-
« Anarchy in the UK », vidéo de Siegfried G

Dans la série «
Cris etchuchotements » (vidéos enregistrées sur téléphone par Siegfried G en live à la maison avec des lunettes de soleil parce que c’est plus facile qu’avec des gants de boxe), voici une nouvelle reprise, « Anarchy in the Uk« , l’hymne punk des Sex Pistols craché pour la première fois à la face du monde en 1976, présenté ici en version pop sirupeuse à la guitare folk acoustique (parce que pourquoi pas).
-
Cris et chuchotements

C’est à l’occasion des dérives textuelles et musicales du projet « Situations » qu’est née l’idée de ce concept de «
Cris etchuchotements » dont l’intitulé emprunte ironiquement au cinéma d’Ingmar Bergman : des morceaux exécutés en live à la maison, avec des lunettes de soleil (parce que c’est plus facile qu’avec des gants de boxe), un ou deux instruments, un téléphone portable pour capter les images et le son, avec éventuellement le renfort d’un ordinateur portable pour filmer des contre-champs. Pour les cris, on ne s’interdit rien, mais par la force de la vie de famille et d’une compagne qui travaille souvent à la maison, on s’en tiendra plutôt pour la voix aux chuchotements.
Cela aurait de la gueule de jouer alangui dans ce décor de Bergman, non ? Le répertoire sera constitué selon l’humeur et les capacités du moment de nouveaux arrangements d’anciens morceaux de notre répertoire, de reprises (Velvet Underground, Oasis, Neil Young, Beatles, Guided By Voices, Sex Pistols…), voire de nouveaux morceaux encore inédits.
Pour inaugurer cette série, voici deux versions de « Waiting for the man » du Velvet Underground, avec ukulele pour la première, ukulele et harmonica pour la seconde, et une reprise de « Décembre plombé », morceau de Stéphane P originellement chanté par lui, et repris ici par Siegfried G au piano électrique, dans un arrangement très différent de ce qu’il faisait sur ce morceau à la guitare en 1999 au sein du groupe Crème Brûlée.
A suivre…
-
Situation n°16 : « Anniversaire »

Morceau diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-SA
Extrait de l’album “Particules” (2005)
Paroles & musique : Siegfried G
Musicien :
Siegfried G : voix, guitare, harmonica, programmationParoles : J’avais pris pour partir quelques précautions d’usage. Des décoctions saphir devaient m’ouvrir le passage, m’envoyer d’un seul tir au but suprême : les nuages. J’avais pris pour finir plusieurs poignées sans bagages. C’était assez pour m’irriter les mains sans ambages, et m’éviter de dire que je frôlais le naufrage. On m’avait vu pâlir sous les effets de la rage. On m’avait vu souffrir de cette erreur d’arbitrage. Nul n’aurait pu prédire quels en seraient les ravages. On s’attendait au pire et de funestes présages me vouaient au martyr inéluctable de l’âge : condamné à croupir sur une vile voie de garage.
Nous sommes en 2005. Tu n’as plus de groupe depuis la séparation de Crème Brûlée en 2001. Quand tu y repenses, tu es partagé : les concerts te manquent, mais pas la galère du transport du matériel avec les bagnoles chargées de fûts de batterie et d’amplis, sans compter les joies de la location de sono (pourrie, forcément pourrie), les balances à faire dans des conditions parfois frustrantes (soit parce que vous devez les faire vous-mêmes, soit parce que l’ingé son s’occupe du groupe principal et que vous, première partie, n’êtes que des pièces rapportées qui devront se contenter de poser leur matos et de laisser la place aux vrais musiciens), le public parfois clairsemé, les patrons de bar acariâtres… Les répétitions aussi étaient devenues une corvée, dans les derniers temps : Jérôme, le bassiste, était de moins en moins disponible et de moins en moins motivé, Benoît, son prédécesseur, n’était plus disponible non plus ; à la batterie, Franck avait montré des qualités de jeu que tu jugeais avec le recul sous-estimées en leur temps, mais la construction laborieuse d’arrangements avec lui avaient fini par vous user, Stéphane et toi. Quant à la perspective de devoir auditionner à nouveau des bassistes et des batteurs, comme durant l’année terrible de 1997, vous n’en aviez plus le courage.
(suite…)
Et puis, après avoir passé la décennie précédente à regarder avec horreur les copains qui fondaient des familles avec enfants (les pauvres vous semblaient aussitôt perdus pour la société), vous en étiez venus vous-mêmes dans les années 2000 à découvrir les joies de la paternité, peu compatibles avec l’enchainement des répétitions et des concerts.
-
Situation n°15 : « Le Titanic »

