Emilie & les acariens

Auteur : Siegfried G

Date : 1998

Infos :

En 1998, Siegfried G officiait à la guitare et au chant au sein du groupe Crème Brûlée. Au fil des années, il avait composé de nombreux morceaux dont il faisait des maquettes sur cassette puis avec un séquenceur midi et un 4 pistes, ou même sur ordinateur. Une version du titre “Emilie s’endort” fut jouée un moment par Crème Brûlée, mais d’autres morceaux n’étaient tout simplement pas jouables en groupe, et Siegfried commençait à prendre goût aux expérimentations audio-informatiques. C’est ainsi que naquit l’idée de réaliser un album en marge des activités de Crème Brûlée. Cet album fut doté de la mention “Crème Brûlée hors-série n°1”, l’idée étant que chacun des membres du groupe puisse à son tour enrichir de façon personnelle la discographie du groupe.

Affranchi des contraintes de groupe, Siegfried eut donc l’idée de réaliser un album “concept”, qui raconterait une véritable histoire, aussi surréaliste soit-elle. C’est ainsi que le thème inauguré par le morceau “Emilie s’endort” fut poursuivi au fil des morceaux, pour aboutir à un ensemble assez kafkaïen. Siegfried assuma seul l’orchestration en jouant de tous les instruments (claviers, guitares, harmonica, basse, voix, programmation des rythmes et des samples). Seule intervention extérieure : un coup de téléphone impromptu (merci Jean-Yves) qui retentit pendant une prise de voix et que l’on peut entendre à la fin du dernier morceau. Enregistré pour l’essentiel avec très peu de moyens et dans une atmosphère fiévreuse durant l’été 1998, l’album sortit “officiellement” en décembre 1998. Malgré son aspect expérimental, il est encore à ce jour le préféré de son auteur.

Pistes :

  1. Les acariens se réveillent
  2. Emilie s’endort (1)
  3. Je suis asthmatique
  4. Métapmorphose
  5. Je suis allergique
  6. Emilie s’endort (2)
  7. Emilie rêve (Pomme de terre)
  8. Je suis acariâtre
  9. Emilie se réveille
  10. Un soir d’été
  11. No Emilie No
  12. La truite
  13. Emilie s’endort (3)
  14. Bonus : Emilie & les acariens (version live acoustique 2008)

Licence de diffusion

(sauf 7 et 11, contenant des samples sous copyright)

Dessin de couverture : Ellie-Rose

“Emilie & les acariens”, 20ème anniversaire

Il y a 20 ans, Siegfried G publiait son premier album solo. Le voici en intégralité, avec en bonus un titre acoustique datant de 2008 mêlant plusieurs morceaux de l’album.

  1. Les acariens se réveillent Siegfried G 0:46
  2. Emilie s'endort (1) Siegfried G 7:01
  3. Je suis asthmatique Siegfried G 2:24
  4. Métamorphose Siegfried G 8:16
  5. Je suis allergique Siegfried G 2:42
  6. Emilie s'endort (2) Siegfried G 5:20
  7. Emilie rêve (Pomme de terre) Siegfried G 4:12
  8. Je suis acariâtre Siegfried G 1:59
  9. Emilie se réveille Siegfried G 4:20
  10. Un soir d'été Siegfried G 4:17
  11. No Emilie no Siegfried G 2:41
  12. La truite Siegfried G 5:37
  13. Emilie s'endort (3) Siegfried G
  14. Emilie & les acariens (version acoustique 2008) Siegfried G 6:27
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“Carthago delenda est”, nouveau titre de Siegfried G

Troisième titre de l’album “Not Dead“, en cours de production,  hommage irrévérencieux à Caton l’Ancien, « Carthago delenda est » fut d’abord une improvisation d’Alessandro à la batterie et Siegfried G à la guitare, préludant à la reformation du groupe Crème Brûlée en 2007. Bien que Siegfried eût déjà écrit des paroles, le morceau fut ensuite joué comme instrumental par le groupe, notamment lors d’un concert à Lille le 29 octobre 2009. Cette version 2018 présente enfin un arrangement complet, même si la batterie rejouée ici par Siegfried avec addition de timbales ne rend pas compte de l’énergie qu’y mettait originellement Alessandro dans la version du groupe. Continuer la lecture de « “Carthago delenda est”, nouveau titre de Siegfried G »

Heureux qui communiste

Une nouvelle de Siegfried G 

tirée du recueil Débris et ratures (1992)

 

