à l’appauvrissement dont souffre « la grande majorité des travailleurs ». En réalité, la critique de la surconsommation ne consiste évidemment pas à demander aux pauvres de se restreindre encore davantage. L’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs est même un moyen de leur permettre de se procurer des denrées issues de circuits courts, produites dans des conditions sociales et écologiques satisfaisantes, alors qu’elles sont bien souvent aujourd’hui accessibles uniquement aux classes aisées.

Pour calomnier l’écosocialisme, Bernard Adrian n’hésite pas non plus à déformer le scenario Negawatt, en faisant croire qu’il s’agit ni plus ni moins que de remplacer les centrales nucléaires par des hydroliennes (la réalité est évidemment légèrement plus complexe), ou de « diviser par deux la consommation de viande et de lait en France ». On voit d’ici le tableau : à cause de ces salauds d’écosocialistes, les prolétaires devraient se priver de viande et de lait ! Sauf que Bernard Adrian se rend ici coupable d’une de ces falsifications grossières dont il a le secret. La lecture non tronquée du paragraphe du scénario Negawatt  sur ce sujet montre en effet à quel point Nanard se fout de la gueule du monde :

« L’analyse s’appuie ici sur le scénario Afterres 2050 qui applique la même démarche de sobriété et d’efficacité à toutes les étapes de la chaîne agricole : maîtrise des besoins, réduction des pertes et des gaspillages, recyclage des déchets organiques, etc. Ce scénario est notamment centré sur une évolution de l’alimentation visant un meilleur équilibre nutritionnel et une réduction des surconsommations actuelles de glucides (sucres), de lipides (graisses) et de protéines animales. Le régime alimentaire de 2050 comprend ainsi environ moitié moins de viande qu’aujourd’hui, et aussi moins de lait. Il contient en revanche une part accrue de fruits, de légumes et de céréales.

Ce rééquilibrage a un effet bénéfique aussi sur l’énergie et les surfaces disponibles : l’élevage consomme bien plus de surface et d’énergie que les productions végétales, et nous avons atteint un niveau de consommation de viande qui n’est pas soutenable à l’échelle de la planète. »

Ainsi, il ne s’agit pas d’affamer le populo en le privant de son steak et de son fromage favoris, mais de réduire la surconsommation de lipides, de glucides et de protéines animales (causes, rappelons-le, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de cancers) pour rééquilibrer l’alimentation, avec un effet bénéfique sur la santé mais aussi sur la consommation d’énergie. Mais Nanard, quand on le lui explique au détour d’un commentaire sur Facebook, il répond juste qu’il veut pas que ces salauds d’écosocialistes lui disent quoi bouffer. Derrière la posture communiste du stalinien pur et dur, l’individualisme petit-bourgeois qui ne supporte pas que la collectivité lui impose quoi que ce soit. Le niveau actuel de consommation de viande n’est pas soutenable à l’échelle de la planète ? Nanard s’en fout. Il veut sa bidoche et crever de son mauvais cholestérol tandis que les gueux des pays du sud s’entretuent pour un grain de riz et renoncent à élever leurs poulets pas compétitifs par rapport aux poulets européens élevés en batterie (en attendant les poulets lavés au chlore made in USA).

« Bref, l’écosocialisme n’a évidemment pas grand chose à voir avec le PCF, ni avec le Front-de-Gauche, ni avec le programme “L’Humain d’abord” » assène encore notre Nanard nucléaire, oubliant que ce programme comporte tout un chapitre sur la planification écologique, et que le chapitre intitulé « produire autrement » promet « un plan de transition écologique de l’agriculture en vue de faire de l’agriculture française un modèle d’agriculture de qualité, sans OGM, largement autonome en ressources non renouvelables, relocalisée, participant à la santé publique des consommateurs et contibuant à la lutte contre le réchauffement climatique ». Autant dire que le programme “L’Humain d’abord” a beaucoup à voir avec le scénario Afterres 2050 et avec l’écosocialisme tant décrié par Bernard Adrian. Bref, ce qui n’a pas grand chose à voir avec le PCF, le FdG et son programme, c’est plutôt le productivisme individualiste de Nanard.

Peut-être conscient au fond de lui de la faiblesse de son argumentaire anti-écosocialiste, Bernard Adrian entretient son prurit anti-mélenchonien en faisant référence à une actualité brûlante : l’adoption de la CSG et d’une loi “sur la prévention des licenciements”… par le gouvernement Rocard (oui, c’était il y a un quart de siècle). Le jeune sénateur Mélenchon aurait alors manqué de pugnacité contre ces reculs sociaux, contrairement aux glorieux parlementaires communistes. Et donc ? Donc Mélenchon a bien tort de s’opposer aujourd’hui au PS et l’écosocialisme est réactionnaire. Comment ? Vous ne voyez pas le lien ? Ben disons que Nanard, c’est pas vraiment Descartes. Il a oublié qu’avant « ergo sum« , il y a « cogito« . Alors forcément, il y a des trous dans son raisonnement (si on peut appeler ça comme ça).

Après une séquence nostalgie sur le PCF à l’époque de l’URSS, Bernard Adrian revient enfin à son obsession favorite :

« Les écosocialistes et les sociaux-démocrates ont en commun de diluer la lutte des classes dans les questions environnementales pour les premiers, dans les questions sociétales pour les seconds. Ne semons pas d’illusions en laissant croire que les premiers seraient décidément d’une autre “nature politique” que les seconds. Il est possible que l’écosocialisme ne soit en fait qu’un canot de sauvetage de la social-démocratie. »

Aussi lucide que Staline lorsqu’il décapita son armée à la veille de la seconde guerre mondiale, Nanard se fourre encore la sainte moustache du petit père des peuples dans l’oeil : non, la différence n’est pas « très minime » entre sociaux-démocrates et écosocialistes ; les solfériniens (qui ne sont même plus sociaux-démocrates, en réalité) n’ont plus rien à diluer dans le sociétal puisqu’ils ont totalement abandonné la lutte des classes (« je n’y ai jamais cru » avouait Cahuzac avant sa chute), le sociétal étant lui-même bien léger si l’on considère la capitulation en rase campagne du gouvernement Valls sur la PMA ; quant aux écosocialistes, ils ne diluent en rien la lutte des classes dans les questions environnementales puisqu’ils font du combat écologiste un combat contre le capitalisme prédateur et de l’émancipation des travailleurs un outil de la planification écologique.

Le PCF a bien souvent passé des alliances de circonstance avec le PS, ce qui n’empêchait pas les antagonismes. Avec le PG, il a créé le Front de Gauche : ce n’est pas tout à fait de même nature, et malgré les difficultés rencontrées à l’occasion des municipales 2014, les militants des deux organisations, des autres composantes ainsi que les non-encartés du FdG sont des camarades unis par un même but : la conquête du pouvoir pour mettre en oeuvre la révolution citoyenne et le programme « l’humain d’abord ». Cela ne gomme pas les divergences, et c’est bien le droit de Bernard Adrian de défendre ce qu’il croit être les intérêts de l’appareil communiste. Mais en usant de mensonges, d’amalgames et de calomnies pour nuire à des camarades (et ce même pendant une campagne unitaire), il ne fait qu’attiser la discorde, pousser à la désunion, semer la zizanie. Pourquoi s’en alarmer ? Après tout, ce pitre d’un autre âge ne représente que lui-même, et certainement pas les communistes dans leur ensemble. Pourtant, André Chassaigne, président du groupe FdG à l’Assemblée nationale, ne rate pas une occasion de critiquer publiquement les initiatives de Mélenchon et de contester l’idée d’opposition de gauche portée par le PG. D’autres responsables du PCF ont publié également des tribunes allant dans le même sens, et il est à craindre que la décomposition révélée par les élections européennes ne touche également le FdG, déjà affaibli depuis plusieurs mois par des forces centrifuges (l’hystérie anticommuniste des uns n’étant il est vrai pas en reste face aux poussées de fièvre antimélenchonienne des autres). A ce titre le discours grotesque et malhonnête du plus con des staliniens pronucléaires de France est un symptôme inquiétant d’un mal réel. Plus que jamais, il nous faut faire de la politique autrement : communistes, écosocialistes ou simplement militants de gauche, nous devons faire vivre malgré les divergences inévitables et les logiques d’appareil la camaraderie et la loyauté que se doivent des compagnons de résistance et de lutte.

Le programme du Front de gauche à Pantin

La liste « Pantin à gauche, l’humain d’abord !« , constituée par des membres du PG et du PCF, mais aussi par des citoyens engagés sympathisants du Front de Gauche, a élaboré un programme municipal intégrant des remarques et propositions recueillies auprès des Pantinois lors des réunions publiques, des tractages et des porte-à-porte.

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Lettre ouverte à Stéphane Guillon

Monsieur Guillon,

Ayant banni de chez moi la télévision il y a déjà pas mal d’années, je n’ai pas eu l’occasion de suivre votre carrière en détails. Je me souviens avoir vu à la fin des années 2000 sur internet des extraits de certaines de vos prestations télévisées durant lesquelles vous faisiez preuve d’un humour plutôt vachard (et un peu phallocrate, il me semble) contre des personnalités du monde du spectacle qui m’étaient souvent inconnues mais dont je soupçonnais que, du fait même de leur insignifiance sur les plans esthétique, artistique ou idéologique, elles ne méritaient peut-être pas tant de hargne. Puis je vous ai entendu quelques fois sur France Inter, et vos chroniques qui devenaient de plus en plus politiques et incisives, égayèrent mes matinées en ces tristes temps sarkozystes… Jusqu’à ce que Jean-Luc Hees et Philippe Val vous jetassent dehors, ainsi que votre collègue Didier Porte, pour complaire à Nicolas Sarkozy. Je me souviens que lors de cette très politique éviction vous reçûtes d’ailleurs le soutien appuyé d’un certain Jean-Luc Mélenchon.

