Populisme

« Le concept de “populisme”, si vague et si général qu’il permet d’englober des courants que presque tout oppose (par exemple le Front national et la France insoumise actuellement en France), joue aujourd’hui un rôle de mise en équivalence de l’extrême-droite et de la gauche radicale dévolu autrefois, au temps de la guerre froide, au concept de “totalitarisme”. (…) On se souvient que, lorsque Syriza parvint au pouvoir en Grèce en janvier 2015, Alexis Tsipras fut qualifié de “populiste” par tout ce que l’Europe compte d’idéologues néo-libéraux, voire parfois de “national-populiste”, en raison de la rupture que son parti préconisait alors avec les politiques d’austérité d’une brutalité inouïe imposées à la Grèce depuis 2009. Que ces accusations de “populisme” aient cessé dès la trahison par A. Tsipras du programme sur lequel il avait été élu, démontre s’il le fallait qu’une telle catégorisation — ou du moins l’usage qui en est fait dans le débat public — a (notamment) pour fonction de couvrir d’un même opprobre toutes les forces qui contestent la mondialisation et/ou l’Union européenne, avec des motivations et des objectifs politiques qui peuvent être radicalement opposés. Continuer la lecture de « Populisme »

Modeste contribution à la boîte à idées de la FI à propos de l’organisation du mouvement

Pour être crédible, la France Insoumise doit s’appliquer à elle-même son propre programme. On ne peut convaincre le peuple de la nécessité d’une 6e République démocratique si on ne fonctionne pas de façon démocratique. Le peuple a trop longtemps été trompé par des partis dont les actes trahissaient toujours les paroles. Nous avons un devoir d’exemplarité.

La direction du mouvement doit donc être élue. La direction actuelle s’est instituée elle-même, ce qui était compréhensible dans le cadre d’une campagne électorale, avec un mouvement constitué ex-nihilo pour soutenir un candidat dans dans le cadre d’un scrutin uninominal très personnalisé. Mais nous passons à une autre séquence. Il faut donc une direction élue, de préférence paritaire, avec un mandat limité dans le temps. Continuer la lecture de « Modeste contribution à la boîte à idées de la FI à propos de l’organisation du mouvement »

Droit de réponse à Philippe Cohen-Grillet, à propos de la considérable affaire Corbière

Je ne connais pas personnellement Alexis Corbière.
J’ai été membre de 2012 jusqu’à cette année du même parti que lui, mais en désaccord avec certains aspects de l’organisation de la France Insoumise, comme je l’ai évoqué ici-même, je prends actuellement quelque distance avec ce mouvement. On pourra donc difficilement me reprocher de prendre la défense d’Alexis Corbière par esprit de clocher. Je ne crois pas d’ailleurs qu’il ait vraiment besoin de mes services pour se défendre, mais étant attaché à une certaine forme d’honnêteté intellectuelle, je n’aime pas la mesquinerie crasse. Continuer la lecture de « Droit de réponse à Philippe Cohen-Grillet, à propos de la considérable affaire Corbière »

La France Insoumise à l’épreuve de ses contradictions

Une séquence électorale s’achève, qui m’aura vu initier en février 2016, dans la ville où je réside, un groupe d’appui à la candidature de Jean-Luc Mélenchon (passé en un peu plus d’un an de 6 à 110 membres subdivisés en plusieurs nouveaux groupes d’appui), militer sans réserve pour la campagne de l’élection présidentielle, puis, de façon plus problématique, pour celle des législatives.

Dans ma circonscription, Jean-Luc Mélenchon était arrivé en tête de l’élection présidentielle, avec 14219 voix, soit 39,12% des suffrages exprimés. Aux élections législatives, le candidat de la France Insoumise, n’a obtenu que 3756 voix au premier tour, soit 19,35% des suffrages exprimés, loin derrière le candidat de la droite macroniste (qui avait obtenu 5304 voix, soit 27,32% des suffrages exprimés) — et même dans ma commune (un peu plus gentrifiée que l’ensemble de la circonscription) derrière la candidate du PS, une ancienne ministre emblématique de l’oligarchie ordolibérale — mais loin devant le candidat du PCF, du FN ou de la droite UDI-LR. Au second tour, le candidat de la FI a rattrapé son retard en étant élu avec 9196 voix, soit 55,01% des suffrages exprimés face à son adversaire macroniste (7522 voix, soit 44,99% des suffrages exprimés), dans un contexte d’abstention massive (62,18% et 65,91% des inscrits aux 1er et 2nd tours).
Mission quand-même accomplie, donc, pour les militants locaux qui ont contribué dans la foulée de la dynamique nationale à faire de la France Insoumise la première force politique de la circonscription et à porter au parlement un des 17 députés de la France Insoumise.
Pourtant, cette victoire dont je me réjouis ne saurait masquer les problèmes de fond qui se sont posés durant cette campagne et que je voudrais verser au débat (maintenant que cela ne risque plus de nuire à la campagne) dans le but de nourrir la réflexion nécessaire sur le fonctionnement de la France Insoumise.