Une belle palissade bien propre. Pure de toute souillure. C’était l’idéal. Le pinceau de colle, une bonne application, et hop ! Le noble visage du Petit Père des Peuples proclame à la face du monde que la Révolution n’est pas morte. Les autres pouvaient bien dire tout ce qu’ils voulaient. Pépé Jojo savait, lui, que la Révolution ne meurt pas. Tout au plus connaît-elle des hauts et des bas. Le flux et le reflux. Mais on ne peut rien contre la Vérité historique. Le pinceau, la colle, l’affiche. Trois visages moustachus ornaient à présent la palissade. Toute une vie consacrée à la Cause. Personne ne pourrait lui faire croire, à Pépé Jojo, que tout cela était mort. Ceux qui proclamaient partout que l’URSS était tombée mentaient. Tous des traîtres judéo-trotskystes ! Mais le Parti saurait bien les faire taire un jour. Définitivement. Le combat devait continuer, plus que jamais. La Ligne devait être suivie. Mais il fallait se méfier de tout, même du Parti. Oui, le Parti lui-même était gangrené. Son chef était devenu un social-traître petit-bourgeois et tous ses dirigeants des chiens vendus à la CIA et aux ploutocrates hitléro-sionistes. Les vrais militants étaient mis au rancart. Le dogme s’effritait. L’orgueil prolétarien avait été réduit à néant par des intellectuels puants, valets lèche-bottes du patronat exploiteur. Une vie entière de lutte opiniâtre et de dévouement aveugle : les piquets de grève ; la castagne avec les “ jaunes ” ; les Brigades Internationales, les FTP ; les cortèges triomphants, drapeaux rouges et portraits géants des héros du Peuple ; la dureté inflexible du Vrai Révolutionnaire ; la fière dignité du Prolétaire : “ Nous ne sommes rien, soyons tout ” ; la Gitane maïs entre deux gros doigts tachés d’huile et de graisse noires ; la gamelle sous le bras ; la collectivisation des moyens de production ; la vente de l’Huma sur les marchés ; et puis aussi la Ligne, la tactique, la Ligne, la tactique, la Ligne, la tactique, la Ligne, la tac… A quel moment précis l’Histoire s’était-elle détournée de son sens ? 1956 ? 1968 ? 1981 ? 1989 ? Quand ? Toute une vie noyée, emportée par le reflux. Pour Pépé Jojo, rien de tout cela n’était réel. Quelqu’un de suprêmement habile, un ennemi du Peuple, avait jeté sur la réalité ce voile hideux. Renoncement. Compromissions. Défaite. Soumission. Désordre. Trahison. Chaos. Vieillesse. Mort. Un voile, juste un voile. Un décor, du toc, fabriqué par les dégénérés immoraux du capitalisme hollywoodien. Mais comment déchirer ce voile trompeur ? Pépé Jojo, tout seul, impuissant, les bataillons de l’avant-garde prolétarienne dispersés dans le dédale du décor ou disparus corps et âmes, évaporés, dissous, morte armée des ombres du réalisme socialiste. Seul. Impuissant. Alors Pépé Jojo avait trouvé la solution. Puisqu’il ne pouvait détruire cet immonde décor, puisqu’il ne pouvait décaper ce vernis mensonger qui occultait la réalité, il collait des affiches, oui, il passait une deuxième couche sur toute cette boue. Ainsi, le décor, au moins, deviendrait réaliste, conforme à la vérité qui continuait d’exister sous deux couches de faux-semblants. Certes, un tel procédé était peu glorieux. Mais la Ligne, la tactique, la Ligne, la tactique, la Ligne, la tactique, la Ligne, la tac… Continuer à tout prix… La fin justifie les moyens. L’apparence du Vrai valait mieux que la laideur du décor. Une dizaine d’affiches s’étalaient à présent sur la palissade, encore ruisselantes de colle. Une seule palissade. Mais si Pépé Jojo s’attaquait à toutes les autres palissades, à ces milliers, ces millions, ces milliards de palissades érigées par l’odieux mensonge, peut-être alors le monde ressemblerait-il enfin à ce qu’il est réellement. Le beau visage du Petit Père des Peuples étalé partout sur fond rouge. Le Vrai Peuple recréé. La Ligne est maintenue. Pépé Jojo la suit, de palissade en palissade, sans dévier. Des milliers et des milliers de palissades l’attendent. Des milliers et des milliers de palissades qui dissimulent des terrains vagues.

 

FIN

Autres nouvelles du même recueil :

Le mouvement perpétuel
La tranchée
Le lave-vaisselle
Et personne ne créa… Declan O’Connor
L’horloge

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