Oubliant mes premières préventions à votre encontre, j’allai ensuite assister à l’un de vos spectacles et passai un bon moment.

C’est donc avec étonnement et déception que je découvre l’article que vous avez publié dans l’ex-Libération le 6 décembre 2013, sous le titre : « Mélenchon… La grande illusion ! » Bien sûr, en tant que partisan de Gauche, je ne suis pas le meilleur client qui soit pour les attaques contre le co-président de mon parti. Mais je suis plutôt adepte de la satire et plus familier de la devise « ni dieu ni maître » que du culte de la personnalité. Autrement dit, partager les idées de Mélenchon ne m’interdit pas de goûter éventuellement la critique ou la moquerie contre lui. Et j’aurais pu rire de bon coeur à vos saillies si vous aviez visé juste. Au contraire, votre article m’a déçu par son évidente malhonnêteté (par égard pour vous, j’écarte l’hypothèse de la simple bêtise). Voyons les faits.

Vous reprochez d’abord à Jean-Luc Mélenchon « d’avoir bidouillé son intervention au journal télévisé » du 1er décembre 2013. En effet, selon vous :

“Alors qu’il nous avait promis « la foule des grands jours » pour sa marche en faveur d’une révolution fiscale, le chef du Front de gauche se trouvait quasiment seul, avenue des Gobelins, quelques minutes avant son direct sur TF1. Branle-bas de combat, panique à bord, il a fallu trouver à la hâte une vingtaine de militants afin que le vieux leader paraisse entouré. Pour que l’illusion soit parfaite, TF1, complice de cette mascarade, avait filmé Jean-Luc en plan serré et Claire Chazal, toujours bienveillante, déclarait : « On aperçoit derrière vous des drapeaux et des gens qui se massent. » La grande illusion. (…)

Oui, mais manque de bol, un journaliste d’Euronews habitant dans l’immeuble d’en face immortalisa la scène en la photographiant : devant la caméra, un Jean-Luc Mélenchon, seul, perdu au milieu de l’avenue des Gobelins, avec en arrière plan, tel un décor de carton-pâte, un dernier carré de supporteurs fidèles… cliché dévastateur !”

A partir de là, vous soutenez que Mélenchon a voulu « sauver à tout prix les apparences, déguiser la vérité » pour masquer l’échec (selon vous) de la manifestation à laquelle il avait appelé ce jour-là. Le problème, c’est que le jour où vous publiâtes votre article, il était déjà notoire que la fameuse photographie sur laquelle vous appuyez votre théorie avait été prise avant la manif, avant donc que les manifestants n’affluassent. Mélenchon était « seul » (hormis le petit groupe de militants massés derrière lui) tout simplement parce qu’il venait de déjeuner et que la manif n’était pas commencée !  Oui, JLM ne va pas casser la croûte avec des milliers de manifestants (« quel snob ! » auriez-vous pu dire, et ça m’aurait fait marrer) ; il paraît même qu’il lui arrive aussi de dormir ou de faire sa toilette sans être entouré d’une foule compacte, et je vous imagine déjà clamant devant une porte de WC, tel le pitre Cahuzac que vous semblez chercher à égaler : « vous êtes un homme seul, Monsieur Mélenchon ! » C’est malheureux, tout de même : j’en suis réduit à faire moi-même les vannes qui manquent à votre texte.

Mélenchon seul
Mélenchon seul et sans bidouille avant la manif

Mais reprenons. Ne vous en déplaise, JLM ne pouvait pas « bidouiller » avec la complicité de TF1 pour masquer le prétendu échec d’une manifestation qui n’avait pas encore eu lieu. C’est d’ailleurs le PG et Mélenchon, et non un reporter de balcon, qui ont publié en premier sur Twitter une photo qui, contrairement au cadrage de TF1, ne laisse pas l’ombre d’un doute : on y voit clairement que le petit groupe de militants qui est derrière JLM n’est pas le gros de la manifestation mais bien un simple avant-poste qui ne remplit évidemment pas l’avenue. Ces militants n’ont donc pas été réunis « à la hâte » pour parfaire une « illusion » mais sont juste venus faire nombre derrière l’interviewé, comme Mélenchon s’en expliquait sur son blog trois jours avant que vous ne publiassiez votre article. Ou bien vous l’ignoriez, et c’est fâcheux (renseignez-vous un peu avant d’écrire n’importe quoi, même dans un torchon comme l’ex-Libé), ou bien vous le saviez, et c’est malhonnête. On peut déplorer (je le déplore) que le spectacle médiatique impose des mises en scène, mais à moins d’être complètement demeuré, vous ne pouvez attendre d’un responsable politique aussi aguerri que Mélenchon qu’il se laisse interviewer avec deux clodos devant une pissottière graffitée pour donner envie au télé-spectateur de rejoindre la manif qui se prépare. Le spectacle télévisuel exige du décor et du pittoresque. Sinon, les chaînes de télé n’iraient pas se faire chier par exemple à envoyer un journaleux devant la Maison Blanche pour commenter des élections américaines qui peuvent parfaitement être analysées en studio depuis Paris. Ou bien on refuse toute interview télévisée (c’était la position très cohérente de penseurs comme Bourdieu ou Debord, mais c’est impossible à tenir pour un mouvement comme le Front de Gauche qui aspire à conquérir le pouvoir par les urnes), ou bien on en accepte les contraintes les moins compromettantes, et dès lors, autant choisir la couleur du décor (rouge et verte en ce qui nous concerne, et avec de l’humain d’abord). Je vous conseille à ce sujet la lecture d’un article d’Henri Maler et François Neveux (sur Acrimed), qui réussit ce que vous n’avez pas su faire dans le vôtre : être à la fois critique, intelligent, honnête et même parfois drôle. Si vous êtes paresseux, j’en retiendrai pour vous ces extraits édifiants :

“Les conditions de fabrication, souvent lamentables, d’un journal de télévision imposent fréquemment de composer sciemment des images, ne serait-ce que quand il est demandé à un témoin d’agir devant la caméra « comme il le fait d’habitude ». Ceux qui s’indignent de cette mise en image – qui aurait pu connaître le même destin que les autres, c’est-à-dire passer inaperçue – ne peuvent pas ignorer, du moins l’espère-t-on, que presque tout ce qu’ils voient dans les émissions d’information a aussi fait l’objet d’une construction, plus ou moins volontaire ou habile qui vise à esthétiser ou recréer la réalité. Faute de moyens, la nécessité de produire des images au jour le jour, parfois en direct, impose aux journalistes, qui font fréquemment de nécessité vertu, de forcer les faits à se produire sous leurs yeux, sans pouvoir attendre qu’ils se produisent par eux-mêmes. Pour ne rien dire du fait que tout acteur ou témoin, en présence d’une caméra, cesse d’être lui-même et modifie son comportement pour se présenter sous tel ou tel jour… (…)

Dure leçon de chose. Acrimed n’a cessé de mettre en garde les contestataires (sans leur prescrire la « bonne solution ») contre les risques de la personnalisation et de la médiatisation à tous prix. Que les collectifs doivent être incarnés par des porte-paroles va de soi. Mais pas au point de laisser les médias construire des personnages médiatiques qui échappent aux collectifs : il en fut ainsi avec Georges Marchais ou plus récemment avec José Bové (le « gaulois destructeur de Mac Do ») ou Olivier Besancenot (le « facteur de Neuilly qui roule à bicyclette »). Que des contestataires veillent sur les conditions de leur médiatisation, rien de plus normal. Mais quand le souci d’obtenir de belles images militantes fait fi de toute réserve, c’est la crédibilité de la critique de la construction médiatique de l’information qui en pâtit.”

Pour ma part, je souhaite que le Front de Gauche et son principal porte-parole méditent ces lignes. Mais je sais aussi à quel point il est nécessaire pour nous de contrer sans cesse l’image de nous que donne à voir le système médiatique (cette image qu’hélas vous reprenez à votre compte). Mon camarade de l’OPIAM a d’ailleurs bien montré à quel point les médiacrates et les solfériniens s’efforcent (tout comme les antisémites soraliens ou les lepénistes patentés) d’exploiter à l’infini les images les plus repoussantes possibles d’un Mélenchon qui leur fait horreur. Car le storytelling à succès de la dédiabolisation de Marine Lepen va de pair avec la diabolisation, y compris visuelle, de Mélenchon et du Front de Gauche. Vous y contribuez vous-même, hélas, monsieur Guillon, par votre article malhonnête et l’écume qu’il suscite. Par exemple, sur Twitter, vous répondez aux militants du Front de Gauche qui n’ont pas apprécié votre malhonnêteté qu’ils ont « autant d’humour que ceux du FN », et un dénommé Jean-Daniel Flaysakier (comique troupier qui se présente comme « journaliste professionnel et médecin aussi » — ne lui manquait plus que le titre de ministre du budget !) de surenchérir en vous répondant « plus que certains ! pas loin de la majorité » puis « c’est plus facile de desaliniser que de déstaliniser ». Cela doit être de l’humour de droite, je suppose.

