Violence

« L’enchaînement d’événements et de faits, de paroles et de trahisons qui ont composé le début du mandat de Macron ont donné naissance, en réaction, à un raisonnement non-discursif qui a amené à une violente réclamation d’approfondissement démocratique qu’aucun membre de notre “élite” n’a pourtant accueillie, se contentant de la renvoyer, contre toute évidence, à une recherche d’autoritarisme qu’ils étaient les seuls à alimenter. Alors que depuis des années les plateaux télévisés s’emplissaient de débats humiliants prenant pour cible des minorités instituées en boucs émissaires, tournée infinie sur autant de sujets dégradants chargés de distraire le peuple, les gilets jaunes se sont constitués dans la dignité. Les intellectuels et politiciens de gauche, satisfaits jusqu’alors de l’écrasement de la question sociale, se seront montrés frileux tout au mieux, inquiets le plus souvent, faisant planer une menace d’extrême-droite que seule nourrissait leur pusillanimité. Ceux de droite et les inconscients de la Macronie se seront réfugiés dans une pulsion d’ordre, propulsant de vaines tentatives qui de Place Publique à des listes de gilets jaunes en passant par des grands débats atrophiés, pures opérations de propagande visant à court-circuiter toute intermédiation démocratique afin d’écraser la contestation, permettraient d’intégrer la contestation, permettraient d’intégrer ce mouvement à l’existant. (…)

Continuer la lecture de « Violence »

Risque

« Richard Ferrand, président du groupe En marche ! à l’Assemblée nationale, eut un jour une formule involontairement prophétique : “Emmanuel Macron, déclarait-il en octobre 2017, n’est pas le président des riches, c’est le président du risque.” Ce qu’il voulait dire par là, en bonne novlangue néolibérale, c’est qu’il était le président des actionnaires — ces rentiers irresponsables que l’on nous dépeint depuis les années 1980 comme des investisseurs intrépides. Mais l’expression prend à présent un autre sens. Du fait du rejet massif que sa politique oligarchique, trop voyante, trop arrogante, a réussi à concentrer sur sa personne, Macron représente désormais un risque politique pour la classe sociale dont il a voulu trop agressivement — trop “intelligemment”, diront certains — défendre les intérêts. »

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot,
Le président des ultra-riches,
Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron
,
La Découverte, 2019

Intellectuel

« Emmanuel est le roi du karaoké. Il a une connaissance encyclopédique de la chanson française. Et il n’est pas le dernier à déconner. »

Mathias Vicherat, Paris Match, 11 mai 2007

« Avec Manu, on faisait la bringue ensemble. […] Il connaissait par coeur Stone et Charden, Gérard Lenorman aussi. »

Mathias Vicherat, Libération, 8 mai 2007

in Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot,
Le président des ultra-riches,
Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron,
La Découverte, 2019

Cynisme

« Christophe Barbier, l’“éditocrate” de L’Express, s’est fendu d’une analyse censée mieux éclairer la stratégie du président (…). Question du présentateur, le 27 août 2018 sur BFM TV : “Des retraités en colère, est-ce que ça peut être dangereux pour Macron ?” Réponse : “A long terme je ne crois pas. Pour plusieurs raisons. D’ici la fin du quinquennat il y aura peut-être l’occasion de donner un petit peu aux retraités. […] Ensuite, […] sans tomber dans le cynisme, il y a beaucoup des plus âgés de ce pays qui ne seront plus électeurs en 2022 parce qu’ils seront morts. Et voilà !” Sans tomber dans le cynisme, donc. Toutefois, la colère des “gilets jaunes” a fait reculer Emmanuel Macron, qui a annoncé le 10 décembre 2018 que la hausse de la CSG ne concernerait au final que les retraités touchant plus de 2000 euros. »

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot,
Le président des ultra-riches,
Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron,
La Découverte, 2019

Sale petit con

« Une employée de ce centre tennistique, situé à 400 mètres de la villa Monéjean, que nous avons rencontrée dans la navette qui relie la gare de la ville très populaire d’Etaples au Touquet, regrette le surtravail qu’exige la présence du président de la République sur les courts de tennis car “tout doit être nickel !”. La repartie de son voisin, dans le bus, est cinglante : “sale petit con !”

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot,
Le président des ultra-riches,
Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron,
La Découverte, 2019

Ennemi intérieur

« C’est donc gagné pour les black blocs, leur démonstration est faite. Leur stratégie de toujours est de démontrer, en organisant l’affrontement systématique avec les forces de l’ordre, que la nature profonde de tout État capitaliste est autoritaire ou dictatoriale. Nous y sommes, l’État mobilise la troupe pour endiguer et mieux réprimer un mouvement social désormais considéré comme « un ennemi intérieur », seul motif d’engagement de l’armée sur le territoire national, comme l’ont rappelé les successifs livres blancs sur la défense. »

François Bonnet, « Emmanuel Macron, le vertige autoritaire »,
Médiapart, 21 mars 2019

Sondage : près de 30% des Français comprennent les violences du 16 mars !

… mais 86% ne comprennent pas les violences de l’Etat macroniste et des capitalistes.

Une fois n’est pas coutume, nous allons commenter les horoscopes, notamment un sondage de l’institut ELABE pour BFMTV (pour notre plus grand étonnement, il paraît que la télévision existe toujours en 2019 et qu’il y a toujours des gens qui la regardent : incroyable ! putain, je suis sur le cul, merde quoi, comment est-ce possible ?).

Bien sûr, BFMTV ne titre pas de la même manière que nous et insiste sur le fait que 84% des Français condamneraient les « violences » dont le gouvernement prend prétexte pour porter atteinte au droit de manifester et pour renforcer la répression contre un mouvement social auquel il n’a évidemment strictement aucune réponse à apporter. Depuis ce samedi 16 mars, les médias du Capital ne nous auront pas épargné le storytelling antisocial sur les « casseurs », barbares réputés sans foi ni loi, et sans autre but que la destruction (4 mois de manifestations avec des revendications traitées systématiquement par le mépris et une répression hors-norme n’étant jamais considérés comme une cause possible de ces « violences »), et sur les malheureuses victimes de la casse qui auraient « tout perdu », la palme de la manipulation revenant peut-être à un article de La Croix sur les kiosquiers qui va jusqu’à essayer de faire larmoyer le lecteur avec l’histoire d’un enfant privé de la vue des kiosques (qu’il aurait voulu voir par-dessus tout) ou celle d’un kiosquier victime d’un infarctus en découvrant les dégâts à la télé. Aucune allusion aux causes des affrontements et destructions : l’arrogance et la surdité de Macron, la violence policière (dénoncée par l’ONU, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe, Amnesty International), les ordres donnés aux flics de s’en tenir à la sécurité de l’Elysée et donc de laisser les Champs sans protection…

Continuer la lecture de « Sondage : près de 30% des Français comprennent les violences du 16 mars ! »