Dave Greenfield est mort, victime de l’épidémie de covid 19, le 3 mai 2020, à l’âge de 71 ans. Claviériste virtuose aux arpèges virevoltants (souvent comparé à Ray Manzarek des Doors, mais sans doute plus inspiré par John Lord de Deep Purple), c’est son style et ses arrangements qui avaient propulsé les Stranglers au-delà du ghetto punk dans les années 70 (pensez-donc : un clavier dans un groupe punk !) jusqu’aux rivages prog, new wave et pop qui avaient vu le groupe s’épanouir dans les années 80.
C’est lui, d’ailleurs, qui avait composé en 1982 la célèbre partie de clavecin qui structure « Golden brown », fausse valse bancale (des mesures à 4 temps s’intercalant dans la structure ternaire) mais véritable hymne à la défonce, qui fut le morceau des Stranglers au plus fort succès.
Morceau diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-SA Musique : Geoffroy, Siegfried G Musiciens : Geoffroy : sitar Siegfried G : épinette, guitare, programmation basse batterie & percussions
Nous sommes en 2006. Tu publies ta première contribution à une « orgie sonore » de MCP (c’est-à-dire Mon Cul Prod, mais aussi Ma Courge Prolifique, Monstrueux Cerveaux Polymorphes, Mange Ces Pissenlits, Mon Caniche Propre, ou encore Mega Caca Popo…) : « Bollywood Chewing-gum », produit à partir de « Shankar : Biture à Bénarès » de Geoffroy, qui donnera lieu notamment à deux dérivations :
Morceau diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-SA Paroles : extraites par Maniaxmemori de “Brooklyn Movements” par Da Bush Babees (Jamahl Hana, Acklins Dillon, Harold Lee, Salaam Remi) Musique : Geoffroy, Siegfried G, Maniaxmemori, Da Bush Babees (Jamahl Hana, Acklins Dillon, Harold Lee, Salaam Remi) Musiciens : Geoffroy : sitar Siegfried G : épinette, guitare programmation basse batterie percussions maniaxmemori : programmation hip hop
Paroles :
J’ai longtemps aimé
Regarder les trains bondés passer
Les trains passer
J’aurais peut-être dû
Y monter
… mais j’n’ai jamais osé
J’ai vu tant de visages
Des jeunes, des vieux, des pervers, des sages
Des sages
J’aurais bien voulu leur parler
Mais les vitres
… étaient toujours fermées
Assis sur mon banc
Je me demandais souvent si les gens
Les gens
Savent réellement où ils vont
Quand ils
… défilent comme des moutons
Tous ces visages… fugaces
N’ont laissé… aucune trace
Ils n’ont fait que passer
Sans savoir
… que je les regardais
J’ai fini par monter
Au hasard dans un de ces trains bondés
Bondés
Mais depuis lors je ne fais
Que regarder
… les gens sur le quai
Tous ces visages… fugaces
N’ont laissé… aucune trace
Ils n’ont fait que passer
Sans savoir
… que je les regardais
Nous sommes en 1995. Ce mitan de décennie est marqué pour toi par la mélancolie. Comme aurait dit Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Tu ne distingues pas encore bien les monstres. Tu redoutes même qu’en guise de monstres il n’y ait que le vide. Mais tu vois tout à fait ce qui, du vieux monde, se meurt, ou est déjà mort :
Morceau diffusé au titre du droit à la parodie Extrait de l’album « Place au peuple » (2012) de Psychonada Paroles et musique : Philippe Katerine (titre original : « Louxor j’adore ») Texte parodique : Siegfried G Siegfried G : voix, guitare, batterie
Paroles :
J'adore
Regarder voter les gens
J'y retourne souvent
Dans les isoloirs
Regarder voter les gens
J'adore j'adore j'adore j'adore j'adore
Les institutrices, puéricultrices, administratrices, dessinatrices, les boulangers, les camionneurs, les policiers, les agriculteurs, les ménagères, les infirmières, les conseillères d'orientation, les chirurgiens, les mécaniciens, les chômeurs…
J'adore
Regarder voter les gens
Et de temps en temps
Je coupe le chon
Et je re-Mélenchon
Je coupe le chon
Je re-Mélenchon
Je recoupe le chon
Et attention
Je re-Mélenchon
J'adore
Les gens arrêtent de déprimer
Ils recommencent à espérer
Ils se mettent à manifester
Et les choses vont enfin bouger
Alors je leur dis battez-vous
Rien n'est à eux tout est à nous
Tout ce qu'ils ont ils l'ont volé
Nous allons tout récupérer
J'adore
Regarder voter les gens
Ah je trouve ça fascinant
Dans les isoloirs
Regarder voter les gens
Oh
j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore
Je coupe le chon
Je re-Mélenchon
J'adore
J'adore
J'adore
J'adore
Je coupe le chon
Nous sommes en 2012. Tu prends ta douche avant d’aller au boulot, en écoutant Patrick Cohen sur France-Inter. Ce n’est pas que tu sois fan de Patrick Cohen, mais tu as gardé l’habitude d’écouter la radio de service public où subsistent encore quelques ilots de pensée critique, et tout bien considéré, la flagornerie de Patrick Cohen envers les puissants et son mépris pour les syndicalistes et les représentants de la gauche radicale éveillent en toi une colère qui te donne un coup de fouet salutaire le matin pour aller au turbin. Mais cette fois, ce n’est pas la colère mais la stupeur que déclenche en toi Patrick Cohen en lançant, rigolard, une séquence sur la campagne présidentielle en cours. Une intro de batterie sonne familièrement à tes oreilles avant qu’un riff de guitare ne confirme que c’est bien ta propre musique que tu entends à la radio. Habitué des audiences très confidentielles du petit monde de la musique libre et des concerts amateurs, tu n’as pas vraiment pour habitude de t’entendre sur une station radio nationale. Ça fait un choc.