Le procédé nous est désormais familier : « Mélenchon = Staline, Front de Gauche = FN, pasque les esstrêmes se rejoignent, ma bonne dame ! Tous des populiss ! » Encore échappe-t-on pour cette fois à Hitler, Pol-Pot ou la Corée du Nord. Mais vous vous laissez tout de même aller à comparer JLM à « Dieudonné, cet ancien humoriste, aujourd’hui révisionniste, abonné désormais aux jeux de mots nauséabonds » et à évoquer les « anciens camarades » qui parlent « de vocabulaire des années 30, de relents antisémites », recopiant ainsi les lamentables calomnies solfériniennes, et vous gardant bien de mentionner plutôt d’autres « anciens camarades » qui ont, eux, tels Julien Dray, l’honnêteté de reconnaître que « traiter Mélenchon d’antisémite, c’est imbécile et ça tue le débat nécessaire« . Je renvoie encore une fois à la lecture de l’OPIAM pour une recension plus approfondie des crachats et vomis dont vos employeurs, monsieur Guillon, nous couvrent habituellement. Les chaînes Canal + et iTélé n’ont de leur côté pas hésité à diffuser des images bidonnées d’une autre manifestation plus clairsemée datant de la veille (sans que vous vous émussiez d’ailleurs de cette « illusion »-là) pour accréditer le mensonge solférinien d’un échec de la manif du 1er décembre. Je vous l’accorde : c’est sans doute le signe du succès mitigé de cette marche, car si cette manif avait réuni des centaines de milliers de personnes, les chaînes de télé auraient plutôt ressorti des images de la Wehrmacht défilant sur les Champs-Elysées en 40 ou des chars soviétiques à Prague en 68. Décidément, contrairement à ce que vous affirmez, il n’y a pas grand mal à agiter quelques drapeaux derrière Méluche interviewé par Claire Chazal et à ne pas perdre du temps à la détromper lorsqu’elle croit que c’est la manif qu’elle aperçoit au fond (après tout, depuis combien de temps n’a-t-elle pas vu une manif de près ? Faut comprendre, elle n’est que femme-tronc, pas reporter de balcon).

Mais parlons encore un peu « bidouille », puisque vous êtes amateur. Le reporter de balcon qui a « révélé » que Mélenchon était « seul » (avant que des milliers de personnes ne remplissent la rue) travaillait selon vous pour Euronews. Pas de bol, c’est faux. Stefan de Vries (peut-être passé de son balcon à son salon) a même pris la peine de vous signaler lui-même votre erreur dans les commentaires de votre article en ligne. Ce n’est pas la plus grosse de vos erreurs, mais reconnaissez que ça la fout un peu mal, pour un mec qui prétend dénoncer une bidouille. Plus grave : vous laissez entendre que la scène filmée par TF1 « complice » de Mélenchon vise à masquer le fait que celui-ci est « quasiment seul » alors qu’il avait « promis la foule des grands jours ». Tout d’abord, Méluche n’est pas un monsieur météo de la mobilisation, et il n’a pas le pouvoir de faire pleuvoir les foules ni même de les prédire. Il n’avait rien « promis », malgré les relances stupides des journalistes qui lui demandaient des chiffres, mais avait espéré (c’est bien légitime) une forte mobilisation, reconnaissant tout de même la veille sur Canal + (la chaîne des truqueurs) qu’il avait un « petit trac ». Ensuite, la photo du reporter de balcon, qui n’a d’abord que très peu été « retweetée » lorsque son auteur l’a publiée sur Twitter, n’a commencé à faire le buzz que lorsqu’elle a été reprise par l’extrême-droite et les complotistes qui sévissent sur internet (voir encore les explications de JLM sur son blog). C’est donc la propagande fasciste de caniveau que vous relayez à votre tour ! Car quoi que vous pensiez de la mise en scène de TF1, l’avenue vide au moment de l’interview a bel et bien été remplie après celle-ci par une foule nombreuse. En comparant JLM à « Sarkozy convoquant des figurants habillés en ouvrier lors de la visite d’un chantier », vous accréditez, comme les fachos et les conspirationnistes, l’idée qu’il n’y aurait pas eu de manifestants du tout, à part 20 « figurants ». Or, non seulement ceux qu’on voit derrière JLM lors de l’interview sont de vrais manifestants du PG, et non des figurants, mais ils ont bel et bien été ensuite des milliers dans la rue à former « la foule des grands jours », si ce n’est la foule des très grands jours.

Nous en venons à la question du chiffrage. Combien étaient-ils finalement, ces manifestants ? Vous avez une idée très précise, et indubitablement erronée, sur la question :

« Comment un homme qui, il y a deux ans, rassemblait 120 000 personnes, peine-t-il aujourd’hui à en réunir 7 000 ? »

manif du 1er décembre
7000 manifestants ? Soyons sérieux !

Il aurait pu vous venir à l’esprit qu’en pleine démoralisation due à la politique austéritaire de Hollande, après l’épisode difficile pour le Front de Gauche des divisions parisiennes orchestrées de main de maître par les Solfériniens, la mobilisation de ce froid dimanche de décembre, sans être aussi spectaculaire bien sûr que celle de la campagne présidentielle d’un printemps 2012 encore plein d’espoirs, était tout de même une sacrée putain de prouesse. Notons que vous admettez les chiffres de 120000 donnés par JLM « il y a deux ans », mais que vous ne reprenez pas les 100000 annoncés cette fois-ci. Mais pourquoi croire le Méluche de mars 2012 et pas celui de décembre 2013 ? Vous préférez prendre pour argent comptant le nombre ridicule et impossible de 7000 annoncé par Valls alors que la préfecture avait déclaré qu’elle ne donnerait pas de chiffres. Pourquoi ? Comme le relate Acrimed, le nombre de 100000 peut être contesté (puisqu’on sait d’avance, depuis la dernière marche pour la VIe République, que Valls annoncera n’importe quoi, il est tentant de charger la mule dans l’autre sens) mais les observateurs les plus sérieux ont tous parlé de dizaines de milliers de manifestants, c’est-à-dire davantage que les Benêts Rouges de Bretagne la veille. A ce titre, un des objectifs de cette manif a bien été rempli. En professionnel de la comédie, vous goûterez peut-être, monsieur Guillon, ce commentaire de François Delapierre qui m’a fait bien rire (dans A Gauche n°1371) :

“J’invite ceux qui chipotent sur les 100000 marcheurs du 1er décembre à organiser une manifestation en faveur de la politique fiscale du gouvernement. Qu’ils mettent sur leur banderole les slogans de Hollande : « le travail coûte trop cher », « 20 milliards pour le patronat, ça créera des emplois », « une seule solution, la compétitivité » ou un slogan plus direct, « cajolons les actionnaires, pas les salaires. » Nous comparerons ensuite les cortèges.”

Avouez que c’est tout de même plus drôle et plus mordant que la propagande solférienne que vous nous infligez dans l’ex-Libé, non ? Il faut dire que cette propagande, peu réputée pour ses effets comiques volontaires, vous la recopiez décidément avec un zèle de bon bourrin bien dressé et sans la moindre distance ironique. Vous dressez ainsi une liste entièrement falsifiée de « provocations » de Mélenchon :

  • « Cuba n’est pas une dictature« , aurait-il dit. Oui, mais vous tronquez ses propos, oubliant de mentionner que dans la même interview sur France Inter le 5 janvier 2011 (voir l’extrait vidéo sur Arrêt sur images), il avait aussi affirmé : « ce n’est pas une démocratie comme nous l’entendons« , avant de préciser que s’il défendait l’expérience socialiste cubaine dans le contexte latino-américain, il n’était évidemment pas question de prôner un tel modèle pour la France. C’est un point de vue contestable, si vous voulez, mais bien plus nuancé que vous ne le laissez paraître, tout occupé que vous êtes à faire endosser à Mélenchon le costume de dictateur stalinien que veulent lui tailler la droite décomplexée (UMP, UDI…) et la droite complexée (PS).
  • « Pierre Moscovici ne pense pas français mais finance internationale » est une citation elle aussi tronquée et falsifiée, celle utilisée par les médiacrates (Quatremer, Aphatie…) et les solfériniens (Désir, Attali…) pour porter une stupide autant qu’ignoble accusation d’antisémitisme contre JLM. En tant que commentateur de l’actualité, et puisque vous avez fait l’effort de recenser les phrases de Mélenchon ayant suscité des polémiques ces derniers mois, vous ne pouvez ignorer que cette citation est fausse, comme l’a révélé aussitôt Michel Soudais dans l’hebdomadaire Politis le 24 mars 2013. Ce qu’a réellement dit JLM à propos de Moscovici (qui venait d’accepter que la troïka raquette la pauvre population chypriote), c’est : « Donc il se met dans leurs mains. Donc c’est un comportement irresponsable. Ou plus exactement c’est un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. » Comme l’explique Michel Soudais, « ce que reproche Mélenchon à Pierre Moscovici ce sont bien ses actes politiques, dans le cadre de ses fonctions. Pas autre chose. Et si le PS entend autre chose, c’est évidemment pour des raisons inavouables. »
  • « Le Petit Journal est la vermine du FN » semble être pour vous une phrase infâmante. N’ayant jamais vu cette émission, je veux bien cette fois me fier à votre jugement et convenir qu’en disant cela, JLM ait pu être vraiment trop trop méchant avec de braves journalistes consciencieux. Mais il m’est arrivé de lire des choses pas jolies jolies sur les turpitudes du Petit Journal. J’aurais donc tendance à faire plutôt confiance à mon camarade Antoine Léaument lorsqu’il démonte minutieusement la façon dont cette émission participe à la diabolisation médiatique de Mélenchon, pendant de la dédiabolisation de Marine Le Pen.
  • « Les Normands sont des alcooliques et des Français arriérés« , voilà encore une phrase provocatrice, selon vous. Je note en passant que vous avez les mêmes indignations que le site d’extrême-droite Riposte Laïque. Là encore, vous sortez avec malveillance une phrase de son contexte et la déformez. C’est en effet lors d’un entretien de février 2013 avec une radio marocaine au sujet de son enfance à Tanger que JLM a raconté qu’il avait été « horrifié », enfant venant d’une grande ville multiculturelle d’Afrique du Nord, de découvrir en arrivant en Normandie une population «d’alcooliques et d’arriérés». «La France des campagnes était extraordinairement arriérée par rapport au Maroc des villes», précisait-il. JLM parlait donc du déracinement d’un jeune pied-noir urbain transplanté brutalement dans la France rurale du début des années 60. Quel choc pour un gosse de 11 ans venant d’un pays musulman de découvrir les ravages massifs de l’alcool ! Il faut vraiment être con ou malhonnête (en ce qui vous concerne, je le répète, je penche pour la seconde hypothèse) pour voir dans ce témoignage du mépris pour les Français d’aujourd’hui et pour nier que l’alcoolisme ait pu être un sacré problème dans la France des années 60.
  • “Le vieux cabot de la politique, dites-vous, ne supporte pas la relève. Ainsi les Bretons qui lui ont volé sa révolution sont «des esclaves manifestant pour les droits de leur maître».”  Encore une falsification grossière, non pas du discours de JLM, cette fois, mais de la situation politique. Non, le mouvement des Benêts Rouges ne représente pas « les Bretons ». Il y a aussi des salariés bretons qui ne défilent pas derrière leurs patrons mais plutôt contre eux. Il y a aussi des Bretons qui ne défendent pas l’agriculture productiviste polluante, qui ne suivent pas le Medef, le FN, les Identitaires et les Régionalistes. Et non, monsieur Guillon, les Bretons qui s’y sont laissés prendre ne représentent pas « la relève » de la révolution citoyenne et écologique que 4 millions d’électeurs ont appelé de leurs voeux en 2012. Si on laisse aux « nigauds » le terrain de la gronde fiscale populaire, il y a au contraire un sérieux risque de contre-révolution, voire de réaction de type fascisant. Métaphoriquement parlant, sommes-nous en 1788 ou en 1940 ? C’est là tout l’enjeu pour qui, comme JLM, a quelque connaissance des moteurs de l’histoire.
Guillon en Porsche
Le pourfendeur de la classe affaire préfère Porsche.