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Poisson d’avril anti-France Insoumise de Dominique Vidal

Le 1er avril 2017, l’ancien rédacteur du Monde Diplo Dominique Vidal, avec qui j’ai déjà eu quelques désaccords (ici ou là), postait sur Facebook un amusant poisson d’avril :

La France Insoumise, affirme-t-il, aurait donc « fait une croix sur l’alliance avec tout ou partie du PS ». Bonne blague car depuis le 17 mars 2017, date du dépôt des candidatures, la France Insoumise et le PS ont officiellement chacun leur candidat à l’élection présidentielle. Qu’on s’en désole, qu’on s’en félicite ou qu’on s’en fiche, il n’est donc plus question d’alliance pour le premier tour de la présidentielle. Juridiquement, un candidat ne peut pas se retirer. A la rigueur, il serait possible pour un candidat désirant ne plus concourir de ne pas faire imprimer ses bulletins de vote. Il ferait alors un score nul et perdrait toute possibilité de remboursement des frais de campagne. Autant dire qu’il signerait le suicide de sa formation politique.
En réclamant encore une alliance devenue impossible, Dominique Vidal est donc dans le déni. Il fallait vraiment qu’il publie ce texte un 1er avril ! Continuer la lecture de « Poisson d’avril anti-France Insoumise de Dominique Vidal »

Mélenchon devant Hollande, le storytelling qui vient à point

Dans son éditorial de Challenges du 18 avril 2016, Maurice Szafran (qui déteste pourtant tout ce que représente Mélenchon) est obligé de se pencher sur le résultat d’un sondage TNS-SOFRES qui place le candidat de la « France insoumise » entre 12 et 16% des intentions de vote au 1er tour de la future présidentielle (contre 13 à 15% pour François Hollande) et de se pourlécher de la « story » qu’il va ainsi pouvoir vendre (la qualification de MLP pour le deuxième tour ayant déjà été tellement survendue qu’elle ne tient plus personne en haleine), sous le titre racoleur « Panique à l’Elysée : Mélenchon talonne Hollande ! »

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« Dans un cas de figure – Le Maire candidat de la droite républicaine- Mélenchon passe en tête – 16 points contre 15! Voilà, précisément, ce qui assomme les proches du président et les principaux dignitaires socialistes, ce qu’ils ne supportent pas : l’apparition d’un phénomène Mélenchon. Un phénomène qui ouvrirait un nouveau gouffre: si cette dynamique prenait du souffle et de l’importance, le leader de la gauche de la gauche pourrait précéder Hollande au premier tour. Un événement politique d’une importance tout à fait considérable. (…)
Ensuite, la primaire de la gauche est désormais enterrée, à jamais. Tous les anti-hollandais de gauche, et ils sont nombreux, vont en effet désormais rallier Mélenchon, lequel va devenir intenable…
(…) Plus sérieusement, si ce sondage se confirme dans les semaines et les mois à venir, alors Mélenchon aura eu raison envers et contre tous, notamment ses alliés communistes: cela fait longtemps qu’il répète être en mesure de devancer Hollande à l’élection présidentielle. Et s’il avait raison… »

« Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons », disait Lénine. Ils vont donc nous vendre du Mélenchon. Fort bien.

Salaires : en finir avec l’emploi

Voici une contribution d’un camarade de Pantin au projet de programme pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2017, dans la catégorie « Partager les richesses » sur la plateforme www.jlm2017.fr.

Le SMIC à 1700 euros proposé dans le programme « L’humain d’abord » de 2012 reste une mesure nécessaire pour répondre à l’état d’urgence sociale du pays. Mais il ne saurait être une réponse durable à la crise de l’emploi et à la bifurcation qui s’impose : le plein emploi ne reviendra pas, non plus que la croissance qui n’est même pas désirable en elle-même au vu du bouleversement climatique en cours et du caractère limité des ressources de la planète. C’est pourquoi il convient d’opérer une véritable révolution dans les notions-même de travail et de revenu. A ce titre, il existe deux grandes pistes de réflexion : celle du revenu de vie (prôné notamment par Baptiste Mylondo) et celle du salaire à vie de Bernard Friot. Le programme de 2017 ne saurait proposer déjà une réponse toute faite. Une telle révolution doit être le sujet d’un vaste débat entre tous les Français. Mais nous pouvons fixer une durée à ce débat et le clore par un referendum qui permettra de fixer dans la loi l’orientation et les modalités d’application de ce changement de civilisation.