Euro catho

« Qu’il soit associé à la famille-souche ou non, le catholicisme zombie est au coeur de la zone euro. La carthographie semble même en faire son véritable fondement, puisqu’on trouve ses bastions dans presque tous les pays de la zone euro, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie échappant seules à sa constellation. Nous ne faisons cependant que retrouver ici, par le biais de l’anthropologie historique, un lieu commun : l’importance de la démocratie-chrétienne, et donc de l’Eglise catholique, dans la genèse de la communauté européenne. Le principe de mémoire des lieux (…) nous permet d’accepter l’hypothèse d’une rémanence des valeurs religieuses, et leur transfiguration dans la conception et la défense d’une monnaie faite pour dominer les hommes plutôt que les servir.

Notons qu’à l’exception de la Finlande, de l’Estonie et de la Lettonie, qui ont choisi l’euro par peur de la Russie, les pays intégralement protestants sont demeurés à l’extérieur de la zone. La Norvège n’appartenait déjà pas à l’Union. Mais le Danemark et la Suède luthériens ont conservé leur monnaie, tout comme le Royaume-Uni de tradition calviniste. La dimension nationale forte de ce que nous pouvons appeler protestantisme zombie est toujours active et s’est révélée le plus souvent capable de préserver l’indépendance monétaire, et au final, l’indépendance tout court.

L’Allemagne, à l’époque de son entrée dans la monnaie unique, était dominée par sa droite, solidement implantée en pays catholique. Le rattachement de l’Allemagne de l’est en a depuis refait un pays à majorité protestante, avec certainement pour conséquence une orientation globale qui devient plus nationale qu’européenne. Il est toujours touchant d’entendre les socialistes français attendre d’une nouvelle arrivée au pouvoir des socio-démocrates allemands, « hommes de gauche », l’avènement d’une Allemagne plus ouverte aux demandes de la France, de l’Italie ou de l’Espagne. Mais c’est bien entendu au contraire qu’il faudrait se préparer, puisque le parti social-démocrate, solidement implanté, comme jadis le nazisme, en pays protestant, est porteur de plus de nationalisme que la démocratie-chrétienne, héritière du Zentrum catholique et connectée par la religion au monde latin. »

Emmanuel Todd, Où en sommes-nous ?
Une esquisse de l’histoire humaine, Seuil, 2017

Auteur/autrice : Serge Victor

Militant de gauche, écosocialiste, féministe, autogestionnaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.