Votre papier, décidément fort peu satirique, mais tout à fait propagandiste, sombre aussi dans le poujadisme de bas-étage en évoquant la marotte de l’extrême-droite : les indemnités de député européen de Mélenchon (« exonérés de CSG et de CRDS », tenez-vous même à préciser, vous qu’on a vu bien moins soucieux d’exactitude par ailleurs). Vous abaissant au niveau du premier trolleur soralien venu, vous faites mine d’avoir été surpris que JLM puisse s’offrir la classe affaire en avion (au point qu’il vous ait fallu aller vérifier sa déclaration de patrimoine) alors qu’il a toujours dit que ses revenus d’élu faisaient de lui un privilégié, nonobstant le fait qu’il reverse une grande partie de ses revenus à son parti (ce que vous oubliez bien sûr de mentionner). Alors qu’on trouve sur le premier moteur de recherche venu des photos de vous au volant de votre Porsche, vous vous indignez que « le porte-parole des oubliés, des laissés pour compte », passé l’âge de 60 ans, opte, puisqu’il en a les moyens, pour un peu de confort lorsqu’il part défendre justement la cause des oubliés et des laissés pour compte à l’autre bout du monde. Peut-être vous siérait-il davantage qu’il allât à la rame nouer contact avec les gauches latino-américaines dont vos amis solfériniens disent tant de mal depuis leur salon après n’en avoir vu que ce que montre la propagande nord-américaine ?

Malgré vos propos sur Twitter contre les militants du Front de Gauche, votre malhonnêteté ne peut s’abriter derrière l’excuse de l’humour, car en paraphrasant laborieuseusement dans votre article les éléments de langage et les mensonges de la rue de Solférino, vous ne vous êtes même pas laissé l’espace de quelques bons mots. Vous pourriez au contraire assumer d’être sorti de votre rôle d’humoriste et de vous être exprimé en tant que citoyen engagé. Ce serait plus honnête. Car vous avez parfaitement le droit d’adhérer au projet austéritaire du gouvernement actuel et du parti qui le soutient, et vous avez parfaitement le droit de combattre politiquement les positions de Jean-Luc Mélenchon. Il ne vous serait d’ailleurs pas interdit non plus d’essayer de le faire avec drôlerie, mais je dois reconnaître que c’est sans doute très difficile. Même François Hollande, réputé pour son humour, ne s’y essaie même plus en public.

N’allez surtout pas croire, monsieur Guillon, que cette lettre ouverte émane d’un des ces militants (il y en a, hélas, même dans mon parti) qui ne supportent pas qu’on déboulonne leur leader maximo. Daniel Schneidermann, dans le même ex-journal que vous, a aussi écrit des choses assez dures sur Mélenchon et la manif du 1er décembre. Je ne partage pas du tout son analyse psychologisante du comportement de Mélenchon sur les plateaux télé, ni de la façon dont s’est retrouvée éclipsée la question de l’injuste augmentation de la TVA (que nous n’avons pas fini de combattre), mais je n’irai pas pour autant lui écrire une lettre ouverte vindicative, car contrairement à vous, il ne verse pas dans la falsification et dans la propagande déguisée. J’ai même envie de conclure en le citant, car un passage de son texte me semble faire mouche et devoir nous inciter, nous militants du Front de Gauche, à réflexion :

“Pendant ce temps, ce dont on ne parle plus, c’est la scandaleuse hausse de la TVA qui va frapper les pauvres, ceux qui ne peuvent pas protester, ne sont même pas venus à la manif de Mélenchon parce qu’ils n’en ont pas l’idée, parce que c’est Paris, parce que c’est loin, parce que même Mélenchon quand il passe à la télé, ce n’est plus pour parler de la TVA, c’est pour répondre à Trapenard et à Aphatie qui lui balancent des fausses images, c’est pour jouer avec eux, jouer à un jeu cruel et incompréhensible, jeu mortel où il a tout à perdre et si peu à gagner, mais jouer avec eux, vivre avec eux, les retrouver matin, midi et soir, de micro en micro, accepter ce destin d’être le repoussoir fétiche du pays enchanté, leur doudou râleur, un peu rugueux, mais qui se laisse tout de même caresser à la fin, et reviendra demain.”

S’il est vrai que Mélenchon gagnerait à passer moins de temps avec les Trapenard et Aphatie, je me dis qu’après vous avoir écrit cette longue lettre, je devrais peut-être passer moins de temps avec vous, Stéphane Guillon. C’est pourquoi j’éviterai sans doute à l’avenir d’aller à vos spectacles ou de lire vos articles. Bon vroum-vroum et la bise à Harlem.

Le jeu populiste de l’automne

A la question : « vous diriez à nouveau qu’il y a aujourd’hui en France une minorité seulement de familles Roms qui ont un projet de vie, qui veulent s’intégrer en France ? », un populiste célèbre a répondu :

« Oui, il faut dire la vérité aux Français. Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres, et qui sont évidemment en confrontation, il faut tenir compte de cela, cela veut bien dire que les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie. »

Qui cela peut-il être ?

— Adolf Hitler

— Slobodan Milosevic

— Gilles Bourdouleix

— Marine Lepen

— Nicolas Sarkozy

— Manuel Valls

Les gagnants de notre grand-jeu concours recevront un aller-simple pour Bucarest en caravane.

Vivent les PTT !

Suite à une attaque de SPAM, l’hébergeur Free a supprimé tous les commentaires de ce blog sans autre forme de procès. Précisons que les mesures anti-SPAM y sont peu efficaces précisément à cause du fonctionnement bridé des serveurs de Free, le sémillant Xavier Niel préférant sans doute investir dans la téléphonie mobile plutôt que dans l’hébergement de pages web.

Depuis la privatisation de France Télécom, la guerre des prix entre FAI et opérateurs de téléphonie mobile a fait rage, laissant quelques suicidés sur le bord du chemin du néo-management. Mais c’était, paraît-il, pour le plus grand bien des consommateurs qui, sans cela, on nous l’a bien répété, n’auraient jamais pu bénéficier du haut-débit et de la téléphonie à bas coût. Ah bon ? Qui dit qu’un service public tel que les défuntes P&T ou PTT n’aurait jamais pu sans le saint aiguillon de la concurrence libre et non faussée (pouf pouf) mettre en place de meilleurs outils que les Orange, Free, SFR, Bouygues (qui ont grassement profité, et profitent encore du dépeçage de la Poste et de France Télécom)  ? Par exemple une Poste qui accueille vraiment les usagers plutôt que de les jeter devant des automates entre deux agents d’ambiance débordés, un abonnement téléphonique unique pour téléphones fixes et mobiles, sans formules marketing à la con, un accès internet haut-débit, un hébergement de pages web de qualité… voilà des services (et non des « offres » ou des « produits ») qu’un organisme public aurait très bien été à même de fournir en y intégrant à chaque fois les dernières évolutions technologiques. Rappelons que dans les années 80, le Minitel fut un service innovant et accessible qui ne devait rien au dynamisme du privé ni à la concurrence entre opérateurs. Aujourd’hui, la redondance de réseaux concurrents n’apporte rien, si ce n’est davantage de précarité au travail et de pollution, pour des services dont rien ne prouve qu’ils soient de meilleure qualité que ce qu’aurait pu faire un vrai service public. Il est temps de rebâtir un vrai pôle public de poste, téléphone et télécommunication.

Que revivent les PTT !

Storytelling antimélenchoniste de trotskystes sourds comme LO

Contrairement au NPA, qui avait rejoint dignement (sur ses propres mots d’ordre) la marche citoyenne du 5 mai 2013 à Bastille, Lutte Ouvrière refuse systématiquement de militer aux côtés du Front de Gauche contre l’austérité et la dictature de la finance, pourtant imposées aux travailleurs (que LO prétend défendre) par la bourgeoisie (que LO prétend combattre). Au nom d’une stratégie présentée comme révolutionnaire (opposée au vilain réformisme), LO a donc choisi de rester en dehors de cet élan populaire de résistance inédit sous un gouvernement solférinien. C’est son droit, et fort heureusement, l’absence des forces militantes de LO n’a pas empêché la manifestation d’être un succès. Mais les attaques récurrentes du groupuscule trotskyste contre le Front de Gauche placent décidément les camarades de LO en position de tireurs dans le dos.