Morceau diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-SA
Extrait de l’album “Not Dead” (2011-2070)
Paroles & musique : Siegfried G
Musicien :
Siegfried G : voix, épinette picarde, guitares, guitare à 12 cordes, piano, programmation, mix
Illustration : Ellie-Rose GParoles : Panique à bord du Titanic Les enfants pleurent on coule à pic Dites bonjour aux poissons Qui nous verront Sombrer Le capitaine seul maître à bord Voudrait nous voir tous crever d’abord Admirez tous ces cons Qui lui lèchent Les pieds Vous auriez dû Vous méfier Car nul n’ira Vous regretter Au fond du gouffre les poissons irradiés Doivent ricaner de nous voir trépasser Ils sont peut-être Devenus Carnassiers Les culs-bénits font leur prière Ils supplient encore dieu le père Mais rien n’les empêchera De couler Comme des pierres Vous auriez dû Vous méfier Car nul n’ira Vous regretter La mer est calme j’avais dû rêver Tout compte fait il n’est rien arrivé Tant pis j’ai tout mon temps Je ne n’suis pas Pressé J’ai tout mon temps je n’suis pas pressé Oui il ne s’est jamais rien passé Mais j’aurais bien aimé Les voir tous Crever Oh ! j’aurais dû Me méfier J’ai tant de choses A regretter Oh ! j’aurais dû Me méfier Car nul n’ira Me regretter
Nous sommes en 2023. Mais aussi un peu en 1993, en 1995, voire en 2000, 2002, 2003, 2004, 2022 (si l’on regarde les différentes dates de sauvegarde de tes sessions de travail sur « Le Titanic »). En effet, c’est sans doute vers 1993 que tu as commencé à faire tourner la ligne de guitare minimaliste (tu ne savais jouer à peu près que les accords de la majeur et mi majeur) de ce qui allait devenir « le Titanic ». Tu te souviens notamment d’une longue après-midi d’impros chez Stéphane P, avec Eric C qui avait essayé par-dessus ta grille rythmique une gamme orientalisante qui sortait de son style habituel. Il reste peut-être trace de cela sur une des multiples cassettes que tu enregistrais à l’époque sur un vieux magnétophone. Par la suite, tu avais imaginé des paroles sur le thème du Titanic, métaphore d’une fin du monde que tu prophétisais à l’époque plus par névrose que par conscience aiguë de l’urgence climatique. Le fait d’être né pendant la guerre froide avait peut-être aussi planté dans ton esprit des images d’apocalypse nucléaire. Tu te doutais néanmoins que la métaphore pourrait s’appliquer à de nombreuses situations de naufrage prévisible. La fin du texte cultivait d’ailleurs l’ambiguïté, le passage à la première personne pouvant désigner le point de vue du narrateur embarqué ou du capitaine du paquebot lui-même.
(suite…)
-
Situations n°14 : « Capitalisme 2.0 »