Nathalie Arthaud, la porte-parole de LO, a ainsi déclaré le 19 mai 2013, lors de la fête de son parti, que, une fois au gouvernement, « Jean-Luc Mélenchon serait une marionnette et un pantin comme les autres. Il ne pourrait rien faire face aux Mittal qui détiennent  le pouvoir… » Pourtant, le Front de Gauche avait exigé la nationalisation du site de Florange et Mélenchon n’avait pas eu de mots assez durs contre Mittal, affirmant qu’il n’était pas le bienvenu. Mais Nathalie Arthaud ne l’avait peut-être pas bien entendu. Un problème de surdité ? Il est vrai que pour LO, les mots de Mélenchon ne comptent pas, puisque « le mur de l’argent, la bourgeoisie et le grand patronat, ça ne se combat pas avec des mots ». Belle affirmation constituée de… 19 mots, 0 arme et 0 action concrète. Le 20 mars dernier, Jean-Luc Mélenchon était pourtant venu donner un coup de main aux grévistes de PSA à Aulnay. Il leur avait remis des chèques de soutien et avait pris la défense de Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, attaqué par Montebourg pour son appartenance à LO. La camarade Arthaud n’a-t-elle pas discuté avec le camarade Mercier ? Ou bien est-elle vraiment sourde ?

Un autre membre de LO, qui n’est pas avare de « mots » sut Twitter sous le nom de @recriweb, expliquait aussi le 16 avril dernier sur son tumblr [edit : il ne faisait en fait que recopier une prose de LO dont il assure n’être pas lui-même l’auteur] :

« L’écœurement envers la politique de Hollande s’ajoute à la déception laissée par Mitterrand puis par Jospin. Tout cela contribue à la désorientation de la classe ouvrière et à la démoralisation de ses militants. »

Les manifestations de masse initiées par le Front de Gauche sont précisément de nature à enrayer cette « démoralisation », chaque démonstration de force réussie contribuant à remotiver les militants et à faire prendre conscience à la classe ouvrière de sa propre force. C’est en tout cas très clairement la stratégie prônée par Mélenchon. La marche du 5 mai, ainsi que les répliques à venir début juin, permettent aussi de réorienter l’écoeurement légitime envers la politique de Hollande vers un désir de résistance et de nouvelles revendications (comme celle d’une démocratie sociale dans le cadre d’une sixième République) plutôt que vers le désespoir et la démoralisation qui poussent à l’abstention ou au vote FN. Mais l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb ne voit rien de tout cela. Il s’en tient au storytelling véhiculé par les médias, nouveaux chiens de garde du capitalisme, brodant autour de l’histoire personnelle d’un Mélenchon qui serait le sombre héros d’une cynique guerre pour le pouvoir, digne des séries Dallas ou Game of thrones.

« Mélenchon avance de plus en plus un pied dans l’opposition, alors que le PCF, pensant à ses maires et à ses conseillers municipaux élus sur des listes d’union avec le PS, freine des deux pieds. »

Pour ceux qui n’auraient pas compris, le camarade @recriweb en remet une couche dans un autre article du 19 mai 2013 [edit : en fait, un copié/collé d’un article dont il affirme n’être pas non plus l’auteur] :

« La stratégie de Mélenchon est guidée par sa carrière. Il se pose en rival de Hollande et a intérêt à creuser, du haut de son verbe “cru et dru”, l’opposition avec la direction du PS. Le PCF, lui, tient à préserver les positions dans les niveaux intermédiaires de l’Etat (municipalités, conseils généraux, etc.) qu’il occupe, en général, en alliance avec le PS. La direction du PCF n’a pas envie de tirer les marrons du feu pour le seul Mélenchon. D’autant moins que ce sont ses militants qui font le gros du travail. »

L’auteur(e) du texte recopié par @recriweb, décidément adepte de la communication narrative, nous raconte là une histoire palpitante : celle d’une rivalité personnelle entre Hollande et Mélenchon. Je ne sais pas ce que notre camarade trotskyste penserait si ce procédé de storytelling était utilisé pour évoquer par exemple la « rivalité » entre Trotsky et Staline : apporterait-elle selon lui un éclairage suffisant pour analyser l’opposition idéologique entre ces deux personnages ? Le (ou la) camarade de LO est-il (ou elle) à ce point resté(e) sourd(e) à ce qui différencie politiquement Mélenchon de Hollande qu’il lui faille envisager celle-ci sous l’angle de la presse à sensations, avec un niveau d’analyse politique proche de zéro ? La vraie raison de leur opposition est que l’un, Hollande, défend de plus en plus ouvertement les intérêts des marchés, de la finance et de la bourgeoisie oligarchique, tandis que l’autre, Mélenchon, défend les intérêts du peuple, en s’appuyant sur les forces de la classe ouvrière conscientisée et de la petite bourgeoisie intellectuelle. Mais cette raison est inaudible pour l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb puisque, dans l’histoire qu’il (ou elle) nous raconte, Mélenchon s’est vu attribuer sans autre forme de procès le rôle de démagogue valet de la bourgeoisie.

Notre militant(e) de LO semble découvrir aussi que le PCF et le PG n’ont pas tout à fait le même passé, ni le même poids électoral, ni forcément les mêmes intérêts pour les prochaines élections municipales. Quel scoop ! Aurait-il (ou elle) un peu plus tendu l’oreille qu’il (ou elle) aurait entendu que le Front de Gauche n’est pas un parti ni une confédération mais un front composé de plusieurs partis et structures, ainsi d’ailleurs que d’électrons libres, rassemblés certes sur un programme et une stratégie, mais ayant aussi leurs propres intérêts.

A propos de la stratégie spécifique au PCF pour les municipales de 2014, l’analyse de l’auteur(e) du texte recopié par @reciweb ne s’élève pas, là non plus, au-dessus du storytelling médiatique de bas étage, et passe donc à côté de l’essentiel : si localement, le PCF a effectivement besoin de maintenir l’alliance avec le PS pour espérer sauver quelques sièges de maires et de conseillers municipaux, les militants communistes sont dans leur grande majorité partisans d’une opposition radicale à la politique d’austérité menée par Hollande, laquelle se répercute bien évidemment à l’échelle locale. L’auteur(e) du texte recopié par @recriweb le saurait s’il (ou elle) militait aux côtés des militants du PCF comme nous, militants du PG, le faisons au sein du Front de Gauche. Cela lui éviterait aussi de dire que les militants du PCF « font le gros du travail » : ils font leur part, ce qui est certes admirable, essentiel et indispensable, mais les militants du PG, particulièrement actifs (parmi lesquels beaucoup de jeunes), ainsi que ceux des autres composantes du Front de Gauche, mais aussi les non-encartés, ne sont pas en reste. Beaucoup de militants et même de cadres du PCF sont partisans de la constitution de listes autonomes du Front de Gauche aux municipales, et ceux-là même qui sont tentés par une alliance de circonstance avec le PS pour sauver les meubles localement savent aussi que leurs alliés solfériniens leur feront défaut à la première occasion. Nos camarades du PCF se souviennent par exemple comment le PS leur a planté des couteaux dans le dos en Seine-Saint-Denis et dans toutes les anciennes banlieues rouges, faisant tomber les uns après les autres les bastions communistes dans les années 1990 et 2000. Dans certaines municipalités, le choix du PCF pour les municipales est donc cornélien : perdre dignement avec le Front de Gauche des positions indispensables à la survie — notamment financière — du parti, mais aussi à la défense sur le plan local des travailleurs, ou sauver quelques sièges par une alliance contre-nature avec un PS méprisant et plombé par la politique antisociale du gouvernement. Personne à gauche ne devrait se gausser du dilemme dans lequel se retrouve le PCF. Le ton des responsables communistes à l’égard du gouvernement est donc moins cru et moins dru que celui de Mélenchon car, bien évidemment, ils ont beaucoup plus à perdre que le PG dans un affrontement brutal avec les Solfériniens. Pourquoi s’en étonner ? La position du PCF restera délicate tant qu’il aura encore des bastions à sauver et tant que le Front de Gauche n’aura pas ravi au parti solférinien le leadership à gauche. Si la bascule s’opère par exemple à la faveur des prochaines élections européennes, alors le PCF aura enfin plus à gagner qu’à perdre dans une opposition claire et nette au PS. Pour dire les choses autrement, nous vivons à la fois la continuation inexorable de la décomposition de la puissance municipale du PCF et l’essor nouveau d’un Front de Gauche qui n’a pas encore réussi à traduire sa force de proposition en conquêtes électorales. Mais une chose est sûre : le PCF n’a aucune chance de survivre durablement ni d’imposer une politique favorable aux travailleurs en s’alliant nationalement avec le PS ou en mettant fin brusquement au Front de Gauche. Pas question non plus de cautionner la politique austéritaire et antisociale du gouvernement actuel. Cela, les communistes le savent, et ils le disent, avec leurs propres mots, à qui veut l’entendre. Mais l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb, sourd(e) comme LO, ne veut sans doute pas l’entendre. Il préfère raconter, à l’unisson des nouveaux chiens de garde du capital, la torride histoire d’un « je t’aime moi non plus » entre le PCF et Mélenchon, traquant dans les propos des responsables communistes la moindre nuance ou différence de ton, sur des questions aussi essentielles que par exemple celle du « coup de balai » : l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb, dont la surdité semble sélective, a bien entendu par exemple que Pierre Laurent et d’autres cadres du PCF avaient tiqué sur cette expression, mais il n’a pas vu les nombreux militants communistes venus le 5 mai munis de balais. Dans son article du 19 mai, le (ou la) militant(e) de LO voit aussi dans l’appel du PCF à « un vaste débat populaire qui convergera le 16 juin vers des assises nationales pour une refondation sociale et démocratique de la République » un moyen de faire de la marche du 5 mai initiée par Mélenchon une « simple étape ». Dans ce roman psychologique, le PCF, vexé, s’emploierait donc à minimiser l’appel de Mélenchon… en l’amplifiant et en le prolongeant ! L’histoire racontée par les médiacrates et par l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb devient décidément une farce. Et pendant ce temps, LO ne voit pas que PCF comme PG, avec le Front de Gauche, s’emploient à susciter et à entretenir l’élan populaire sans lequel aucune remise en cause de l’ordre établi n’est possible.

Maîtrisant décidément aussi bien le Mélenchon-bashing qu’un éditocrate de la presse bourgeoise, LO aborde aussi dans l’article recopié par @recriweb le 19 mai un point censé être rédhibitoire : Mélenchon, qualifié en passant de « démagogue », serait prêt à « postuler » au poste de 1er ministre à la tête de la majorité actuelle dont il condamne pourtant la politique. Voilà qui le placerait au même rang de soumission à la bourgeoisie que le PCF dont l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb avait pourtant essayé de nous démontrer qu’il n’était pas d’accord avec Mélenchon. Le scénario de ce storytelling commence à être un peu embrouillé, comme souvent dans les séries qui se sont attachées à une idée mais qui ne savent plus trop comment broder autour après l’avoir usée jusqu’à la corde pendant plusieurs saisons. L’idée est de montrer que Mélenchon le démagogue serait en train d’entourlouper son monde par une « escroquerie » à grands coups « d’illusions ». Mais l’exemple donné tombe à plat. L’auteur(e) du texte recopié par @recriweb essaie de faire croire que Mélenchon dissimulerait une volonté de gouverner avec le PS pour poursuivre la même politique que celle qu’il dénonce aujourd’hui. C’est d’autant plus idiot que Mélenchon ne fait absolument aucun mystère de sa stratégie (il faut juste ne pas être sourd comme LO pour l’entendre) : il veut provoquer une recomposition de la majorité élue en 2012 en poussant l’aile gauche du PS et EELV à basculer dans une opposition ouverte à la politique austéritaire et antisociale qui entretient et aggrave la crise. Alors une majorité alternative serait possible avec le Front de Gauche, et pourrait sans attendre 2017 rompre avec la politique libérale de Hollande, qui n’aurait du coup d’autre choix que de cohabiter avec la gauche anti-austéritaire ou de dissoudre l’Assemblée nationale. Le 5 mai, Eva Joly et quelques militants écologistes ont fait un premier pas. Aucun cadre du PS n’en a pour l’instant eu le courage, ce qui ne veut pas dire que tous acceptent de bon gré la politique actuelle. Il se trouve juste que beaucoup d’entre eux sont des bureaucrates que le parti solférinien fait vivre et que d’autres gardent l’espoir que leur parti, une fois la croissance revenue (ce qui n’arrivera pas) reprendra une politique de gauche (ce qui n’arrivera pas non plus). Mais l’aggravation de la situation sociale (annoncée de longue date par Mélenchon) et la dissipation des illusions à propos de Hollande pourraient malgré tout en pousser certains à basculer dans les mois qui viennent, surtout après une éventuelle déroute électorale du PS en 2014.

Dans l’article recopié le 16 avril par @recriweb, on pouvait lire aussi :

« En se plaçant de plus en plus dans l’opposition par rapport à Hollande et au gouvernement socialiste, Mélenchon espère profiter du discrédit du PS. Ce en quoi il se trompe probablement. Dans le contexte de recul réactionnaire de la vie politique, c’est le FN surtout qui tire profit de ce discrédit. Plus, en tout cas, que le Parti de gauche. »

On ne peut évidemment que constater (et déplorer) que le FN « profite » plus, électoralement, du discrédit du PS que le PG (et que LO aussi, soit dit en passant). C’est tout simplement que le FN existe depuis plus de 40 ans alors que le Parti de Gauche existe depuis à peine plus de 4 ans. En se contentant d’énoncer ce fait, l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb ne fait que relayer la célébration du « succès » du FN par les médias, ce qui participe à sa dédiabolisation (le storytelling jouant à plein aussi en faveur de Marine Lepen, présentée systématiquement comme moins extrémiste que son père et comme plus proche du peuple — ce qui n’est évidemment qu’une fiction — tandis que Mélenchon, lui, est systématiquement présenté comme un extrémiste « tonitruant »). L’extrême droitisation de la vie politique française a pourtant été analysée par Mélenchon depuis fort longtemps, et c’est donc en toute cohérence que le PG, avec l’ensemble du Front de Gauche, combat l’assignation médiatique de l’électorat populaire au vote FN. Si la progression du FN est restée modeste par rapport à son précédent pic de 2002, celle du Front de Gauche depuis sa création en 2009 est spectaculaire. L’auteur(e) du texte recopié par @recriweb, toujours sourd(e) comme LO, n’en a-t-il donc pas entendu parler ? Certes, cela n’a pas suffi à devancer le FN en 2012, mais le combat continue.

« Utiliser un langage pseudo-radical, en outre teinté de nationalisme antiallemand, ou brandir l’idée d’une sixième République, ne suffit pas pour lui attirer la sympathie des classes populaires. D’autant moins que Mélenchon comme le Front de gauche dans son ensemble, PCF compris, ont contribué à apporter du crédit à Hollande et ont participé à son élection. »

Je ne vois pas en quoi le langage de Mélenchon serait plus « pseudo-radical » que celui de LO qui prône textuellement la révolution sans jamais brandir les armes pour la faire mais qui ne s’associe même pas aux mouvements de masse sans lesquels une révolution ne peut commencer.

Je ne vois pas en quoi la critique de la politique de Merkel faite par Mélenchon serait « teintée de nationalisme antiallemand ». L’auteur(e) du texte recopié par @recriweb ne sait-il (ou elle) donc pas que le Parti de Gauche, qui est internationaliste, s’est inspiré lors de sa création du parti allemand Die Linke ? N’a-t-il pas entendu parler de la déclaration commune d’Oskar Lafontaine et de Jean-Luc Mélenchon le 20 novembre 2012 ? Sourd(e) comme LO, il (ou elle) sombre décidément dans le Mélenchon-bashing très en vogue dans les médias bourgeois et dans les cercles solfériniens. Si préférer Oskar Lafontaine à Angela Merkel est antiallemand, alors les Allemands de gauche sont antiallemands. Cette attaque est imbécile et ridicule.

Je ne vois pas en quoi les classes populaires n’auraient aucune « sympathie » pour l’idée de Sixième République. La réussite de la marche du 5 mai, qui a réuni plusieurs milliers de personnes (bien au-delà des 30000 bizarrement annoncées par la préfecture sur ordre de Valls, et bien au-delà aussi du nombre de participants à la fête de LO), y compris de nombreux syndicalistes en lutte (comme les Fralib), est la preuve cinglante du contraire. A moins que LO ne considère que ces derniers ne font pas partie de la classe ouvrière ? Bien sûr, ce n’est pas encore 1936 ou 1968, mais la mobilisation du 5 mai et l’accueil reçu par les militants du Front de Gauche lors des tractages durant les jours qui ont précédé montrent qu’il y a bel et bien un élan de sympathie pour cette idée pourtant compliquée (donc anti-démagogique) de Sixième République.

Enfin, je ne vois pas en quoi faire battre Sarkozy et obliger Hollande à gauchir son discours pour l’emporter de justesse en 2012 auraient contribué à apporter du « crédit » à ce dernier. Il avait la possibilité de s’appuyer sur les 4 millions de voix du Front de Gauche pour tenter une politique au moins sociale-démocrate. Au contraire, il perpétue délibérément la même politique que Sarkozy sans même pouvoir s’abriter derrière le prétexte d’un rapport de force défavorable. De son côté, les responsables du Front de Gauche, y compris du PCF, ont fait mentir le storytelling des médiacrates qui prévoyaient un ralliement au gouvernement solférinien et ont continué à en contester la politique antisociale.

« Ni Mélenchon ni le PCF n’ont cherché à éclairer l’électorat populaire. Ils n’ont pas voulu dire que c’est le grand patronat, les puissances de l’argent qui sont les maîtres de cette société et que les hommes politiques, si haut placés qu’ils soient, ne peuvent pas mener une autre politique que celle ordonnée par les maîtres. Ils n’ont pas voulu dissiper l’illusion qu’un changement à la tête de l’État, ou une autre majorité, pouvait changer le rapport de force entre le grand patronat et la classe ouvrière.

Mélenchon ne l’a pas dit, et ne pouvait pas le dire, parce que tout son jeu politique consiste à offrir ses services à la classe dominante avec comme argument de vente qu’il peut prendre le relais d’un Hollande discrédité pour continuer, avec plus d’efficacité, à entretenir les mêmes illusions. »

L’auteur(e) du texte recopié par @recriweb profère là un mensonge pur et simple, ne reculant devant aucune calomnie (Mélenchon accusé sans l’ombre d’un argument « d’offrir ses services à la classe dominante »). Le Front de Gauche n’a eu de cesse, depuis sa création, de former des assemblées citoyennes, de promouvoir l’éducation populaire. Pas un discours, pas un texte, qui ne dénonce l’oligarchie du grand patronat et des puissances de l’argent. Pour changer le rapport de force entre le grand patronat et la classe ouvrière, il faut une forte mobilisation des travailleurs et une vraie démocratie sociale, au sein même de l’entreprise, dans le cadre d’une Sixième République vraiment égalitaire. C’est ce que ne cessent de répéter les représentants du Front de Gauche. Il faut vraiment être sourd comme LO pour ne pas l’avoir entendu.