Morceau diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-SA
Paroles & Musique : Siegfried G
Groupe : Psychonada
Album : Pot de départ de BnFlower
Musiciens : Siegfried G : voix, programmation
Sample de “Lovecraft & Tolkien” de Crème Brûlée :
Siegfried G : voix, guitare
Stéphane P : guitare
Pierre C : basse
Erwan D : batterie
Illustration : Siegfried GParoles : Les abeilles butinent les fleurs Et ainsi font du miel Mais cela fait le bonheur… De l’ours ! La nature est cruelle. Spéciale dédicace à tous ceux dont l’intégrité S’intègre avec audace aux lois du marché Pour qui la musique libre Sous prétexte d’entraide Est un robinet d’eau tiède Servant à abreuver leurs ambitions laides De petits boutiquiers du Web 2.0 Laisse-moi rire Vous avez décidé de vendre De la gratuité Cela ne vaut pas d’esclandre Ni de publicité Mais à qui veut l’entendre Je dis seulement ceci : Il ne faut pas s’attendre A autre chose ici Capitalisme 2.0 Capitalisme 2.0 Capitalisme 2.0 Capitalisme 2.0
Nous sommes en 2007. Au cours de tes pérégrinations dans le petit monde de la musique libre l’année précédente, tu es tombé sur le site BnFlower, qui promeut le partage de musique via des blogs. Tu as trouvé intéressant le concept en apparence coopératif développé par Ignazio Lo Faro : des « Bees » (webmasters) installent sur leurs sites ou blogs un lecteur mp3 (tout en Flash, le plug-in dernier cri) qui diffuse la musique de « Flowers », créateurs de musique. Les Bees peuvent sélectionner les morceaux qui leur plaisent et qui agrémenteront le player sur leurs sites ou blogs. Les Flowers peuvent ainsi voir leur musique diffusée et être écoutée sans passer par les circuits commerciaux de l’industrie musicale qui sont de plus en plus fermés aux indépendants. Le fondateur appelle cela de la « diffusion prescriptive » :
(suite…)
-
Situation n°13 : « Waiting for the man » (encore et encore)

Enregistrement live
Paroles & musique : Lou Reed
Siegfried G : chuchotements & ukuleleNous sommes en 2023. Cela fait désormais plus de deux ans que tu t’es immergé dans tes souvenirs, à cheval sur deux siècles (rien que ça), au gré d’une dérive aléatoire parmi diverses situations créatives. Un aphorisme d’Oscar Wilde te revient approximativement en mémoire : « je ne fréquente que de mauvais poètes, parce qu’ils mettent dans leur vie le talent qu’ils n’ont pas dans leur art. » Sans doute l’exercice t’a-t-il déjà rendu très fréquentable…

Mais tu ne cherches pas vraiment à être un artiste. Fonctionnaire, tu n’as pas besoin de la reconnaissance du public pour manger et te loger. Ton registre est plutôt celui de l’artisanat en amateur, du bricolage, musical surtout, textuel ou visuel un peu. Certains bâtissent des tours Eiffel en allumette. Toi, tu construis un labyrinthe principalement sonore. Entrée et sortie libres. Aucun risque de bousculade.
Et voici donc qu’à la faveur d’un détour par 1993 ou 1995 dans le dédale de ces souvenirs, tu t’es replongé dans deux versions très différentes de « Waiting for the man », reprise du Velvet Underground que tu jouais à l’époque avec les Black Noddles puis Les Vaches Folles. Et tout naturellement, tu t’es demandé ce que cela donnerait si tu rejouais le morceau aujourd’hui, une trentaine d’années plus tard — tu avais écrit d’abord « une vingtaine d’années plus tard », mais en recomptant sur tes doigts, tu as corrigé : dix ans de plus ou de moins, de toutes façons, pour toi, c’est comme si c’était hier, n’est-ce pas ? La preuve en est que tu te dis régulièrement que tu vas rappeler les copains de Crème Brûlée pour leur proposer de rejouer ensemble après cette petite pause que vous avez prise… depuis 2010. Peut-être devrais-tu te décider à les appeler avant la fin du monde, tout de même.
(suite…)