« Et ce n’est pas faire un procès d’intention à l’homme, bien que sa carrière politique d’ancien ministre témoigne de son véritable engagement. A-t-il pu changer ? Mais, même dans ses propos d’opposition les plus tonitruants, il ne met jamais en question le système capitaliste, il ne met jamais en cause l’ordre social basé sur l’exploitation. »

L’accusation de l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb sur la carrière d’ancien ministre de Mélenchon est grotesque. Celui-ci a été durant deux ans ministre de l’enseignement professionnel, de 2000 à 2002. Quelle mesure du ministre Mélenchon en faveur des lycées professionnels a-t-elle donc été contraire aux intérêts des travailleurs ? En évoquant des propos « tonitruants », l’auteur(e) du texte recopié par @recriweb répète encore comme un perroquet les éléments de langage de la presse capitaliste. C’est peut-être pourquoi il (ou elle) n’a jamais réussi à entendre Mélenchon remettre en question le système capitaliste ni l’ordre social basé sur l’exploitation. Il (ou elle) n’a donc pas entendu que Mélenchon, candidat soutenu notamment par la fraction du NPA appelée Gauche Anticapitaliste, avait prôné la planification écologique, la nationalisation de certains grands groupes, la reprise d’entreprises par les travailleurs sous forme de coopératives… Il (ou elle) n’a pas entendu non plus que la plateforme adoptée lors du dernier congrès du PG mentionnait que « le capitalisme porte en lui l’oligarchie, c’est-à-dire le pouvoir d’un petit nombre sur tous les autres », et que, face au capitalisme, « la bifurcation qu’il faut opérer avec le modèle de développement actuel implique un changement des normes dominantes de la société, une transformation des rapports de propriété, une refondation des institutions visant l’exercice effectif de la souveraineté par le peuple. Il s’agit donc d’une révolution ». Cela, non, le (ou la) camarade de LO n’a pas dû l’entendre.

Sourd comme LO, décidément.

Bernard Maris, un éditorialiste nombriliste et anti-Mélenchon

Dans son éditorial de page 2 de Charlie Hebdo du 7 mai 2013, Bernard Maris s’interroge : « Déçu du hollandisme ou du mélenchonisme ? »

« Suis-je déçu de François Hollande ? Oui », révèle-t-il d’emblée. Et d’énumérer les raisons plus ou moins comico-farfelues de sa déception. Il eût notamment aimé :

« (…) qu’il [Hollande] dît à tous ces journalistes qui lui crachent dessus depuis un an : “ tas de blaireaux minables à la ramasse, dépassés par Internet, twitters grotesques, incultes du bonnet, renifleurs de bidet, fouille-poubelles à papier, mangeurs dans la main des puissants, jaloux du pouvoir, fricoteurs des dîners en ville qui ne savent même pas tenir une fourchette… ”, autrement dit qu’il fît du Mélenchon ».

La critique des médias faite par Mélenchon, pour acérée qu’elle soit, passe pourtant par des expressions nettement moins outrancières que celles employées ici par Maris qui fait proférer à un Hollande imaginairement mélenchonisé (de façon pour le moins caricaturale) les insultes céliniennes qu’il n’ose sans doute pas adresser à ses confrères de France-Inter, I-télé ou France 5 (où notre économiste a ses entrées). Rappelons aussi que si Mélenchon s’est laissé aller naguère à traiter par exemple David Pujadas de « salaud » ou de « larbin », c’était en relation avec la manière violente et insultante dont il avait interviewé le syndicaliste Xavier Matthieu (revoir la scène dans le film Fin de concessions de Pierre Carles). Les attaques de Mélenchon contre la presse ne sont pas gratuites. Elles répondent à des actes ou des faits précis et ne relèvent pas simplement du caractère particulier d’un homme, particulier en cela qu’il aurait l’audace de dire tout haut ce que Maris ou un Hollande fantasmé pensent tout bas.

Mais l’éditorialiste de Charlie Hebdo ne se contente pas de caricaturer hâtivement. Il attaque :

« Mélenchon parle avec une voix déguisée. Trop de violence. Trop d’indignation. Qui pouvait croire que le père François fût un socialiste à la Baboeuf, Guesde, Leroux ou Marx ? Tout ce que dit Méluche n’est pas faux, mais sa voix est imperceptiblement fausse. Il lui manque juste le demi-ton, le dièse ou le bémol qui rendrait juste la partition de sa colère contre Hollande, assimilé à Guy Mollet. »

Bernard Maris, dont les écrits — on vient d’en donner un exemple — ne répugnent pas à l’outrance, relaie donc à présent sans autre forme de procès les lieux communs des médiacrates sur la « violence » de Mélenchon, dont il ne faut jamais dire qu’il analyse, qu’il explique, qu’il propose, mais toujours qu’il « vocifère » et tient des propos « tonitruants », « populistes », et « extrêmes ». Maris qui a tant chié sur les économistes et sur les imbéciles politiques néolibérales a désormais des pudeurs qui, pour le coup, sonnent plutôt faux. Qui pouvait croire en effet qu’Hollande fût un vrai socialiste ? Bernard Maris, peut-être, mais certainement pas Mélenchon qui s’est opposé au sein même du PS à l’orientation libérale prônée par Hollande dès les années 80 et qui a fini par quitter le parti solférinien lorsqu’il a estimé qu’il n’était plus possible de le faire redevenir ne serait-ce qu’un peu socialiste. Lorsque Mélenchon a appelé à voter Hollande au second tour des élections présidentielles, c’était pour faire battre Sarkozy. Il n’a jamais laissé croire qu’Hollande appliquerait le programme du Front de Gauche (ce programme que Bernard Maris avait d’ailleurs reconnu en pleine campagne électorale n’avoir pas lu !*). Il n’a jamais fait mine de croire qu’Hollande serait autre chose qu’un « capitaine de pédalo » au milieu de la tempête. Mais il s’adresse aussi à un peuple de gauche qui a pu croire un instant que « le changement » c’était « maintenant », et qu’il s’agit désormais de ne pas laisser sombrer dans le désespoir et la résignation. Il rappelle également à chacune de ses interventions qu’Hollande n’a dû son élection qu’au bon report des 4 millions de voix qui s’étaient portées sur Mélenchon au 1er tour, ce qui aurait dû, dans une démocratie moins dégradée, obliger le vainqueur à quelques concessions. Déplorer qu’il n’en ait fait aucune est donc la moindre des choses.

Dans le même éditorial, Maris assène aussi :

« François Hollande n’a pas pris le chemin le plus facile. Parions qu’il suivra paisiblement sa normalité sociale-démocrate, ce que toute la presse feint d’ignorer, et ce que Mélenchon feint de découvrir. »

Ses confrères de la presse dépeignent systématiquement un Mélenchon « violent » ou « extrêmiste » quand ils ne vont pas, tel l’euro-béat Quatremer jusqu’à le traiter de stalinien, voire d’antisémite. Bernard Maris, pour ne pas rester en reste, n’a donc plus qu’à jeter le discrédit sur le discours de Mélenchon en l’accusant de « feindre » et de parler « faux ». En revanche, l’économiste de Charlie Hebdo, élu en 1995 « meilleur économiste de l’année » par Le Nouvel Economiste n’a pas consacré un seul éditorial au programme L’Humain d’abord ni au manifeste pour l’écosocialisme ni encore au contre-budget du Parti de Gauche défendus par Mélenchon. Aucune analyse. Pas même une critique. Aucune controverse non plus avec Jacques Généreux, aucune réplique à son livre Nous, on peut ! préfacé par Mélenchon. Aucune polémique non plus avec les économistes atterrés, ni avec Frédéric Lordon qui ont plusieurs fois soutenu les initiatives de Mélenchon (jusqu’au coup de balai du 5 mai dernier à la Bastille rejeté déjà par Maris dans un des précédents numéros de Charlie Hebdo*). Rien sur le fond. De l’écume. Discussion de comptoir pour commenter en surface, et au premier degré, la propagande de ce que feu le journal Le Plan B appelait le PPA (Parti de la Presse et de l’Argent).

Pourtant, Bernard Maris, chantre de l’écologie, de l’altermondialisme et de la décroissance, n’est pas le dernier à fustiger l’Europe austéritaire façon Merkel. Il signe par exemple dans le même numéro de Charlie Hebdo (sous son sobriquet d’Oncle Bernard) un autre édito titré « Harpagon tue l’Europe » dans lequel on peut lire :

« En fait, les créanciers, les riches essentiellement, bénéficient de la crise des dettes souveraines et des taux astronomiques demandés aux Etats et payés par les salariés. Qui a vraiment envie que ça s’arrête ? Pour que ça s’arrête, il faudrait mutualiser les dettes. Il faudrait donc que la BCE devienne une banque normale. Il faudrait aussi une politique industrielle (la constitution d’une communauté européenne de l’environnement, de l’énergie et de la recherche par exemple). Autrement dit, il faudrait sortir d’une économie de rente pour entrer dans une économie de production, et si possible de production de valeur d’usage ».

Ce qu’il « faudrait » faire, en somme, selon Oncle Bernard, c’est finalement appliquer la politique préconisée par Mélenchon : mettre en place la planification écologique et oser résister à l’Allemagne (« pays de vieux rentiers qui ne voient que le bout de leur magot »), notamment pour changer le statut de la BCE. Mais lorsque c’est Mélenchon qui le propose en expliquant comment faire, c’est « trop violent » et « déguisé », alors qu’assené sur le mode « faut qu’on, y a qu’à » par Oncle Bernard dans un journal satirique, c’est sans doute bien plus pertinent.

Il faut dire que ce brave Oncle Bernard souffre visiblement d’un syndrome fort répandu chez ses confrères journalistes : le nombrilisme. Il a compris, lui, que l’austérité menait l’Europe à sa perte, et cela lui permet par exemple d’animer le spectacle radiophonique sur France Inter en donnant courtoisement la réplique au très libéral Dominique Seux, par ailleurs rédacteur en chef des Echos. Mais qu’un Mélenchon fasse le même constat et en tire des conséquences politiques concrètes, voilà qui dépasse l’entendement du médiacrate contemplatif qu’est décidément devenu Bernard Maris. Triste destin pour un soixante-huitard grand lecteur de Guy Debord ! Dans sa charge anti-Mélenchon, il ne manque d’ailleurs pas — quelle ironie ! — de citer aussi Baudrillard : « Et ceci est la fatalité du politique actuel, que partout celui qui mise sur le spectacle périra par le spectacle », et de conclure : « Gaffe au spectacle, Jean-Luc, gaffe… » Mais qui donc, cher Oncle Nanard, mise vraiment sur le spectacle : le médiacrate qui travaille au spectacle de la fin du monde ou le politique qui travaille à la fin du monde du spectacle ?

Bernard Maris n’est malheureusement pas le premier gauchiste à finir en contestataire professionnel au service du spectacle, et il ne sera pas le dernier. On peut même admettre que son rôle d’économiste antilibéral de service sur les plateaux télé et radio puisse contribuer à apporter tout de même un autre son de cloche là où la doxa néolibérale règne habituellement sans partage. Mais hélas Bernard Maris va plus loin et dévoile ses vraies batteries lorsqu’à propos de Hollande, il écrit :

« Que lui demander de plus qu’un cheminement social-démocrate et une récupération lente, patiente du pouvoir sur la finance ? (…) Ayant choisi d’être normal pour une fonction anormale dans un pays d’anormaux, François Hollande n’a pas pris le chemin le plus facile. (…) François Hollande parle son propre langage, et c’est tant mieux. »

Et aussi :

« Lutter contre la finance par le Grand Soir ? Nuit du 4 août des créanciers, nos modernes aristos ? Quelle serait la marge de manoeuvre du Premier ministre Mélenchon, à part faire une politique généreuse de la mer — et c’est déjà beaucoup ? Sur quel pétrole s’appuirait-il pour mener une politique autonome, à la Chavez ? Langue au chat. »

Ainsi donc Bernard Maris, qui n’a sans doute toujours pas lu le programme du Front de Gauche, fait comme si Mélenchon n’avait jamais expliqué comment il comptait justement dégager des « marges de manoeuvre ». Tout cela est trop loin de son nombril pour avoir à ses yeux une quelconque réalité. Mais surtout il fait l’aveu de son propre renoncement et de son ralliement — malgré son image d’économiste keynésien de gauche — au credo néolibéral : TINA (There Is No Alternative). Pas d’alternative, pas de « marges de manoeuvre » pour faire une autre politique que celle que mène ce brave François Hollande en bon « social-démocrate » qu’il n’est d’ailleurs même plus (d’où le terme plus adéquat de « solférinien » employé désormais par le Parti de Gauche) : une « récupération lente, patiente du pouvoir sur la finance », tellement lente et patiente qu’elle passe par une soumission totale (sans aucune renégociation) au pouvoir de la finance, par une mise au pas du parlement au service du Medef, par une renonciation à presque toutes les mesures de gauche symboliques pourtant rares que le candidat Hollande avait promises (droit de vote des étrangers, amnistie sociale…). « Ne jamais parler avec une voix déguisée », a le culot de recommander Bernard Maris, conseiller général de la Banque de France (depuis sa nomination par le président solférinien du sénat le 21 décembre 2011), pas tant déçu que ça du hollandisme, avec la voix d’Oncle Bernard, virulent anarcho-écologiste pro-situ, déçu du mélenchonisme (dont il n’a entendu parler peut-être que par son compère de France Inter Dominique Seux ?). Parole de ventriloque assis qui n’a pas dû donner de la voix (même déguisée) dans une manif depuis belle lurette.

* Charlie Hebdo n’archivant pas l’intégralité de ses anciens articles sur internet, et l’auteur de ce billet ne conservant pas les quelques exemplaires papier qui lui passent sous la main (et n’ayant pas le loisir d’aller retrouver ses sources ailleurs que dans sa mémoire), le lecteur scrupuleux ou méfiant est invité à faire lui-même les vérifications d’usage en allant consulter les éditoriaux de Bernard Maris d’avril 2013 et des premiers mois de l’année 2012 et à nous transmettre le résultat de ses recherches.

Le Canard enchaîné caquette avec les chiens de garde

Le week-end dernier, lors du congrès du Parti de Gauche, François Delapierre et Jean-Luc Mélenchon ont déclenché les foudres de l’ex-presse et du Parti Solférinien pour avoir osé affirmer que le ministre Pierre Moscovici, ne pensant plus « en français » mais « dans la langue de la finance internationale » faisait partie des « 17 salopards » qui se sont donnés pour mission de rançonner le peuple chypriote. Sous prétexte d’une mauvaise retranscription de l’AFP qui avait oublié le « en » de « en français », les chiens de garde du PPA (Parti de la Presse et de l’Argent) comme Jean Quatremer ou Jean-Michel Apathie ont aussitôt aboyé, suivis par le gratin du Parti Solférinien (Désir, Attali…), relayés ensuite par les réseaux antisociaux et les prospectus publicitaires qui portent encore étrangement le nom de journaux (Libération, Le Point, etc.). De « relents des années 30 » en « propos dignes de Gringoire », tout ce beau monde tenait désormais de quoi salir Mélenchon de l’accusation suprême : celle d’antisémitisme.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater pas plus tard qu’hier qu’un célèbre « journal satirique paraissant le mercredi » faisait lui aussi partie de la meute. En première page du numéro du 27 mars 2013, dans un article signé J.-M. Th., soit Jean-Michel Thénard, Le Canard enchaîné aboit en effet comme un vulgaire Quatremer :

« Non, Jean-Luc Mélenchon n’est pas antisémite. La preuve, il ne savait pas que Pierre Moscovici était juif. Ce n’est pas parce qu’il a fréquenté pendant trente ans les dirigeants du PS qu’il est tenu de connaître la religion de tous ses membres, nom de Dieu ! »

Les lecteurs habitués aux antiphrases du Canard auront compris que Thénard ne croit pas du tout que Mélenchon ait pu ignorer que Moscovici fût juif, et qu’il n’y a donc finalement pour lui pas de preuve que Méluche ne soit pas antisémite. CQFD. Sous l’humour pas drôle, la diffamation de bas étage. Monsieur Thénard serait-il le genre de mec qui passe son temps à se demander quelle est la religion ou l’origine communautaire de chacun de ses collègues ? De même qu’Harlem Désir a fait tout seul l’amalgame entre « juif » et « finance internationale » pour pouvoir calomnier Mélenchon, Thénard ne fait que projeter sur les autres ses propres obsessions. Pour ma part, si on m’avait posé la question, je crois que j’aurais répondu bêtement sans réfléchir que Moscovici était peut-être corse, ou d’origine italienne. Et je dois avouer que parmi mes camarades de comité du PG, je sais juste que l’un est catholique et deux autres musulmans (encore que je ne sache pas s’ils sont vraiment pratiquants), mais que je ne sais pas du tout si les autres sont juifs, athées, bouddhistes, protestants, agnostiques… Car tout simplement, dans un parti politique de gauche et laïque, la religion en tant que pratique personnelle privée, n’est pas un sujet fréquent de conversation. Pour tout dire, on s’en fout, de la religion des uns et des autres.

J.-M. Th. compare ensuite la version tronquée de l’AFP et la vraie phrase de Mélenchon pour ironiser sur la « nuance » :

« Dans un cas, ça frise l’antisémitisme. Dans l’autre c’est politiquement correct. »

La suite de l’article laisse entendre qu’en fait, ça friserait plutôt dans tous les cas l’antisémitisme :

« C’est le paradoxe, avec le patron [sic] du Front de gauche : plus il cannonne les socialistes, plus il faut peser au millimètre ses propos. Une préposition oubliée dans une de ses phrases et voilà l’ancien ministre de Jospin qui passe de l’extrême gauche à l’extrême droite. Plus il est simpliste, moins les choses sont simples. C’est dire s’il faut le prendre désormais avec des pincettes. »

Harlem Désir lui-même n’aurait pas rêvé plus fielleuse insinuation. Pourtant, n’importe quel esprit sensé peut voir que même sans la préposition « en », la phrase de Mélenchon n’avait rien d’antisémite : un Moscovici « qui ne pense pas français, qui pense finance internationale », cela aurait simplement désigné le fait que Moscovici ne défend pas les intérêts du peuple français mais ceux de la finance internationale, ce qui est objectivement le cas dès lors que sa politique est dictée par les marchés, et on peut en dire assurément autant d’un Cahuzac ou d’un Cazeneuve qui ne sont peut-être pas juifs, eux (je l’espère pour ma démonstration — sinon, remplacez par un autre Solférinien parpaillot ou catho certifié). Contrairement à ce qu’assène Thénard, Mélenchon, qui n’est déjà pas d’extrême gauche (pour la vraie extrême gauche, il n’est qu’un vil réformiste), ne passe donc en rien à l’extrême droite par simple oubli d’une préposition. Son discours n’est pas « simpliste » : il est clair. Et s’il faut prendre quelque chose « avec des pincettes », désormais, ce n’est certainement pas Mélenchon mais bien plutôt Le Canard enchaîné thénardié.

« Le paradoxe est révélateur de cette dérive qui amène le Franc-Comtois à jouer sur les marges avec un vocabulaire qui emprunte de moins en moins à la gauche. Et de plus en plus ailleurs. Il braconne, Mélenchon. Et il déconne. »

Et voilà comment le palmipède qui nargua naguère de Gaulle et fit bouffer ses diamants à Giscard devient un organe de la propagande solférinienne, qui n’a eu de cesse depuis la candidature de Mélenchon à la présidentielle de le comparer à Lepen. Si critiquer la finance internationale est emprunter au vocabulaire de l’extrême droite, alors il n’y a tout simplement plus de gauche. Ou être de gauche, c’est être d’extrême-droite, donc soyons centristes libéraux. C’est sans doute ce que veut montrer notre canard de garde.

Plus loin, Thénard en remet une couche contre Delapierre, cette fois, accusé lui aussi de déconner avec sa phrase sur les « 17 salopards ». Il faut croire que Thénard, ancien de Libé et ami de Carla Bruni, selon le blog Lucky, n’est pas cinéphile, ou bien qu’il aime rançonner les Chypriotes. Lui qui accuse Mélenchon de « parler con » peut désormais être rangé dans la catégorie des connards enchaînés.